Un verdict qui décapite la fédération
Le couperet est tombé le mardi 10 mars 2026, au terme de huit mois d’instruction. La Cour criminelle congolaise a condamné Jean-Guy Blaise Mayolas, président de la Fédération congolaise de football, à la réclusion à perpétuité.
Trois chefs d’accusation ont été retenus contre l’homme fort du football national : blanchiment d’argent, détournement de fonds et faux en écriture. La sévérité de la peine tranche avec l’image policée que l’instance entendait projeter.
Le secrétaire général Badji Mombo Wantete et le trésorier Raoul Kanda n’ont pas été épargnés. Chacun écope de cinq ans d’emprisonnement pour son rôle dans une gestion jugée frauduleuse. La défense dispose de trois jours pour se pourvoir en cassation.
Aux origines d’un scandale financier
Tout part d’une révélation du journaliste Romain Molina, qui pointe des pratiques douteuses dans la mécanique financière de l’association sportive. Ses informations déclenchent une onde de choc dont la fédération ne se remettra pas indemne.
Au cœur du dossier figure une enveloppe de 500 000 dollars, soit environ 300 millions de francs CFA. Cette somme, versée par la FIFA, devait servir à soutenir le développement du football féminin congolais, terrain longtemps négligé.
L’argent destiné aux joueuses serait devenu, selon l’accusation, le carburant d’un système opaque. La Cour a estimé que la traçabilité des dépenses ne résistait pas à l’examen, retenant les qualifications les plus lourdes du code pénal.
Le profil d’un dirigeant déchu
Élu pour la première fois le 3 octobre 2018, Jean-Guy Blaise Mayolas régnait sur la Fécofoot depuis près de huit ans. Cet ancien inspecteur du Trésor, âgé de 63 ans, incarnait une certaine continuité institutionnelle au sommet de la discipline.
Sa formation dans l’administration financière donne au dossier une résonance particulière. Un homme rompu aux écritures comptables, condamné précisément pour faux en écriture : le paradoxe n’a échappé ni aux observateurs ni à l’opinion sportive.
Pendant son mandat, l’intéressé a longtemps présenté la fédération comme un acteur de la modernisation du football local. Le verdict referme brutalement ce chapitre et installe une rupture durable dans la gouvernance de l’instance.
Une défense qui dénonce un procès politique
Les avocats de Mayolas n’ont pas désarmé. Ils ont qualifié la procédure de « règlement de compte », y voyant une manœuvre destinée à écarter leur client de la présidence par la voie judiciaire plutôt que par les urnes.
Leur argument central s’appuie sur un point précis : la FIFA, premier intéressé en tant que bailleur, n’aurait signalé aucun détournement des fonds litigieux. Cette absence de plainte de l’organisation faîtière nourrit, selon eux, le caractère contestable des poursuites.
Cette ligne de défense ouvre un débat plus large sur l’autonomie des fédérations sportives face aux juridictions nationales. Entre régulation interne du football mondial et souveraineté judiciaire des États, la frontière demeure mouvante et disputée.
Le football congolais face au vide institutionnel
Au-delà des hommes, c’est tout l’appareil dirigeant qui se retrouve fragilisé. Avec le président, le secrétaire général et le trésorier frappés simultanément, la Fécofoot perd en un seul jugement le triangle exécutif qui structurait son fonctionnement.
L’instance faîtière du football congolais doit désormais se reconstruire de fond en comble. Trouver un nouveau président, un secrétaire général et un trésorier devient une urgence administrative autant qu’une question de crédibilité internationale.
Ce renouvellement forcé intervient dans un contexte de défiance. Les partenaires, les clubs et les sélections attendront des garanties de transparence avant de réinvestir leur confiance dans une gouvernance lourdement éclaboussée par l’affaire.
Un signal envoyé à la gouvernance sportive
L’affaire dépasse le seul cas congolais. Elle illustre la pression croissante exercée sur la gestion des financements internationaux, à l’heure où les bailleurs comme la FIFA réclament une reddition de comptes plus stricte.
Pour les juridictions, le dossier marque une volonté affichée de ne plus traiter le sport comme un sanctuaire protégé. La perpétuité prononcée, peine d’une rareté frappante dans ce type de contentieux financier, en dit long sur cette inflexion.
Reste à voir si le pourvoi en cassation modifiera la trajectoire de cette procédure hors normes. Quelle que soit l’issue, le football congolais entre dans une zone d’incertitude dont il ne sortira pas sans une refonte profonde de ses pratiques.
