Une démarche politique inédite
Le 22 décembre 2025, les deux chambres du Parlement congolais réunies ont découvert un ouvrage singulier : « En toute transparence, le bilan du quinquennat 2021-2026 ». Rédigé par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, il est préfacé par le président Denis Sassou Nguesso.
Le texte, présenté à quelques mois de l’échéance présidentielle, veut offrir aux citoyens, aux élus et à la diaspora une vision structurée des actions menées depuis 2021, qu’il s’agisse d’infrastructures, de programmes sociaux ou d’initiatives diplomatiques régionales.
Un duo exécutif à l’unisson
En signant la préface, Denis Sassou Nguesso assume la dimension pédagogique de l’ouvrage : « Il ne s’agit pas de se glorifier, mais de rendre compte », souligne-t-il devant les parlementaires, rappelant que la reddition régulière des comptes figure parmi les exigences constitutionnelles.
Anatole Collinet Makosso, de son côté, défend la méthode : rassembler données, discours et projets en un volume unique permet, selon lui, « d’éviter la dispersion des chiffres » et d’ancrer l’action gouvernementale dans une narration accessible au grand public.
Lecture parlementaire et réception
La présentation, hors tradition des débats budgétaires, a néanmoins suscité quelques interrogations chez certains députés d’opposition, essentiellement sur la place réservée au Parlement dans l’évaluation des politiques. Le président de séance a salué « une avancée vers la démocratie participative ».
Au sein de la majorité, Gilbert Ondongo a invité les militants du Parti congolais du travail à « assumer pleinement » le résultat collectif, rappelant que les réformes économiques engagées depuis 2021 ont nécessité détermination et consensus.
L’angle littéraire d’une opération politique
Les auteurs et critiques congolais, de Noël Kodia Ramata à Liss Kihindou, observent la démarche avec curiosité. Pour eux, l’irruption de la littérature dans la chronologie politique nationale marque une nouvelle ère de communication, où la forme éditoriale devient un instrument gouvernemental.
La préface présidentielle brise, selon ces observateurs, les codes classiques d’une distance entre l’auteur et l’objet de l’étude. Dans ce cas précis, l’autorité suprême assume le rôle de garant, conférant une légitimité symbolique et une coloration personnelle au récit.
Transparence et pédagogie des chiffres
L’ouvrage s’articule en tableaux, entretiens et encadrés thématiques qui détaillent l’état des routes, l’électrification rurale ou le programme de gratuité des accouchements. Chaque donnée est accompagnée d’un indicateur de suivi, ce qui devrait faciliter l’examen critique lors des prochaines sessions parlementaires.
Pour les citoyens connectés, une version numérique enrichie est annoncée. Elle contiendra des liens vers les décrets d’application et les rapports des ministères techniques, afin que les étudiants, les journalistes ou les investisseurs puissent vérifier les progrès en temps réel.
Une pièce supplémentaire dans l’arsenal institutionnel
Depuis la révision constitutionnelle de 2015, la reddition des comptes est inscrite à l’article 86. Le livre-bilan s’insère donc dans un cadrage juridique déjà existant, et pourrait inspirer d’autres administrations, qu’il s’agisse des collectivités locales ou des entreprises publiques.
Des juristes soulignent toutefois que la publication ne se substitue pas aux audits externes ni au contrôle de la Cour des comptes. Ils y voient plutôt un complément narratif susceptible de simplifier l’accès à l’information pour un public peu familier des rapports techniques.
Perspectives à l’horizon 2026
Alors que se profile la fin du mandat, le gouvernement dit vouloir adosser son prochain plan national de développement aux recommandations tirées de l’ouvrage, notamment en matière de diversification économique et d’industrialisation du bois, de l’agro et des hydrocarbures.
Le texte devrait également nourrir le débat au sein de la CEMAC sur l’harmonisation statistique. Brazzaville souhaite, selon des sources diplomatiques, partager son expérience lors de la prochaine conférence des ministres des Finances de la zone.
Dans les campus, des enseignants voient déjà dans cette publication un support de cours pour initier les étudiants aux politiques publiques congolaises contemporaines. « C’est un cas d’école de storytelling institutionnel », souligne un professeur de l’université Marien-Ngouabi.
Reste désormais à mesurer l’appropriation populaire. Les premières séances de dédicace prévues à Pointe-Noire, Dolisie et Oyo offriront un baromètre : affluence des jeunes, questions posées, ventes effectives. Autant d’indicateurs que l’équipe du Premier ministre dit vouloir compiler.
En associant littérature, politique et économie, le Congo-Brazzaville expérimente un outil de gouvernance résolument contemporain. L’accueil qu’en feront les citoyens donnera la mesure de la confiance qui entoure, à la veille de 2026, l’action d’un exécutif décidé à communiquer autrement.
Regards internationaux
Plusieurs chancelleries africaines ont applaudi l’initiative, estimant qu’elle s’inscrit dans le sillage des Objectifs de développement durable qui prônent la transparence des institutions. Des conseillers venus du Gabon et du Cameroun étaient d’ailleurs présents lors de la séance de présentation historique.
À Paris comme à Pékin, les partenaires économiques du Congo suivent le processus, curieux de la méthodologie employée pour agréger données macroéconomiques et retours d’expériences locales. Certains envisagent déjà de traduire l’ouvrage pour en faire un cas pratique dans les écoles d’administration.
Le point économique
Sur le terrain budgétaire, le livre rappelle que la gestion rigoureuse des finances publiques a permis de maintenir la masse salariale, malgré une conjoncture internationale tendue. Les initiatives d’électrification et de routes facilitent, selon le texte, l’intégration des marchés intérieurs et frontaliers.
