À Brazzaville, sous les ors du Kempinski Hôtel, la République du Congo a posé jeudi 7 mai une pierre attendue de sa stratégie économique. Trois contrats, une valeur combinée de 236 millions de dollars, un nom : le Terminal East New Mole de Pointe-Noire.
La cérémonie, placée sous l’égide du ministère de la Coopération internationale et de la Promotion des partenariats public-privé, réunissait partenaires institutionnels et privés. Au premier rang, AD Ports Group, opérateur émirati dont le réseau africain s’étend désormais jusque sur la façade atlantique congolaise.
Une concession de trente ans pour réarmer Pointe-Noire
Le projet repose sur une concession longue, trente années, qui engage durablement l’État et son partenaire. L’horizon n’est pas celui d’un mandat politique, mais d’une génération industrielle. C’est dire la portée du pari.
Les chiffres techniques disent l’ambition. Une profondeur de quai portée à seize mètres, une capacité renforcée pour absorber les contraintes du transbordement régional. Pointe-Noire entend cesser de subir les flux pour les capter.
Représentant l’exécutif, le Secrétaire permanent des partenariats public-privé, Innocent Dimi, a inscrit l’opération dans une trajectoire plus vaste. Moderniser les échanges, renforcer la logistique du principal port du pays, accélérer la transformation économique des prochaines années.
Le calcul d’un acteur émirati en quête de profondeur africaine
Pour AD Ports Group, Pointe-Noire n’est pas une escale isolée. Le terminal s’ajoute à un maillage continental comprenant l’Égypte, la Tanzanie et l’Angola. Une géographie qui dessine, port après port, un corridor maritime sous gestion émiratie.
Mohamed Eidha Tannaf Al Menhali, Directeur général régional du Bureau international du groupe, a mesuré ses mots. « C’est un grand plaisir d’être avec vous aujourd’hui à Brazzaville pour marquer la signature de trois contrats d’une valeur combinée d’environ 200 millions de dollars américains pour le nouveau terminal à conteneurs Noatum Ports New East Mole à Pointe-Noire. »
Le dirigeant a relié l’infrastructure à un effet d’entraînement régional. L’ouvrage favoriserait, selon lui, « une croissance économique durable et la création d’emplois pour la République du Congo et l’Afrique centrale de l’Ouest ». La formule vaut promesse autant que justification.
Brazzaville mise sur le statut de hub logistique
Le choix de la capitale pour parapher un projet portuaire situé à plus de cinq cents kilomètres n’est pas anodin. Innocent Dimi y a vu un symbole pesant, révélateur du niveau d’attention accordé au dossier par le sommet de l’État.
« Votre présence à Brazzaville revêt une portée particulière. Elle témoigne de l’importance stratégique qu’accorde notre pays à sa vision de devenir un hub logistique et commercial majeur en Afrique », a-t-il déclaré devant l’assistance.
L’ambition affichée dépasse la seule manutention de conteneurs. Elle vise un positionnement : faire de Pointe-Noire une porte d’entrée crédible pour l’arrière-pays d’Afrique centrale, longtemps pénalisé par des coûts logistiques parmi les plus élevés du continent.
Emplois, compétences et PME : la promesse des retombées
Au-delà du béton et des grues, les autorités congolaises insistent sur le volet humain. Création d’emplois directs, transfert de compétences vers la main-d’œuvre locale, ouverture de marchés pour les petites et moyennes entreprises du tissu national.
Ces engagements sociaux constituent le pendant attendu de tout partenariat de cette ampleur. Ils répondent à une attente récurrente : que les grands projets d’infrastructure irriguent l’économie réelle, et non les seuls bilans des opérateurs étrangers.
Reste que les retombées annoncées demeurent, à ce stade, des perspectives. La concession s’étendant sur trois décennies, leur concrétisation se jugera dans la durée, à l’aune des emplois effectivement créés et des compétences réellement transmises.
Un test pour la crédibilité économique congolaise
L’accord du Terminal East New Mole condense plusieurs paris congolais. Celui d’une diversification au-delà des hydrocarbures, celui d’une attractivité capable de fixer des capitaux étrangers, celui d’une gouvernance des partenariats public-privé enfin lisible.
Le port de Pointe-Noire dispose d’atouts géographiques rares sur la côte atlantique d’Afrique centrale. Encore faut-il que l’investissement annoncé se transforme en infrastructure opérationnelle, puis en flux commerciaux soutenus, dans un environnement régional concurrentiel.
La signature du 7 mai ouvre une séquence, elle ne la clôt pas. Entre l’annonce de Brazzaville et la mise en service effective d’un quai à seize mètres, c’est la capacité d’exécution du Congo et de son partenaire qui sera, in fine, jugée.
