Brazzaville mise sur les hydrocarbures pour ancrer sa reprise
L’économie congolaise (Congo-Brazzaville) devrait prolonger sa consolidation en 2026, avec un taux de croissance attendu à 5,3 %. La projection émane de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), institution monétaire commune aux six pays de la sous-région.
Elle a été formulée à l’issue de la première réunion annuelle du Comité national économique et financier (CNEF), réuni le week-end dernier dans la capitale. Les travaux visaient à dresser un état des lieux de la conjoncture nationale et à jauger les marges de manœuvre pour l’exercice en cours.
La session était présidée par le ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public, Christian Yoka. Les participants ont passé en revue la situation macroéconomique du pays, avant d’arrêter une lecture commune des perspectives pour l’année.
Pétrole et GNL au cœur du moteur de croissance
Le chiffre de 5,3 % ne sort pas d’un seul ressort. Selon les conclusions du CNEF, la dynamique reposera d’abord sur le rebond de la production pétrolière, qui demeure la colonne vertébrale des recettes publiques congolaises et de la balance commerciale.
À ce socle s’ajoute la montée en puissance du gaz naturel liquéfié. Longtemps considéré comme une ressource secondaire, le GNL s’impose progressivement comme un relais de croissance, susceptible d’élargir l’assiette des exportations au-delà du seul brut.
Le troisième pilier relève moins des cours mondiaux que de la volonté politique : la poursuite des réformes économiques engagées par le gouvernement. Le CNEF y voit une condition pour transformer une embellie conjoncturelle en trajectoire plus durable.
Reste une dépendance assumée. En adossant sa prévision aux hydrocarbures, l’économie reste exposée aux à-coups d’un marché pétrolier volatil, où une correction des prix peut rapidement rogner les marges budgétaires de l’État.
Une inflation tenue sous le seuil communautaire
Sur le front des prix, le bilan est plus rassurant. Le Comité a relevé une inflation estimée à 2,7 %, sous le seuil de 3 % fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) pour ses membres.
Ce niveau traduit une relative stabilité dans un environnement régional qui a connu, ces dernières années, de réelles tensions inflationnistes. Pour les ménages comme pour les entreprises, contenir la hausse des prix conditionne le pouvoir d’achat et la lisibilité des décisions d’investissement.
La discipline monétaire portée par la BEAC pèse dans cette équation. Maintenir l’inflation en deçà de la norme communautaire constitue un signal de crédibilité, autant vis-à-vis des partenaires de la zone que des bailleurs et investisseurs.
Le crédit bancaire repart, le risque recule
Le financement de l’économie offre l’autre motif de satisfaction. Le CNEF a noté la progression des crédits bancaires, soutenue par une amélioration de la qualité du portefeuille des établissements.
L’encours des crédits accordés au secteur privé a atteint 1 300,7 milliards de FCFA, en hausse de 23 %. Cette accélération suggère un appareil bancaire plus enclin à accompagner l’activité, après des années marquées par la prudence.
La photographie du risque s’éclaircit en parallèle. Le taux des créances en souffrance est revenu à 13,5 %, contre 16,5 % en 2024. Dans le même mouvement, le taux de couverture de ces créances par les provisions a grimpé à 65,1 %.
Cette double évolution — moins d’impayés, plus de provisions — renforce la solidité des bilans bancaires. Elle réduit aussi la vulnérabilité du système financier en cas de retournement, condition d’un crédit qui irrigue durablement l’économie réelle.
L’État resserre son accès au marché régional
Le volet souverain confirme la tendance. Sur le marché des valeurs du Trésor de la CEMAC, le taux de couverture des besoins du Trésor congolais est passé de 46,3 % en 2024 à 49,4 % en 2025.
Concrètement, l’État parvient à mobiliser une part croissante des financements qu’il sollicite auprès des investisseurs régionaux. Un accès plus fluide à ce marché desserre la contrainte de trésorerie et limite le recours à des sources de financement plus coûteuses.
Ces indicateurs dessinent une trajectoire cohérente, où croissance, prix maîtrisés et financement plus sûr se conjuguent. Ils n’effacent pas pour autant l’enjeu central : convertir une reprise nourrie par les hydrocarbures en croissance diversifiée et moins tributaire des cours mondiaux.
