Un engagement ministériel pour l’inclusion scientifique
Dans la grande salle du ministère, la déclaration de Rigobert Maboundou a résonné comme une feuille de route : « En soutenant les femmes dans la recherche et l’innovation technologique, nous bâtissons les assises d’une Afrique forte, souveraine et compétitive ». Le choix de placer son propos sous le signe de la souveraineté n’est pas anodin. Il s’inscrit dans la dynamique impulsée par le Plan national de développement 2022-2026 qui fait de la diversification économique une priorité stratégique. Le ministre, rappelant les chiffres de l’UNESCO indiquant que les femmes ne représentent encore que 30 % des chercheurs africains, a insisté sur la nécessité de « réparer un déséquilibre structurel pour accroître notre compétitivité collective ».
Dans le contexte congolais, l’engagement ministériel bénéficie d’un socle institutionnel robuste. Le Fonds national pour la recherche et l’innovation technologique consacre désormais une ligne budgétaire spécifique aux porteurs de projets féminins. Cette orientation s’aligne sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui érige la science au rang de moteur du développement durable. Les diplomates présents n’ont pas manqué de souligner la cohérence de cette approche avec l’Objectif 5 des Nations Unies relatif à l’égalité des sexes.
Le Mbongui de la Femme Africaine, une agora contemporaine
Mbongui, en langue kongo, désigne le lieu où la communauté se réunit pour échanger et forger le consensus. Depuis cinq ans, l’Ong Elite Women’s Club réinvente ce concept ancestral en y adjoignant une dimension technologique. La promotrice de l’événement, Splendide Lendongo Gavet, en résume la philosophie : « Nous voulons conjuguer la sagesse du cercle traditionnel et l’audace des start-ups ».
L’édition 2024 a innové avec une première conférence des personnes, espace interactif où citoyennes et citoyens dialoguent d’égal à égal avec responsables publics. Plus inédit encore, le tribunal citoyen des femmes a simulé un procès sur la cybercriminalité, permettant à de jeunes juristes de décortiquer les nouveaux enjeux de la sûreté numérique. Ces dispositifs pédagogiques renforcent la culture juridique et technologique tout en démystifiant l’appareil judiciaire.
Innovation et entrepreneuriat féminin, vecteurs de développement durable
Pendant quarante-huit heures, vingt-deux porteuses de projets ont travaillé en continu lors d’un hackathon exclusivement féminin. Des applications de traçabilité agricole, un prototype de brique éco-compressée à base de déchets plastiques et une plateforme d’alphabétisation augmentée y ont vu le jour. Les trois lauréates bénéficieront d’un accompagnement à l’incubateur national MbotéLab, financé en partie par la Banque de développement des États de l’Afrique centrale.
Ces initiatives rejoignent une tendance observée sur l’ensemble du continent : l’entrepreneuriat des femmes contribue déjà à près de 13 % du PIB africain selon la Banque africaine de développement. En mettant à disposition mentorat, crédits à taux préférentiels et accès à la commande publique, Brazzaville cherche à transformer cette contribution en levier de résilience face aux chocs exogènes, qu’ils soient climatiques ou financiers.
Synergies institutionnelles et partenariats stratégiques
L’efficacité du dispositif repose sur la convergence entre acteurs publics, secteur privé et partenaires internationaux. Le ministère de la Communication a, par exemple, proposé une diffusion multicanale des projets primés, afin d’amplifier leur visibilité auprès des investisseurs de la diaspora. De son côté, l’Agence française de développement a confirmé l’élargissement de son programme Digital Africa aux porteuses de projets congolaises, tandis que la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique étudie la possibilité de labelliser le Mbongui comme bonne pratique régionale.
Cette diplomatie du savoir s’articule également à l’échelle sous-régionale. Le siège de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, situé à Libreville, a salué par communiqué l’initiative congolaise, évoquant une « plateforme de mise en cohérence des politiques de genre et de recherche dans la sous-région ». Un tel ancrage multilatéral renforce la crédibilité du Congo-Brazzaville comme hub émergent de l’économie du savoir.
Vers une diplomatie du savoir centrée sur le genre
Au-delà de la célébration ponctuelle, le Mbongui de la Femme Africaine prend place dans un mouvement plus large d’autonomisation par la connaissance. Les économistes du Centre d’études et de prospective de Brazzaville rappellent qu’une augmentation de 1 % de la participation féminine à la recherche pourrait générer, à moyen terme, un demi-point supplémentaire de croissance nationale. D’un point de vue géopolitique, l’ancrage de la question du genre dans la diplomatie scientifique confère au Congo un soft power renouvelé, attractif pour les partenaires recherchant stabilité et perspectives d’impact social.
Alors que se refermait le cercle du Mbongui, la promesse d’un écosystème plus inclusif semblait recueillir l’assentiment général. « Votre engagement est votre première richesse », avait lancé le ministre. Les participantes, en réponse, ont manifesté la volonté de transformer cette richesse symbolique en capital productif. Le prochain rendez-vous est d’ores et déjà attendu : d’ici là, les prototypes développés à Brazzaville pourraient bien franchir la frontière du concept pour devenir les solutions concrètes d’une Afrique qui innove au féminin.
