Nouvel élan minier à Brazzaville
Réuni le 31 décembre 2025 au palais du peuple, le Conseil des ministres a donné son feu vert à quatre décrets susceptibles de redessiner la carte minière congolaise. Au cœur des discussions, deux permis de valorisation de polymétaux et deux licences de recherche sur les sels de potasse.
Le président Denis Sassou Nguesso a insisté sur l’urgence de transformer localement les ressources, condition jugée essentielle pour réduire les importations de câbles électriques et créer un tissu industriel. Le gouvernement table sur un effet d’entraînement comparable à celui obtenu dans l’or noir.
Diversification économique en action
Le futur gisement de polymétaux, porté par la société congolaise Baouchi SARLU, affiche 30 millions de tonnes de réserves prouvées. Son plan minier prévoit 250 000 tonnes de concentré par an durant vingt-cinq ans, avec une mise en production industrielle dès le deuxième semestre 2027.
Un investissement de 350 millions de dollars financera l’usine de traitement, la ligne électrique de 60 km et une route minière. Selon Thierry Lezin Moungalla, porte-parole du gouvernement, le projet répond « à la stratégie de diversification voulue par le chef de l’État ».
Un schéma industriel ambitieux
Baouchi entend produire sur place des fils de cuivre et des alliages destinés aux marchés d’Afrique centrale. L’objectif est double : conserver la valeur ajoutée dans le pays et sécuriser l’approvisionnement des grands chantiers d’électrification lancés par l’État et la société nationale d’électricité.
Les ingénieurs planchent déjà sur un protocole de récupération de la chaleur des fours pour alimenter un parc solaire-thermique, signe d’une volonté de réduire l’empreinte carbone du complexe. Le ministère de l’Environnement supervisera les études d’impact annoncées pour le premier trimestre 2026.
Emplois et retombées locales
Le chantier devrait générer 350 emplois directs, dont 250 réservés aux Congolais, ainsi que plusieurs centaines d’emplois induits dans la logistique et les services. Les autorités du Pool saluent déjà la perspective d’un revenu additionnel pour les coopératives agricoles alentour.
À Mindouli, les chefs coutumiers ont obtenu la création d’un fonds communautaire alimenté par 1,5 % du chiffre d’affaires. Ce mécanisme, inscrit dans les concessions minières récentes, financera des forages d’eau, l’équipement de deux collèges et le reboisement de couloirs écologiques.
Partenariat stratégique avec Pékin
Sur la côte, dans le Kouilou, la société Soremi SARLU, filiale d’un consortium chinois, a reçu deux permis de recherche pour la potasse sur les blocs Mandza et Mboumbissi. Les premiers carottages révèlent une teneur moyenne de 31 % KCl, au-delà des normes commerciales.
Le programme de sondage, chiffré à 5 milliards de francs CFA, est soutenu par les engagements pris lors du Forum sur la coopération sino-africaine. « La Chine souhaite sécuriser son approvisionnement tout en accompagnant l’industrialisation du Congo », note un diplomate basé à Brazzaville.
Si la phase de recherche confirme les estimations, une usine de potasse pourrait voir le jour près du port de Pointe-Noire, réduisant drastiquement les importations d’engrais de la sous-région et offrant un nouveau débouché aux corridors ferroviaires existants.
Un cadre juridique renforcé
Ces décisions interviennent après l’abrogation des permis de Loulou de Mine pour inactivité prolongée. Le code minier révisé en 2023 impose en effet des clauses strictes de performance, assorties de garanties bancaires, afin d’éviter la spéculation sur les titres et d’accélérer la mise en valeur.
Le ministère des Mines a parallèlement mis en ligne un cadastre numérique, accessible aux investisseurs en temps réel. Cette transparence, saluée par la Banque africaine de développement, contribue à rehausser l’attractivité du pays, placé parmi les dix destinations minières les plus prometteuses du continent.
À retenir
À retenir : Baouchi et Soremi incarnent la nouvelle génération d’opérateurs soumis à des obligations de transformation locale, d’emploi national et de normes environnementales élevées. Le gouvernement veut faire de ces projets pilotes une vitrine de bonne gouvernance auprès des bureaux de financement internationaux.
Le point éco
Le modèle financier repose sur un mix dette-fonds propres, garanti par le Fonds souverain de la République du Congo. Les discussions avec des banques panafricaines avancent, tandis que l’agence de notation Bloomfield prévoit un impact positif sur la balance courante dès 2028.
Les économistes de l’Université Marien-Ngouabi estiment que chaque million de dollars investi dans la chaîne cuivre crée 1,8 million de dollars de PIB additionnel via les effets multiplicateurs. Cette dynamique serait renforcée par l’exportation de laminés vers la CEMAC, où la demande explose.
Perspectives 2026
À court terme, le ministère des Finances prépare un paquet incitatif pour attirer des fabricants de batteries lithium-fer-phosphate, soucieux de sécuriser leur approvisionnement en polymétaux. L’installation d’un centre de formation technique à Kinkala doit garantir la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée quand l’usine tournera.
Au-delà de la manne fiscale, ces dossiers montrent la volonté de Brazzaville de se positionner comme hub régional pour les matériaux critiques, sans opposer croissance et durabilité. Reste à concrétiser les promesses dans les délais, un défi que le gouvernement affirme pouvoir relever.
