Choléra au Congo-Brazzaville: état des lieux
Depuis juillet, la République du Congo observe un regain d’infections cholériques, poussé par les flux entre Brazzaville et ses voisins. Les autorités sanitaires suivent de près chaque foyer pour limiter une extension régionale.
Avec plus de 500 cas et 35 décès signalés, le taux de létalité atteint 7,1 %. La décrue observée sur l’Île Mbamou contraste avec la tension persistante dans le département Congo-Oubangui.
Les districts de Mossaka et Loukoléla enregistrent de nouvelles vagues, alimentées par des réseaux fluviaux denses. Faute de kits de prélèvement exhaustifs, plusieurs cas probables attendent toujours confirmation par culture bactérienne.
Le professeur Donatien Mounkassa souligne que le choléra n’est pas endémique dans le pays, mais divers déterminants socio-environnementaux, dont la saison des pluies et l’urbanisation rapide, pourraient catalyser une propagation fulgurante.
Un financement européen stratégique
Face à ces risques, l’Union européenne a débloqué 220 000 euros, près de 144 millions de francs CFA, pour soutenir la Croix-Rouge congolaise dans une riposte focalisée sur l’accès à l’eau salubre et aux soins primaires.
Ce soutien provient du Fonds européen d’aide humanitaire, instrument flexible conçu pour répondre rapidement aux urgences sanitaires. Il complète les ressources nationales sans se substituer au pilotage institutionnel assuré par le ministère de la Santé.
Lors de la cérémonie du 25 août 2025, Malik Loemba-Makosso, premier vice-président de la C.r.c, a présenté l’allocation comme un « catalyseur de solidarité internationale » apte à renforcer la confiance des partenaires bilatéraux.
Selon Gabriel Goma Mahinga, secrétaire général, la dotation européenne offre une marge d’action décisive pour acheminer du chlore, sécuriser les points d’eau et former des agents hygiénistes dans les zones fluviales enclavées.
Déploiement du Fonds d’urgence
La C.r.c a structuré le Fonds d’urgence autour de quatre axes: eau, assainissement, santé et engagement communautaire. Chaque segment dispose d’indicateurs mesurables alignés sur le cadre de la Fédération internationale de la Croix-Rouge.
Quatre-vingt volontaires seront déployés sur les rives du fleuve Congo pour cartographier les points critiques, distribuer des pastilles de purification et relayer les messages de prévention dans les langues locales.
Les cliniques mobiles prévues à Mossaka et Loukoléla assureront la réhydratation orale, l’administration d’antibiotiques appropriés et le référencement des cas graves vers les hôpitaux généraux, réduisant ainsi la mortalité liée aux délais de transport.
Un comité de suivi, présidé par Franck Davy Diangana, analysera chaque semaine les données épidémiologiques afin d’ajuster l’allocation des stocks et de réorienter les équipes vers les nouvelles zones d’incidence.
Des actions sur le terrain ciblées
L’accès à l’eau potable demeure le déterminant principal de la flambée. Les techniciens de la C.r.c installeront vingt stations de chlorination temporaires près des puits communautaires fréquentés par les transporteurs fluviaux.
Dans les écoles primaires, des séances interactives expliqueront les gestes barrières, renforçant la perception du risque chez les enfants, vecteurs potentiels lors des déplacements familiaux vers les marchés riverains.
Le volet assainissement prévoit la réhabilitation de latrines publiques et la remise à niveau de trois sites de gestion des déchets solides, afin d’éviter la contamination des nappes phréatiques lors des pluies torrentielles.
Au plan clinique, des formations express actualisent les protocoles de prise en charge, incluant la surveillance de la résistance antimicrobienne, paramètre désormais scruté par l’OMS dans son rapport mondial sur le choléra.
La mobilisation communautaire en première ligne
Les communicateurs sociaux, issus principalement des associations de femmes maraîchères, joueront un rôle pivot dans l’adhésion populaire, considérée comme le meilleur indicateur d’efficacité selon les rapports consolidés de la FICR.
Des spots radiophoniques en lingala et kituba rappellent les signes d’alerte et la nécessité de consulter dès la première diarrhée aqueuse. Cette stratégie micro-médiatique a déjà prouvé sa rentabilité lors de l’épidémie d’Ebola voisine.
Parallèlement, les leaders religieux intègrent des messages sanitaires dans les sermons dominicaux, renforçant la diffusion de normes hygiéniques dans les foyers où la parole pastorale exerce un fort pouvoir de persuasion.
La diaspora congolaise est également sollicitée pour relayer les consignes sur les plateformes numériques, créant une boucle d’information transfrontalière utile aux voyageurs réguliers entre Kinshasa, Pointe-Noire et Cabinda.
Vers une résilience sanitaire durable
Au-delà de l’urgence, le projet sert de laboratoire à plus long terme pour renforcer la surveillance intégrée des maladies hydriques, conformément au Plan national de développement sanitaire 2022-2026.
Les autorités envisagent déjà d’étendre les stations de chlorination permanentes sur les affluents Oubangui et Sangha, zones commerciales stratégiques reliant le nord forestier à la capitale, afin d’ancrer la prévention dans les infrastructures publiques.
Le suivi d’impact comprendra des enquêtes ménages trimestrielles pour mesurer l’évolution des connaissances, attitudes et pratiques. Ces résultats guideront les ajustements budgétaires lors des prochaines négociations avec les bailleurs.
Pour Malik Loemba-Makosso, « la lutte contre le choléra préfigure la modernisation globale du système de santé communautaire ». Cette vision, couplée à l’appui européen, illustre une coopération pouvant servir de modèle régional.
