Diplomatie culturelle au premier plan
Le 15 septembre, à Mascate, le ministre congolais de la Coopération internationale, Denis Christel Sassou Nguesso, a franchi les portes immaculées du Musée national d’Oman. Derrière ce moment protocolaire se joue une diplomatie culturelle qui consolide, pièce après pièce, les passerelles entre Brazzaville et le Sultanat.
À une dizaine de kilomètres du centre-ville, le bâtiment de pierre blanche fait face au palais royal. Le choix de ce site, emblème de l’identité omanaise moderne, confère à la visite une portée symbolique qui dépasse le simple rite de courtoisie diplomatique.
Pour Denis Christel Sassou Nguesso, la culture n’est pas un supplément d’âme mais un levier de sa feuille de route de partenariat public-privé. « La coopération trouve un ancrage fort dans la mémoire, elle prépare la confiance des investisseurs », confie un conseiller présent lors de la délégation.
Un musée emblématique d’Oman
Inauguré en 2016, le Musée national abrite plus de sept mille pièces, réparties sur douze galeries permanentes. Poteries de l’âge du Bronze, astrolabes, manuscrits coraniques et fragments d’épaves portugaises racontent l’entrelacement des routes de l’encens, de l’océan Indien et des premiers échanges transcontinentaux.
Les conservateurs omanais insistent sur la scénographie immersive, articulée autour de la lumière, du sable et du vent restitués par des dispositifs sonores. L’expérience séduit le ministre congolais, convaincu que les musées d’Afrique centrale gagneraient à adopter une approche tout aussi sensorielle pour valoriser leurs collections.
Devant la galerie « Oman et le monde », la délégation observe des pièces d’or issues d’un navire coulé en 1503, attribué à la flotte de Vasco de Gama. Le trésor rappelle la puissance des réseaux maritimes pré-suez et offre un miroir historique aux ambitions portuaires congolaises.
Dialogue mémoriel entre le fleuve et le désert
Dans les coursives, Denis Christel Sassou Nguesso évoque le futur Musée national du Congo annoncé à Brazzaville. Il souhaite y inscrire l’histoire de la vallée du fleuve, de la traite à l’indépendance, mais aussi l’aventure pétrolière contemporaine, présentée avec la même rigueur muséographique.
Un archéologue omanais rappelle que bâtir un musée exige dix années de conservation préalable pour stabiliser les artefacts. Le ministre acquiesce, conscient que le Congo dispose déjà de gisements de poteries de Tchicaya et de collections ethnographiques à Pointe-Noire qui méritent un inventaire scientifique accéléré.
La diplomatie mémorielle s’appuie aussi sur la formation. Un protocole d’accord, actuellement discuté à Muscat, prévoirait des bourses d’étude pour huit jeunes conservateurs congolais dans les universités omanaises. Les cours porteraient sur la restauration d’ivoire, compétence rare en Afrique centrale et essentielle pour maintenir les statuaires Kongo.
À retenir
À retenir : la visite consolide l’axe Mascate-Brazzaville, souligne l’importance du patrimoine dans la stratégie de diversification congolaises, ouvre des perspectives de formation muséale et met en lumière l’idée d’un grand musée national capable d’accompagner la diplomatie économique du pays.
Le point économique
Le ministre place la culture dans le prolongement de son portefeuille partenariats public-privé. Le dialogue amorcé avec les fonds souverains du Golfe cible notamment la valorisation touristique des rives du fleuve Congo et la création de circuits croisés reliant Mascate, Pointe-Noire et Dubaï.
Selon une note interne, la simple exposition permanente sur les routes de l’encens pourrait inspirer un produit touristique de niche valorisé à 25 millions de dollars sur cinq ans. Une co-entreprise congo-omanaise serait à l’étude pour aménager des espaces d’interprétation à l’aéroport international Maya-Maya.
Le projet s’inscrirait dans le Plan national de développement 2022-2026, qui mise sur la culture et les industries créatives pour atteindre 1,5 % du PIB. L’expertise omanaise, rodée au financement qatari de la nouvelle culture islamique, offre un aiguillon crédible pour sécuriser les flux.
Perspectives bilatérales
Avant de quitter Mascate, Denis Christel Sassou Nguesso a offert au directeur du musée une reproduction d’un masque teke provenant des rives de l’Alima. Le geste, accompagné d’une invitation officielle à Brazzaville, scelle l’intention de monter, dès 2024, une exposition croisée Congo-Oman.
Le programme sera appuyé par l’Agence omanaise de la culture et des industries créatives ainsi que par la Fondation Perspectives d’Afrique centrale, déjà partenaire des Nuits des Bassins à Oyo. Les diplomates espèrent attirer des mécènes européens sensibles à l’idée d’un itinéraire reliant Méditerranée, Golfe et Congo.
Pour Brazzaville, les retombées diplomatiques dépassent le secteur muséal. Oman, quatrième producteur de pétrole du Moyen-Orient hors OPEP, détient un savoir-faire précieux sur la transition de rente hydrocarbures vers les services. Les équipes du ministre envisagent déjà un forum conjoint sur l’énergie et les industries créatives à Pointe-Noire.
Dans l’avion du retour, un proche du ministre résume l’esprit de la mission : « Nous montrons que la coopération ne se limite pas aux contrats miniers ; elle touche l’imaginaire. » La phrase, presque manifestement stratégique, rappelle que dans la géopolitique moderne, les musées précèdent souvent les pipelines.
Regards d’observateurs
Pour l’historien franco-congolais Nicolas Kanza, cette séquence illustre « l’émergence d’une diplomatie patrimoniale africaine qui revendique un récit global ». À ses yeux, l’initiative congolaise pourrait inspirer d’autres États de la CEMAC en quête de diversification.
