À quelques jours du scrutin présidentiel, l’organe de régulation des médias congolais a posé un geste qui en dit long sur la sensibilité de la séquence. Le tirage au sort de l’ordre de passage des candidats à l’antenne n’a rien d’anodin dans un pays où l’accès à la parole publique reste un enjeu démocratique majeur.
Un tirage au sort sous contrôle d’huissier
Le 26 février, à Brazzaville, le Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC) a fixé par le sort l’ordre de diffusion des messages des candidats à l’élection présidentielle, sur les médias publics comme privés.
L’opération s’est tenue devant les représentants des sept prétendants et des professionnels de l’information. Pour en garantir l’intégrité, elle a été certifiée par un huissier de justice, Me Jean-Claude Olombo. Une formalité qui vaut signal politique autant que juridique.
Le recours à un officier ministériel n’est pas un détail de procédure. Il traduit une volonté de placer la régulation à l’abri du soupçon, dans un contexte où chaque acte institutionnel est scruté par les états-majors et l’opinion.
Sept candidats, un ordre désormais arrêté
Selon les résultats du tirage, la diffusion ouvrira avec Anguios Nganguia Engambe, candidat du Parti pour l’action de la République (PAR). Il sera suivi de l’indépendant Dave Uphrem Mafoula, puis de Mabio Mavoungou Zinga, qui porte les couleurs de l’Alliance.
Le quatrième créneau revient à Mélaine Destin Gavet Elongo, du Mouvement républicain. Vient ensuite l’indépendant Vivien Romain Manangou, puis Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, candidat du parti « La Chaîne ».
Le dernier passage échoit à Denis Sassou-N’Guesso, candidat de la majorité présidentielle. L’ordre, ainsi établi, vaudra pour l’ensemble des espaces réservés aux candidats durant la période de campagne.
L’égalité d’accès, mission cardinale du régulateur
Le président du CSLC, Médard Milandou Nsonga, a inscrit la démarche dans la mission première de l’institution : garantir l’égalité d’accès des candidats aux médias et assurer une information équilibrée, transparente et conforme aux lois de la République.
Cette exigence d’équité n’est pas qu’un principe abstrait. Dans la pratique électorale, l’ordre et le volume de présence à l’antenne pèsent sur la visibilité des candidatures, en particulier pour celles qui ne disposent pas des relais d’un grand appareil partisan.
En confiant au hasard le soin de trancher, le régulateur entend neutraliser toute hiérarchie implicite entre les concurrents. Le sort, par définition, ne favorise personne, et désamorce ainsi les contestations qui naissent souvent de l’attribution des créneaux.
Une grammaire de la campagne à respecter
Médard Milandou Nsonga a également formulé deux appels distincts. Aux candidats, il a demandé des messages responsables et constructifs, loin des outrances qui caractérisent parfois la fièvre des campagnes.
Aux médias, il a réclamé un respect strict de l’ordre de passage établi. La consigne vise à éviter les déséquilibres de traitement, qu’ils soient le fruit de choix éditoriaux assumés ou de simples négligences techniques.
Cette double exhortation dessine en creux la conception que le régulateur se fait de la campagne : un temps encadré, où la liberté d’expression s’exerce dans un cadre commun, accepté par tous les acteurs.
Ce que révèle un geste de procédure
Au-delà de sa dimension technique, le tirage au sort éclaire la place qu’occupe la régulation audiovisuelle dans l’architecture électorale congolaise. L’institution se pose en arbitre, soucieuse d’objectiver des décisions potentiellement inflammables.
Pour les sept candidats, l’enjeu dépasse le simple rang de diffusion. Il touche à la perception même de l’équité du processus, dans une élection où la confiance dans les institutions constitue une variable décisive.
La présence conjointe des représentants des candidats et des professionnels des médias lors de l’opération participe de cette pédagogie de la transparence. Chacun a pu constater, en temps réel, le déroulement et l’issue du tirage.
Un cadre posé avant l’épreuve des urnes
Le dispositif arrêté par le CSLC fixe ainsi les règles du jeu médiatique avant l’ouverture effective de la séquence électorale. Il revient désormais aux candidats et aux rédactions d’en faire vivre l’esprit.
La portée de cet encadrement se mesurera à l’aune de son application concrète. Un ordre de passage tiré au sort ne garantit pas, à lui seul, une couverture équilibrée : il en pose la condition de départ, sans en épuiser les exigences.
Reste que, dans la République du Congo de ce début 2026, le geste a valeur de repère. Il rappelle que la compétition électorale se joue aussi sur le terrain des médias, où l’égalité d’accès demeure le premier des arbitrages.
