Réélu avec 94,90 % des suffrages, Denis Sassou N’Guesso a ouvert le 16 avril un quinquennat qui le mènera jusqu’en 2031. Son discours d’investiture a moins ressemblé à une déclaration d’intention qu’à une feuille de route économique resserrée.
Le chef de l’État y a placé son action sous le signe d’une gouvernance « axée sur les résultats ». La formule, répétée à Brazzaville, traduit une volonté de mesurer l’efficacité publique plutôt que d’aligner les promesses. Reste à en éprouver la portée concrète.
Diversifier pour desserrer la dépendance pétrolière
Le projet de société présenté, « Accélérons la marche vers le développement », fait de la diversification l’axe central. L’agriculture au sens large, l’industrie, la recherche scientifique et l’innovation technologique y sont érigées en moteurs d’une croissance moins tributaire des hydrocarbures.
Cette orientation n’est pas neuve dans le discours congolais. Elle prend toutefois un relief particulier dans un pays où la rente pétrolière structure encore le budget. Le président a annoncé la mise en œuvre effective des zones économiques spéciales, longtemps restées au stade de l’annonce.
Le secteur extractif n’est pas écarté pour autant. La révision en cours du code minier vise à faire des industries extractives une source de richesse complémentaire. L’enjeu, en filigrane, est d’attirer des capitaux sans reproduire les fragilités d’une économie de comptoir.
Mobiliser les recettes et traquer les détournements
Renflouer les caisses de l’État figure parmi les priorités affichées. Denis Sassou N’Guesso a évoqué des « mécanismes stratégiques plus adaptés » destinés à stimuler la mobilisation des ressources financières publiques additionnelles. La fiscalité et le recouvrement sont implicitement visés.
À cette ambition répond un volet répressif. Le président a promis d’accentuer la lutte contre les « antivaleurs » qui, selon ses mots, gangrènent l’administration, au premier rang desquelles le détournement des deniers publics. La crédibilité du mandat se jouera en partie sur ce terrain.
Le chef de l’État entend par ailleurs investir dans le capital humain. Doter l’administration d’un personnel « dévoué » et compétent conditionne, à ses yeux, la valeur ajoutée attendue des réformes. Sans appareil d’État performant, la gouvernance par les résultats resterait théorique.
Transports : un corridor et un pont en ligne de mire
Le plan quinquennal accorde une place de choix aux infrastructures de transport, pensées comme leviers de compétitivité. Le président a rappelé la construction et le bitumage du corridor 13, sur son tronçon Ouesso-Impfondo-Gouga jusqu’à la frontière centrafricaine.
Autre chantier emblématique, le pont route-rail destiné à relier Brazzaville à Kinshasa, dont les travaux devraient être lancés durant le mandat. L’ouvrage, attendu de longue date, dessinerait un axe d’intégration majeur entre la République du Congo et la République démocratique du Congo voisine.
Le Chemin de fer Congo-Océan, qualifié d’« épine dorsale » de l’économie nationale, fera l’objet d’une rénovation générale dont les travaux ont récemment débuté. S’y ajoute la réhabilitation des ports maritime et fluviaux ainsi que des aéroports, pour conforter la vocation de pays de transit.
L’eau et l’électricité, conditions du décollage
Denis Sassou N’Guesso est revenu sur deux secteurs jugés stratégiques, mais encore défaillants : l’eau potable et l’électricité. La desserte, irrégulière dans nombre de localités, demeure un frein quotidien pour les ménages comme pour les entreprises congolaises.
Sur l’énergie, le président a inscrit son action dans la Mission 300, qui vise à fournir l’électricité à 300 millions d’Africains d’ici à 2030. « Notre responsabilité à l’horizon 2030 sera de donner de l’électricité au moins à plus de la moitié de la population », a-t-il déclaré.
Cet objectif s’appuie sur le Pacte national énergétique de la République du Congo, dont les cinq piliers couvrent la chaîne allant de la prospection à la production. L’ambition est claire ; sa réalisation dépendra des financements et de la rigueur d’exécution.
Un mandat à l’épreuve des résultats
Entre diversification, assainissement des finances et grands travaux, la matrice du quinquennat dessine un agenda dense. Chacun de ces chantiers engage des moyens considérables et un calendrier tenu jusqu’en 2031.
L’inflexion revendiquée vers une gouvernance par les résultats constitue, à cet égard, le véritable test. Les Congolais jugeront moins les annonces que leur traduction effective dans l’eau qui coule, l’électricité disponible et les routes praticables.
