Un souffle numérique sur Cotonou
Du 2 au 5 octobre, Cotonou s’est transformée en agora numérique à l’occasion de la Wiki-Convention 2025. Dans les salles lumineuses de l’université d’Abomey-Calavi, près de cent délégations francophones ont débattu de l’avenir du savoir libre, de la diversité linguistique et des partenariats institutionnels.
Pour la première fois, le Bénin accueillait un événement Wikimédia d’une telle ampleur, témoignant de l’enracinement du mouvement dans le Golfe de Guinée. Les ateliers ont alterné bonnes pratiques éditoriales, prise en main des outils de lutte contre la désinformation et mise en avant des initiatives féministes de contribution.
Francophonie du libre savoir
Le cœur des discussions a porté sur la place des langues africaines dans l’écosystème Wikimédia. Des wikipédiens sénoufo, fang, lingala ou kituba ont plaidé pour des interfaces traduites, des modules de formation adaptés et des partenariats avec les académies régionales afin de freiner l’érosion linguistique.
Selon la Direction de la francophonie numérique, moins de 5 % des articles francophones traitent aujourd’hui d’Afrique centrale. Une statistique rappelée par l’universitaire camerounaise Madeleine Kidi, qui y voit « un retard de documentation plus qu’une absence de production intellectuelle ». Les projets GLAM ciblent justement cet angle mort.
Le rôle moteur de la délégation congolaise
Au cœur de cette effervescence, la délégation congolaise emmenée par Ryddhel Cyrille Ngoulou Batala a multiplié prises de parole et réunions bilatérales. Le cofondateur de Wikimédia Congo a détaillé les avancées réalisées depuis la création du chapitre en 2021, notamment les ateliers Lingala Libre de Pointe-Noire et Ouesso.
« Notre objectif est de former mille nouveaux contributeurs avant 2026 », a-t-il affirmé, soulignant le soutien de l’Agence nationale de l’économie numérique et des universités de Brazzaville. Cette synergie public-privé s’inscrit dans la stratégie gouvernementale de transformation digitale, qui veut faire du contenu local une priorité.
Les échanges ont également porté sur la sauvegarde des archives sonores du pays, menacées par l’humidité. Le Centre national de la mémoire a proposé leur numérisation via Wikisource, tandis que la Radio Télévision Congolaise explore la libération de bandes historiques. Les partenaires béninois se sont dits prêts à partager expertise.
Cap sur Wiki Indaba 2027 à Brazzaville
Moment fort de la convention, l’annonce officielle de Wiki Indaba 2027 à Brazzaville a suscité une salve d’applaudissements. L’événement, consacré aux communautés africaines, n’avait jamais encore posé ses valises sur les rives du fleuve Congo. La capitale s’est immédiatement projetée dans les préparatifs logistiques.
Le comité local, qui sera co-présidé par le ministère des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, ambitionne de réunir cinq cents participants. Des infrastructures déjà éprouvées lors des Jeux de la Francophonie 2023, comme le Complexe sportif La Concorde, pourraient accueillir plénières, hackathons et expositions.
Au-delà du calendrier, le choix du Congo répond à une logique de maillage continental. Après le Ghana, la Tunisie et l’Afrique du Sud, il s’agit d’impliquer l’Afrique centrale, souvent sous-représentée. « Le bassin du Congo porte un imaginaire unique qu’il faut documenter », souligne la chercheuse ivoirienne Mariam Traoré.
Retombées socio-économiques attendues
La tenue de Wiki Indaba coïncidera avec l’ouverture prévue du data-center national, fruit d’un partenariat public-privé soutenu par la Banque de développement des États d’Afrique centrale. Les organisateurs y voient une opportunité de vanter la connectivité congolaise et d’attirer des investisseurs dans les secteurs des services numériques.
Le tourisme urbain pourrait également bénéficier de la rencontre. Les hôtels du quartier Plateau, les péniches du fleuve et le train touristique du parc national de la Léfini figurent déjà dans les brochures. D’après l’Office congolais du tourisme, l’événement pourrait générer plus d’un milliard de francs CFA de recettes.
Les PME locales de traduction, de graphisme et d’audiovisuel préparent déjà des offres dédiées aux délégations. Le réseau des start-up de l’incubateur Yekolab entend démontrer la vitalité de la scène tech congolaise et faciliter l’onboarding des contributeurs grâce à des kits de connexion mobile subventionnés.
À retenir
Wiki-Convention 2025 a confirmé la place grandissante des acteurs francophones dans la gouvernance mondiale de Wikimédia. La participation congolaise, marquée par des projets de numérisation patrimoniale et une stratégie inclusive, ouvre de nouvelles perspectives pour la documentation des cultures d’Afrique centrale sur les plateformes collaboratives.
L’annonce de Wiki Indaba 2027 à Brazzaville positionne le Congo comme hub continental du libre savoir. Les synergies avec les chantiers nationaux de digitalisation et le soutien institutionnel pourraient servir de modèle aux pays voisins, tout en consolidant l’attractivité économique de la capitale.
Le point juridique et éco
Sur le plan légal, les juristes béninois ont rappelé que l’ouverture des archives publiques impose une clarification des licences Creative Commons. Le Congo prépare un décret d’application pour sécuriser la libération de données culturelles, répondant ainsi aux recommandations de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle.
Côté financement, la Wikimedia Foundation a confirmé une enveloppe de subventions à hauteur de 120 000 dollars pour l’Indaba, tandis que l’État congolais prendra en charge l’accueil protocolaire. Les discussions se poursuivent avec la Banque mondiale pour adosser une composante formation destinée aux enseignants et bibliothécaires.
