Dynamique jeunesse et marché du travail
Brazzaville redouble d’initiatives pour transformer l’enthousiasme d’une population majoritairement jeune en levier de développement. Avec 165 nouveaux diplômés issus de programmes de formation technique, la capitale vient d’écrire un chapitre discret mais déterminant de la lutte contre le chômage.
Du certificat en poche à l’installation dans un atelier, chemin reste toutefois long. Les organisateurs, l’Ong Essor et ses alliés institutionnels, misent sur un accompagnement post-formation pour convertir cette première victoire symbolique en emplois pérennes et entreprises créatrices de valeur.
Une formation multisectorielle pensée pour l’emploi
Dispensés entre février et août, les modules couvraient six filières stratégiques : mécanique automobile, soudure, électricité, bureautique, hôtellerie-restauration et métiers de la beauté. Cette offre a été calibrée d’après les statistiques locales de recrutement, qui pointent une demande croissante dans les services urbains.
Le projet Relieef a ciblé en priorité les femmes, convaincu que la parité dynamise l’économie familiale. Sur 102 participantes, près de la moitié se sont orientées vers la coiffure ou la couture, secteurs où l’auto-entrepreneuriat demande peu de capital de départ.
Avec Emateli et Noa, l’accent a été mis sur les métiers techniques, la soudure notamment, formation rare mais recherchée dans les chantiers du BTP. Une trentaine de jeunes hommes sortent désormais capables d’assembler, réparer ou concevoir des structures métalliques certifiées.
Partenariats public-privé, clef du succès
Essor a noué un dialogue étroit avec le ministère de la Jeunesse et des PME locales pour garantir l’adéquation formation-emploi. « Nous ne voulons pas former pour former mais pour placer », insiste Dieudonné Badawo, coordinateur pays, qui mise sur des conventions de stage immédiates.
Du côté de l’État, la Direction générale de la formation qualifiante promet un suivi. « Chaque diplômé sera inscrit dans notre base pour profiter des offres publiques ou privées », assure Auxence Okombi. L’administration entend ainsi passer d’une logique de projet isolé à un dispositif permanent.
Les entreprises partenaires, garages, hôtels ou salons, y trouvent leur compte : main-d’œuvre déjà initiée, sans coût de recrutement. Plusieurs ont signé des lettres d’engagement pour absorber au moins deux stagiaires et, selon les performances, proposer des contrats à durée indéterminée.
Des trajectoires déjà prometteuses
À Talangaï, Sandra Mabiala, 24 ans, a transformé son certificat de couture en micro-atelier familial. Deux machines achetées grâce à un prêt d’honneur suffisent pour produire des uniformes scolaires. « Je compte recruter avant la prochaine rentrée », sourit-elle, affichant un carnet de commandes plein.
Chez les soudeurs fraîchement diplômés de Makélékélé, un collectif s’est déjà vu confier la réhabilitation de portails pour la mairie d’arrondissement. Montant du marché : 3,5 millions de francs CFA. L’exemple nourrit l’argument d’une formation capable de générer rapidement un revenu décent.
Le point économique : opportunités dans les services et l’artisanat
Selon la Chambre de commerce de Brazzaville, les besoins annuels en mécaniciens et soudeurs excèdent 800 profils, stimulés par les chantiers routiers et la maintenance pétrolière. Dans l’hôtellerie, la reprise post-Covid prévoit l’ouverture d’une dizaine d’établissements d’ici 2025, créant 1 200 postes.
Pour la Banque mondiale, chaque micro-entreprise artisanale génère en moyenne deux emplois indirects. La politique congolaise de diversification, relayée par le Plan national de développement, pourrait donc capitaliser sur ces filières à fort effet multiplicateur pour absorber une partie de la croissance démographique.
À retenir
Au-delà des 165 certificats, c’est une méthode qui se teste : sélection rigoureuse, formateurs qualifiés, suivi individualisé et maillage d’entreprises. Les partenaires envisagent déjà une nouvelle cohorte de 250 jeunes, élargie aux métiers du numérique émergent.
L’expérience illustre aussi le potentiel du cadre associatif pour compléter les dispositifs publics. Essor, fondée en 1992, intervient depuis huit ans au Congo. Son approche participative, fondée sur le diagnostic communautaire, lui a valu l’appui financier de bailleurs français et européens.
Le point juridique/éco
Le Code congolais du travail prévoit un quota de 10 % d’apprentis dans les grandes entreprises, une disposition encore peu appliquée. Les autorités réfléchissent à un décret d’application renforcé, qui rendrait la prise en charge de stagiaires partiellement déductible de l’impôt sur les sociétés.
Parallèlement, le Fonds national d’appui à l’employabilité devrait être relancé avec un budget revalorisé. Il financerait jusqu’à 50 % des équipements initiaux pour les jeunes entrepreneurs issus des centres de formation, abaissant ainsi le principal obstacle identifié : le coût du premier investissement.
Perspectives nationales pour la jeunesse
Le ministère de la Jeunesse anticipe la création de 90 000 emplois d’ici 2026, dont 60 % dans l’économie informelle structurée. Les résultats de Brazzaville servent de laboratoire. Si les indicateurs demeurent positifs, le modèle pourrait être étendu à Pointe-Noire puis aux capitales départementales.
Pour les bénéficiaires, le plus grand défi reste sans doute invisible : cultiver l’endurance entrepreneuriale. Les formateurs le répètent : la certification n’a de sens que prolongée par un perfectionnement permanent. Une philosophie qui, appliquée à l’échelle nationale, pourrait redéfinir l’avenir du travail au Congo.
Le virage numérique ouvrira d’autres niches, des cybercafés de quartier aux ateliers de maintenance smartphone. Plusieurs des nouvelles diplômées en informatique envisagent déjà un service ambulant d’assistance bureautique, concept testé dans la zone de Mfilou pour les TPE n’ayant pas de services internes.
