Un programme charnière pour l’école congolaise
Six années auront suffi pour faire du Programme d’appui à la stratégie sectorielle de l’éducation, financé par le Partenariat mondial pour l’éducation, une référence en matière de coopération. Lancé en 2020, le PASSE arrive à son terme en novembre 2025, sans dévier de ses objectifs.
Porté conjointement par le gouvernement congolais et l’UNESCO, le dispositif a ciblé trois leviers stratégiques – équité, qualité, efficience – pour consolider un système éducatif inclusif et performant. Les partenaires saluent aujourd’hui un bilan jugé « remarquable » tant par les acteurs nationaux qu’internationaux.
Équité : l’accès avant tout
Dans un pays où le maillage scolaire reste inégal, l’axe équité a misé sur les infrastructures. Vingt-cinq salles de classe préscolaire ont poussé dans les zones rurales, équipées de mobilier adapté. Des latrines modernes et des points d’eau réhabilités renforcent l’hygiène et la dignité des élèves.
La restauration scolaire s’est imposée comme un outil de cohésion. Selon l’UNESCO, plus de 19 000 écoliers de quatre départements reçoivent désormais un repas équilibré, grâce aux cantines et aux transferts monétaires conditionnels. Ce soutien réduit l’abandon et soutient la progression vers la fin du primaire.
Qualité d’apprentissage : un saut quantitatif
La pénurie d’enseignants qualifiés pesait sur les résultats nationaux. Le PASSE a permis la formation de 1 350 enseignants bénévoles et de 154 encadreurs pédagogiques, outillant ces femmes et hommes en didactique active et en gestion de classe pour répondre aux exigences des programmes révisés.
L’accès au livre représente l’autre pilier. Plus de 51 000 manuels et 250 000 cahiers d’activités ont été distribués par le projet, complétant les 608 000 ouvrages fournis par l’État. Dans plusieurs établissements, chaque élève dispose désormais d’un manuel de français et de mathématiques.
« Ces efforts conjoints rapprochent le Congo de son ambition : un manuel par enfant », s’est félicitée Fatoumata Barry Marega, représentante de l’UNESCO. L’appropriation locale se renforce, grâce aux maisons d’édition nationales associées à la fabrication des prochains tirages, impulsant une dynamique économique autour du livre scolaire.
Efficience et gouvernance des données
Sans pilotage statistique, aucune réforme ne tient. En réactivant le Système d’information pour la gestion de l’éducation, l’équipe PASSE a publié trois annuaires consécutifs – 2022-2023, 2023-2024 et 2024-2025 – après cinq années de silence, posant les bases d’un management factuel.
Les inspections académiques disposent désormais de tablettes pour la collecte en temps réel des indicateurs de fréquentation et de performance. Les délais de transmission des rapports, autrefois supérieurs à six mois, sont passés à moins de huit semaines selon la direction des statistiques.
Trente-cinq cadres nationaux ont parallèlement été formés au pilotage curriculaire avec l’appui du Bureau international de l’éducation. Leur travail a abouti à un Cadre d’orientation curriculaire, remis au ministère, qui harmonise objectifs, compétences et évaluation du préscolaire au collège.
Le nouveau pacte de transformation
Fort de ce socle, Brazzaville a négocié un Pacte de partenariat pour la transformation de l’éducation. Trois lignes de financement ont déjà été sécurisées auprès du Partenariat mondial pour l’éducation, confirmant la confiance des bailleurs et la crédibilité de la stratégie gouvernementale.
Le fonds à effet multiplicateur de 15 millions de dollars soutiendra le projet TRESOR, mis en œuvre par la Banque mondiale. Dix millions supplémentaires iront au Programme d’appui au renforcement de la qualité de l’éducation de base, codirigé par l’UNICEF et l’UNESCO.
Enfin, un financement pour le renforcement des capacités, d’un montant d’un milliard 35 millions de dollars, cible la modernisation administrative, la formation initiale et l’extension numérique. L’ensemble constitue un levier essentiel pour maintenir le rythme des réformes durant les cinq prochaines années.
La mobilisation communautaire complète ce montage financier. Associations de parents, confessions religieuses et entreprises parapubliques s’engagent à fournir des apports en nature – terrains, travaux d’entretien, connexions Internet – valorisés à plus de deux millions de dollars sur la durée du pacte.
À retenir
Le PASSE laisse un héritage tangible : classes construites, enseignants formés, manuels disponibles, données actualisées et pacte financier consolidé. Chaque volet alimente l’ambition présidentielle de placer le capital humain au cœur de la diversification économique et de l’intégration régionale.
Le point éco
Selon le ministère des Finances, chaque dollar investi dans l’éducation primaire génère entre 7 et 10 dollars de croissance future. Les retombées attendues du PASSE et des nouveaux projets devraient donc soutenir, à moyen terme, la compétitivité du pays et l’attractivité des investisseurs privés.
Horizon 2030 : cap sur l’ODD 4
L’Objectif de développement durable numéro 4, qui vise une éducation de qualité pour tous, reste l’étoile polaire. Avec un taux brut de scolarisation primaire supérieur à 110 % mais un taux d’achèvement d’environ 70 %, le Congo voit dans la seconde génération de réformes un moyen de combler l’écart.
La feuille de route 2026-2030, en cours d’élaboration, devrait approfondir la gouvernance locale des écoles et l’innovation numérique. Les acteurs éducatifs espèrent ainsi consolider les gains du PASSE, attirer davantage de jeunes dans les filières scientifiques et préparer le marché du travail de demain.
