À Brazzaville, la forêt n’est plus seulement un patrimoine : elle devient un chantier politique. La clôture, le 28 mai 2026, de la revue annuelle du partenariat Congo-CAFI en a livré la mesure exacte, entre satisfactions affichées et lenteurs assumées.
Un partenariat qui cherche son rythme de croisière
Lancée en septembre 2019 par les présidents français et congolais, l’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale (CAFI) repose sur un pari simple à énoncer, ardu à tenir : payer pour préserver, plutôt que pour exploiter.
L’idée directrice tient en une formule, reprise par les responsables du programme : le « déploiement des paiements pour les services environnementaux avec un impact positif sur les populations rurales ». Derrière le vocabulaire technique, une ambition redistributive se dessine.
Car la République du Congo, à ne pas confondre avec sa voisine la RDC, abrite une part stratégique du second massif forestier tropical de la planète. Sa gestion engage autant la souveraineté nationale que la diplomatie climatique régionale.
Cinquante-deux jalons, un bilan en demi-teinte
Le chiffre, communiqué par le secrétaire permanent Jean-De Dieu Nzila, structure tout le débat : sur cinquante-deux jalons planifiés, dix ont été entièrement réalisés et trente-sept demeurent en cours d’exécution.
La lecture optimiste retient une dynamique : près de neuf chantiers sur dix sont engagés. La lecture exigeante observe l’inverse, à savoir qu’une faible minorité d’objectifs a véritablement franchi la ligne d’arrivée.
Cet écart entre l’amorce et l’aboutissement n’est pas anodin. Il signale un programme encore dans sa phase de construction, où poser des fondations a primé, jusqu’ici, sur la livraison de résultats pleinement consolidés.
Des acquis structurants sous la surface
Les réalisations validées ne relèvent pourtant pas du symbole. Le Congo a soumis sa contribution déterminée au niveau national, document qui fixe noir sur blanc l’ambition climatique du pays sur la scène internationale.
S’y ajoute un diagnostic territorial d’envergure, documentant plus de cinq cent quatre-vingts titres et concessions. Cet inventaire, fastidieux mais décisif, éclaire enfin la cartographie réelle des droits qui se superposent sur la forêt.
Dans le prolongement, des outils de résolution des conflits fonciers ont été développés. La question est sensible : sans arbitrage clair entre communautés, exploitants et État, toute politique de préservation reste suspendue à des litiges latents.
Enfin, l’adoption d’un cadre national pour les paiements de services environnementaux constitue la pièce maîtresse. C’est l’architecture juridique sans laquelle la philosophie même du partenariat resterait lettre morte.
Les freins que l’on ne masque plus
La revue a eu le mérite de nommer ses propres obstacles. Les délais prolongés de préparation des projets reviennent au premier rang, allongeant le temps qui sépare l’intention de l’acte concret sur le terrain.
À cette inertie s’ajoute une exécution retardée par certaines agences. Le constat, formulé sans détour, pointe une responsabilité opérationnelle diffuse, où la coordination entre acteurs pèse autant que les financements mobilisés.
Troisième écueil identifié : une intégration insuffisante des structures nationales. Autrement dit, le dispositif peinerait encore à s’ancrer pleinement dans les administrations censées le porter dans la durée, au-delà du seul pilotage international.
Le plan correctif, antichambre de la décennie 2026-2035
Présidée par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, la clôture a débouché sur un plan d’action correctif. L’objectif est de remettre sur les rails les trente-sept jalons en suspens avant que le retard ne devienne structurel.
Mais l’enjeu véritable se situe au-delà de l’exercice 2025. Les parties prenantes élaborent désormais la stratégie 2026-2035, horizon décennal qui doit transformer une série d’initiatives en politique forestière cohérente et soutenable.
Ce basculement est délicat. Passer d’une logique de jalons à une vision de long terme suppose d’arbitrer des priorités, de sécuriser des ressources et, surtout, de convaincre les populations rurales que la promesse de retombées tient ses engagements.
Ce que révèle l’exercice brazzavillois
Au fond, la revue Congo-CAFI illustre une tension propre aux politiques environnementales du continent : la lenteur des procédures contre l’urgence climatique, la technicité des cadres contre l’attente concrète des territoires.
Les acquis juridiques et diagnostiques posés en 2025 forment un socle réel. Reste à les faire vivre. La décennie qui s’ouvre dira si le Congo a bâti un instrument durable ou simplement empilé des intentions méthodiques.
La forêt d’Afrique centrale, elle, n’attendra pas que les calendriers administratifs s’accordent à ceux du climat (La Semaine Africaine).
