Taxis-motos : nouvelle feuille de route sécuritaire
Le 6 octobre, la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP) a reçu le secrétariat chargé du transport public de personnes par motocycliste et tricycle. Message principal : la sécurité routière doit s’imposer aux quelque 20 000 taxis-motos circulant dans Brazzaville.
Dès le lendemain, un communiqué signé par Gille Ondélé Kanga donnait 72 heures aux conducteurs pour aligner plaques, casques homologués et gilets fluorescents numérotés. Passé le 9 octobre à minuit, prévient la DGSP, « tout contrevenant sera interpellé sans concession ».
La tonalité ferme illustre la montée en puissance d’un service longtemps marginal. En dix ans, le taxi-moto est devenu l’option la plus rapide entre Talangaï et Poto-Poto, mais aussi un défi constant pour les policiers chargés d’endiguer l’insécurité routière.
Cadre sécuritaire renforcé
Au cœur du dispositif, trois obligations se détachent : immatriculation systématique, port d’un casque homologué, port d’un gilet fluorescent individualisé. « Ces éléments facilitent l’identification en cas d’accident ou de fuite », rappelle un officier de la DGSP rencontré à la sortie du briefing.
L’interdiction de transporter plus d’un passager vise, elle, à réduire l’incidence des blessures graves observées lors des chutes. Le passager « amazone », assis de côté, disparaît également du paysage pour des raisons équivalentes d’équilibre et de visibilité.
Enfin, la limitation aux seuls nationaux rappelle que l’accès à la profession reste encadré. L’argument officiel insiste autant sur le contrôle administratif que sur la prévention d’éventuelles infiltrations criminelles dans un segment sensible du tissu urbain.
Professionnaliser un secteur en plein essor
Selon la Mairie centrale, plus de 45 % des déplacements quotidiens dans la capitale sont désormais assurés par des deux-roues motorisés. Le chiffre grimpe à 60 % aux heures de pointe, où la circulation automobile se fige.
La forte demande a entraîné un foisonnement d’acteurs informels, parfois dépourvus de permis. Les nouvelles règles créent donc, pour la première fois, un cadre suffisamment structurant pour encourager la constitution de coopératives capables de négocier assurances et financements.
« Nous devons passer d’une économie de subsistance à une micro-entreprise organisée », esquisse Romain Ndzila, président d’une association de conducteurs de Makélékélé. Selon lui, l’immatriculation permettra d’accéder plus facilement au crédit pour renouveler des flottes vieillissantes.
Les importateurs de casques homologués se frottent déjà les mains. Un négociant du marché Total évoque une hausse de 30 % des commandes sur la seule première semaine d’octobre, stimulée par le compte à rebours des 72 heures.
Réactions des chauffeurs et usagers
Sur l’avenue de la Prospective, les chauffeurs interrogés oscillent entre prudence et satisfaction. « Le casque est cher mais ma tête vaut plus », confie un jeune pilote arborant déjà un numéro fluorescent. D’autres redoutent l’application « trop brutale » des contrôles.
Côté passagers, la perspective d’un trajet plus sûr l’emporte souvent sur la crainte d’une légère hausse des tarifs. « Je préfère payer 100 francs de plus et arriver entière », tranche Grâce Loubaki, étudiante à l’Université Marien-Ngouabi.
Les associations de défense des usagers rappellent toutefois que la sécurité reste affaire de vigilance partagée. Elles plaident pour des campagnes d’information multilingues, afin que conducteurs et clients comprennent l’esprit et la lettre des nouvelles dispositions.
À retenir
Le compte à rebours fixe au 9 octobre minuit la fin de la tolérance. Au-delà, les motos non immatriculées seront retenues, les conducteurs sans casque sanctionnés, et le transport « amazone » définitivement proscrit sur l’ensemble du territoire congolais.
La DGSP installe une ligne verte pour signaler les dérives et prévoit des contrôles éclairs aux carrefours de Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie, afin d’ancrer la mesure avant la saison des pluies.
Le point juridique/éco
Le décret 2022-317 relatif au transport léger fixe déjà un amende forfaitaire de 25 000 FCFA pour absence de casque et de 50 000 FCFA pour défaut de plaque. La DGSP ne fait donc que rappeler un arsenal existant, rarement appliqué jusqu’ici.
Sur le front économique, le ministère des Finances planche sur un mécanisme de microcrédit garanti par le Fonds routier. Les conducteurs respectant la nouvelle norme pourraient bénéficier d’un taux bonifié pour l’achat de motos moins polluantes et mieux équipées.
« La formalisation accroît la base taxable, sans alourdir la pression », résume un cadre de la Direction générale des impôts. Selon ses calculs, l’immatriculation de 15 000 engins supplémentaires générerait 300 millions de FCFA de recettes annuelles.
Prochaines étapes institutionnelles
Le secrétariat chargé des taxis-motos prévoit d’installer, d’ici la fin de l’année, un observatoire national des mobilités légères. Cet outil analysera les données issues des plaques et gilets pour orienter les politiques publiques de transport.
À moyen terme, l’État envisage un permis professionnel spécifique, couplé à une formation de premiers secours. Le modèle s’inspire de l’expérience réussie d’Abidjan, où le nombre de décès liés aux moto-taxis a chuté de 25 % en deux ans.
En attendant, la DGSP répète que sa priorité reste la protection des citoyens. « Nous voulons sauver des vies, pas confisquer des motos », insiste son porte-parole. Les conducteurs ont désormais la balle dans leur camp, sous le regard attentif des usagers.
