Une médaille mondiale pour le Congo
À Casablanca, le 28 septembre, la cloche finale a consacré Sibail Charlemane Ndzon vice-champion du monde de nanbudo, catégorie –65 kg. La performance offre à la République du Congo sa première médaille planétaire dans cette discipline encore méconnue du grand public.
La compétition, rassemblant plus de cent quarante athlètes venus de vingt nations, a mis en lumière l’aisance technique et la combativité du Karatéka brazzavillois. Sa finale, perdue de justesse face au Russe Viktor Sokolov, a malgré tout retenti comme une victoire symbolique pour le sport congolais.
Qui est Sibail Charlemane Ndzon ?
Originaire du quartier Nkombo à Brazzaville, Ndzon découvre les arts martiaux à douze ans dans un dojo municipal. Passionné, il cumule après le bac les séances d’entraînement sous la houlette de l’entraîneur Brunel Bouap Poundjoll, figure locale du nanbudo.
Licencié en sociologie du sport, le jeune homme de vingt-six ans partage son temps entre le tapis et l’animation d’ateliers d’initiation pour collégiens. « Je veux transmettre la discipline qui m’a construit », confie-t-il, le regard déterminé, à la sortie de la finale casablancaise.
Son palmarès national impressionne : cinq titres d’affilée chez les –65 kg. À l’international, il avait déjà signé une demi-finale à Yaoundé en 2021. Son ascension confirme la pertinence d’un encadrement local méthodique, largement salué par le ministère congolais des Sports.
Nanbudo, un art martial encore confidentiel
Créé dans les années 1970 par le Japonais Yoshinao Nanbu, le nanbudo combine techniques de karaté et mouvements circulaires destinés à développer la souplesse et l’énergie interne. La discipline épouse la philosophie du « ki », point de jonction entre corps et esprit.
Au Congo, elle pénètre discrètement dans les années 1990 via la diaspora étudiante. Faute d’équipements dédiés, les pionniers s’entraînent longtemps dans les cours d’écoles. Depuis 2018, la Fédération congolaise de savate et disciplines associées héberge le nanbudo et structure les compétitions nationales.
L’International nanbudo federation, présidée par Arnaud Nkamhoua, ambitionne d’intégrer la discipline aux Jeux africains. La médaille de Ndzon offre un argument supplémentaire pour convaincre les instances continentales, très sensibles aux résultats concrets.
Casablanca, creuset de la solidarité africaine
Le Comité marocain de nanbudo a financé sur place l’hébergement des délégations africaines, salué par les fédérations invitées. Cette hospitalité a permis aux Congolais, confrontés à des contraintes budgétaires, d’aborder la compétition dans des conditions sereines.
« Nos frères d’Afrique du Nord ont montré l’exemple de la coopération sportive Sud-Sud », souligne le coach Bouap Poundjoll, décoré d’un diplôme d’honneur par les organisateurs. Le geste, applaudi par les responsables congolais, nourrit l’idée d’un circuit africain des arts martiaux.
Le point économique : enjeux budgétaires et sponsors
Derrière l’éclat de la médaille se cachent des arbitrages financiers serrés. Le budget annuel alloué aux sports de combat ne dépasse pas 200 millions de francs CFA, soit moins de 2 % des crédits sportifs globaux, rappellent les services du Trésor public.
Pour boucler le voyage, la Fédération a mobilisé des contributions privées issues d’entreprises pétrolières et d’opérateurs télécoms. Le modèle reste précaire, mais les dirigeants estiment que « chaque podium est un argument commercial » auprès de sponsors en quête de visibilité responsable.
Le ministère des Sports, qui promeut un nouveau plan « Élite 2028 », envisage de flécher une part des recettes de la taxe sur les jeux en ligne vers les disciplines émergentes. Une mesure qui pourrait sécuriser les préparations olympiques et mondialistes à venir.
À retenir
La vice-championnat de Ndzon illustre le potentiel d’une jeunesse sportive résiliente, capable de porter haut les couleurs nationales malgré un écosystème encore fragile.
Elle confirme aussi la stratégie d’ouverture prônée par Brazzaville : multiplier les partenariats fédéraux, s’appuyer sur la diplomatie sportive et valoriser la montée en compétence des entraîneurs locaux.
Perspectives pour la Fédération congolaise
De retour à Brazzaville, Ndzon prépare déjà la Coupe d’Afrique prévue à Douala en avril 2024. La Fédération vise le titre continental et ambitionne d’envoyer trois athlètes supplémentaires dans chaque catégorie.
Un programme de détection va s’ouvrir dans les lycées de Pointe-Noire et Dolisie. Objectif : repérer trente talents en deux ans, avec l’appui technique de l’International nanbudo federation qui fournira tatamis et équipements.
Dans une discipline où la maîtrise mentale pèse autant que la force physique, le Congo entend bâtir une école reconnue. La médaille casablancaise ne serait alors qu’un premier jalon sur la route d’une reconnaissance durable sur la scène sportive mondiale.
