La séquence électorale s’est refermée sur un verdict massif. Denis Sassou-Nguesso a été reconduit avec une avance qui laisse peu de place au doute. L’ampleur du score déplace pourtant le centre de gravité du débat.
Désormais, la question n’est plus de soupeser les chiffres du scrutin. Elle consiste à savoir ce que ce mandat fera de lui-même. Un pouvoir aussi nettement confirmé hérite d’une responsabilité à la mesure de sa légitimité.
C’est précisément l’invitation que formule l’analyste Donald Mankassa, dans une tribune publiée par Les Échos Congo-Brazzaville. Son propos écarte la polémique pour s’attacher à l’essentiel : transformer une victoire politique en projet de société partagé.
Un score qui engage plus qu’il ne récompense
Pour Mankassa, un résultat élevé vaut moins comme trophée que comme contrainte. Il fixe au gouvernement et aux forces vives une exigence d’alignement autour d’objectifs communs. « Les grandes victoires créent de plus grands devoirs », résume-t-il en substance.
Le raisonnement est exigeant. Plus le mandat est large, plus il oblige à rester ouvert, réceptif et collaboratif. La cohésion nationale ne se décrète pas le soir d’une élection ; elle se construit ensuite, dans la durée et dans les actes.
Une éducation qui émancipe, pas seulement qui instruit
La première priorité que dégage l’auteur concerne l’école. Selon lui, l’éducation congolaise doit cesser de se limiter à la transmission de connaissances pour devenir un levier d’émancipation réelle, ancré dans le monde qui vient.
La préparation à l’emploi, l’innovation, la bascule numérique et l’économie de la connaissance s’imposent comme des horizons incontournables. Sans débouchés crédibles, prévient-il, les diplômes se changent en promesses non tenues. La mise en garde vise un décrochage entre formation et réalité.
L’emploi des jeunes, urgence sans détour
La deuxième priorité ne souffre, à ses yeux, aucun ajournement : l’emploi. Mankassa réclame une action qui relie l’école aux marchés du travail, en soutenant les PME, l’agriculture moderne, les filières numériques et les industries créatives.
Sa formule est lucide sur les limites de l’État. Le gouvernement ne peut pas tout faire, reconnaît-il, mais il lui revient de bâtir des écosystèmes où l’initiative des jeunes peut s’épanouir. L’enjeu n’est pas l’assistance, mais la levée des obstacles.
La confiance, ce ressort invisible
La troisième priorité est la moins tangible et, peut-être, la plus déterminante : la confiance. Les jeunes, écrit l’analyste, ont besoin de la certitude que l’effort, la compétence et le mérite ouvrent réellement des portes.
L’avertissement est sévère. Les nations vacillent, soutient-il, lorsque leur jeunesse cesse de croire que le travail façonne son destin. Derrière cette ligne se devine une inquiétude sur le contrat moral entre l’État et ses citoyens les plus jeunes.
Vers un pacte national avec la jeunesse
De ces trois constats, Mankassa tire un appel : nouer un véritable pacte national avec la jeunesse congolaise. Ce pacte suppose des mesures concrètes plutôt que des intentions, et une volonté assumée d’en faire une priorité de mandat.
Il cite le financement du jeune entrepreneuriat, des réformes éducatives ambitieuses, un accès facilité au crédit, l’encouragement à l’innovation et le soutien au tissu associatif. Autant de chantiers qui dessinent une politique d’ensemble plutôt qu’une série de gestes isolés.
Le mot de la fin tient dans un renversement de regard. La jeunesse, plaide-t-il, doit être considérée comme un capital national stratégique, et non comme un problème administratif à gérer. C’est cette bascule de perception qui, selon lui, conditionne le reste.
Un mandat à l’épreuve des attentes
L’intérêt de cette tribune tient à son refus du commentaire facile. Elle prend acte du résultat sans s’y attarder, pour interroger l’usage qui en sera fait. La légitimité d’un scrutin ne dit rien, en soi, des politiques qu’il rendra possibles.
Reste une équation classique en République du Congo comme ailleurs. Un mandat fort offre une fenêtre d’action rare ; encore faut-il l’employer avant qu’elle ne se referme. L’éducation, l’emploi et la confiance forment, dans cette lecture, le triptyque par lequel ce mandat se jugera.
À l’échelle d’un pays jeune, ces trois leviers ne relèvent pas de l’option mais de la nécessité. C’est, en filigrane, le pari que pose Donald Mankassa : faire de la victoire un commencement, et non un point d’arrivée.
