Enjeux nutritionnels et impératif de souveraineté alimentaire
À l’heure où la communauté internationale s’interroge sur la résilience des systèmes alimentaires, Brazzaville place la nutrition scolaire au cœur de son agenda. Les dernières évaluations du Programme alimentaire mondial indiquent qu’un élève congolais sur trois reste exposé à l’insécurité alimentaire légère ou modérée. Dans un pays riche de ses terres mais encore dépendant des importations, la cantine devient ainsi un dispositif stratégique : elle protège le capital humain dès le plus jeune âge tout en stimulant la production nationale. « Nourrir nos enfants, c’est aussi nourrir l’avenir économique du Congo », rappelle le sociologue Didier Makouta, spécialiste des politiques sociales africaines.
Transition programmée vers une gouvernance nationale
Depuis deux décennies, les repas scolaires reposaient largement sur un financement international. L’accord signé en juillet entre le ministère de l’Éducation et le PAM initie une bascule progressive vers une appropriation nationale. L’échéance de 2025, fixée pour l’adoption de la nouvelle politique, s’inscrit dans la feuille de route sociale portée par le chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, qui plaide régulièrement pour « l’africanisation des solutions ». Concrètement, dix écoles pilotes réparties dans les départements de la Likouala, du Pool et de la Bouenza ont déjà appliqué le référentiel fondé sur l’approvisionnement local, réduisant les coûts logistiques de 18 % selon la cellule de suivi interministérielle.
La coopération Sud-Sud, catalyseur de savoir-faire
Le projet « Semence d’Avenir », lancé fin 2023 avec l’appui technique du Brésil, illustre la montée en puissance d’alliances horizontales entre pays du Sud. Inspiré du programme brésilien d’achats publics auprès de l’agriculture familiale, il a renforcé dix coopératives rurales congolaises et produit quatre manuels de référence sur les chaînes d’approvisionnement courtes, le suivi-évaluation participatif et le contrôle citoyen. Pour Ana Suza, ministre brésilienne de la Coopération, « l’inclusion sociale passe par l’assiette ». Cette approche a déjà convaincu vingt-cinq établissements, dont dix servent exclusivement du manioc, du maïs et des légumes de proximité, garantissant fraîcheur et traçabilité.
Perspectives institutionnelles et ancrage local
La prochaine étape consiste à inscrire le dispositif dans la loi de finances 2026 afin d’assurer un financement pérenne. Les ministères de l’Agriculture et de l’Enseignement planchent sur un mécanisme de subvention croisée : chaque repas subventionné créerait une demande garantie pour les petits producteurs, sécurisant leurs revenus et limitant l’exode rural. Le Dr Pitchou Prudence Banga-Mboko y voit « le socle d’un cercle vertueux associant éducation, développement territorial et cohésion sociale ». À plus long terme, l’objectif est de couvrir 100 % des écoles primaires publiques d’ici 2030, tout en maintenant un taux d’approvisionnement local supérieur à 70 %. Cette ambition, réaliste selon les experts, témoigne d’une volonté de consolider une politique publique incarnant la souveraineté alimentaire et la solidarité nationale.
