Formation Genius, laboratoire de compétences
Huit semaines durant, une trentaine de cheffes d’entreprise, d’artisanes et de commerçantes ont investi les salles de la Chambre nationale des femmes cheffes d’entreprises et entrepreneures du Congo pour disséquer, sous l’égide d’experts locaux et internationaux, les arcanes de la finance inclusive, de la levée de fonds, du marketing numérique ou encore de la gouvernance d’entreprise. L’exercice, rigoureux et interactif, a permis aux participantes de confronter leur pratique quotidienne aux standards internationaux, tout en contextualisant les outils aux réalités congolaises, marquées par un tissu productif encore largement informel.
Dans un environnement économique où l’accès au crédit demeure un défi récurrent, l’accent mis sur la structuration des business plans et la lecture des bilans répond à une exigence de bancarisation croissante. « Je peux désormais parler le langage des investisseurs sans traduire mes ambitions », confie, avec un sourire maîtrisé, Mélina Murielle Mpourou, promotrice d’une marque agro-alimentaire prometteuse.
Alliance publique-privée, levier stratégique
La présence de la ministre des Petites et Moyennes Entreprises, Jacqueline Lydia Mikolo, lors de la remise des attestations a confirmé l’alignement institutionnel du programme avec la stratégie gouvernementale de diversification économique. En rappelant l’objectif d’accompagner mille porteuses de projets à court terme, la ministre a souligné la dimension inclusive d’un dispositif pensé comme une chaîne de valeur, de l’idéation à la mise sur le marché.
Cet appui étatique fait écho aux orientations du Plan national de développement, qui valorise la contribution des micros et petites entreprises à la résilience du pays face aux chocs pétroliers. Loin de toute posture incantatoire, il s’agit d’implémenter un cadre réglementaire incitatif, où la fiscalité adaptée et les guichets uniques facilitent l’émergence d’un tissu entrepreneurial féminin, aujourd’hui évalué à près de 40 % du secteur informel.
Pnud et Ecobank, catalyseurs financiers
La signature, en marge de la cérémonie, d’un accord entre le Pnud et la Chambre nationale des femmes cheffes d’entreprises matérialise une synergie multilatérale saluée par la représentante onusienne, Adama Dian Barry, comme « une étape significative vers la bancabilité des actrices économiques ». Le chèque symbolique remis à cette occasion ouvre la voie à des mécanismes de garantie partagée et à des formations continues, essentielles pour pérenniser les entreprises naissantes.
Parallèlement, l’inclusion du programme dans l’initiative « Ellever » d’Ecobank positionne les bénéficiaires sur des produits financiers dédiés – lignes de crédit à taux modéré, paiements digitaux sécurisés, conseils en gestion de trésorerie – gages d’une montée en gamme compétitive. Dans un contexte régional où la finance verte gagne du terrain, la sensibilisation aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) constitue une autre innovation du cursus.
Cap vers Oyo, diffusion territoriale de l’innovation
Dès le mois d’août, la caravane Genius prendra la route d’Oyo, dans la Cuvette, amorçant une stratégie de territorialisation qui épouse la géographie socio-économique du Congo. Ce déploiement hors de la capitale devrait favoriser la captation des potentiels agricoles et artisanaux encore sous-exploités, tout en consolidant les réseaux de femmes leaders déjà actifs dans les départements.
Les projections établissent que, sur un horizon triennal, chaque entreprise incubée pourrait générer deux à trois emplois directs et un effet d’entraînement sur la sous-traitance locale. De quoi nourrir, par capillarité, la croissance inclusive recherchée par les pouvoirs publics et les partenaires au développement. L’enjeu, à terme, est d’ancrer une culture entrepreneuriale où la compétence précède le capital, et où le genre cesse d’être un obstacle pour devenir, selon la formule de Flavie Lombo, « un avantage comparatif pour la société toute entière ».