Une présence stratégique à New York
Depuis le tarmac de Maya-Maya, vendredi 19 septembre, Denis Sassou-Nguesso a pris le chemin de New York, cap diplomatique majeur pour le Congo. Entouré d’une délégation resserrée, le chef de l’État veut mettre à profit chaque minute de la 80e Assemblée générale.
Son déplacement intervient dans un contexte international fragmenté, où la pandémie, les tensions géostratégiques et l’urgence climatique accroissent la demande de gouvernance concertée. À New York, Brazzaville entend réaffirmer que le multilatéralisme reste la voie royale pour promouvoir paix, justice et prospérité partagée.
80e Assemblée générale : enjeux multilatéraux
La session onusienne se tient sous la devise « Mieux ensemble, 80 ans et plus pour la paix, le développement et les droits humains ». Un slogan qui renvoie autant au bilan des Nations Unies qu’aux attentes nouvelles des peuples frappés par les inégalités et les crises climatiques.
Dès l’ouverture, le secrétaire général António Guterres a insisté sur la nécessité de passer des proclamations aux actes. Selon lui, « la confiance se fissure, mais l’action collective peut la réparer ». Cette note volontariste trouve un écho favorable dans la tradition diplomatique congolaise.
La voix du Congo pour l’Afrique
Le président congolais prononcera son discours en session plénière mardi. Ses conseillers laissent entendre qu’il soulignera les efforts de son pays en matière de paix régionale, citant la neutralisation des groupes armés dans le Pool et la médiation menée en Centrafrique sous mandat de la CEEAC.
Au-delà des questions sécuritaires, Brazzaville portera un message ferme sur l’équité climatique. Alors que le bassin du Congo capte chaque année près de 1,2 milliard de tonnes de CO₂, la République du Congo milite pour une rémunération juste des services écosystémiques fournis à l’humanité.
ODD 2030 : cap sur un agenda partagé
Les Objectifs de développement durable figurent également au cœur de l’agenda. À mi-parcours de 2030, seuls 15 % des cibles mondiales sont jugées en bonne voie. Le Congo souhaite partager ses progrès en scolarisation primaire, électrification rurale et couverture vaccinale, tout en appelant à plus d’investissements.
Réforme du Conseil de sécurité : plaidoyer renouvelé
La réforme du Conseil de sécurité demeure un chapitre sensible. L’Union africaine propose deux sièges permanents dotés du veto et deux non permanents supplémentaires. Denis Sassou-Nguesso, doyen des chefs d’État de la CEMAC, rappellera que l’exclusion du continent de l’organe relève d’une « injustice historique ».
« Nous ne mendions pas, nous réclamons une mise à jour de la gouvernance mondiale », glisse une source diplomatique congolaise. Pour appuyer cet argument, Brazzaville cite sa participation régulière aux missions onusiennes, de la MINUSCA au Soudan du Sud, et son respect scrupuleux des résolutions.
Diplomatie économique et bilatérale
En marge de la tribune, des rencontres bilatérales sont programmées avec la Banque mondiale, le FMI et plusieurs investisseurs énergétiques. L’objectif est double : mobiliser des financements concessionnels pour le Plan national de développement 2022-2026 et attirer des capitaux privés vers les zones économiques spéciales.
Le ministre des Finances, Rigobert Roger Andely, mènera quant à lui des négociations techniques autour de la dette intérieure. Brazzaville souhaite obtenir un rééchelonnement qui laisse davantage de marge budgétaire aux secteurs sociaux, sans compromettre la stabilité macroéconomique saluée récemment par le FMI.
Culture et symboles de paix
Sur le volet culturel, un concert mettant à l’honneur les musiques du bassin du Congo sera organisé au siège des Nations Unies. L’initiative, co-parrainée par l’UNESCO, vise à rappeler que la diplomatie se nourrit aussi des arts, vecteurs de dialogue intercontinental.
Position sur la question palestinienne
La question palestinienne, revenue en force dans les débats, voit le Congo réaffirmer son soutien à la solution à deux États, en phase avec la position africaine commune. Observateurs et ONG saluent depuis plusieurs années la constance de Brazzaville sur ce dossier particulièrement sensible.
Appel contre les sanctions unilatérales
À la tribune, Denis Sassou-Nguesso devrait également exhorter à la levée des sanctions unilatérales qui pénalisent, selon lui, les économies africaines en transition. Il rappellera que la proximité des crises sanitaires, climatiques et sécuritaires nécessite un espace de coopération dégagé de mesures coercitives.
Retour à Brazzaville et feuille de route
La délégation congolaise retournera à Brazzaville dès la clôture, afin de présenter au parlement les conclusions et perspectives. Selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Claude Gakosso, « chaque Assemblée générale est une rampe de lancement pour l’agenda national ; celle-ci ne fera pas exception ».
À retenir: l’édition 2025 de l’Assemblée générale se profile déjà. Brazzaville ambitionne d’y faire entériner sa proposition d’alliance sur les forêts tropicales, destinée à unifier Amazonie, Bornéo-Mékong et bassin du Congo autour d’un mécanisme financier innovant et transparent pour la conservation des puits de carbone.
Un rôle de pont régional affirmé
En attendant, le Congo saisit la scène new-yorkaise pour réaffirmer son identité de « pays pont » entre Afrique centrale, Golfe de Guinée et communauté internationale. Un positionnement qui, aux yeux de ses partenaires, consolide la stabilité régionale et nourrit les perspectives de co-développement.
À l’issue de la semaine, un rapport détaillé sera publié sur le site de la présidence. Il recensera engagements obtenus, promesses de financements et prochaines étapes avant la COP30.
