Biofertilisants, pari congolais sur l’agroécologie
À Brazzaville, trois étudiants de l’Institut Management de Brazzaville viennent d’obtenir leur licence en production végétale grâce au soutien technique et matériel de l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et de l’innovation, ANVRI.
Leur succès, enregistré les 24, 25 et 26 septembre, illustre la montée en puissance d’une approche congolaise de l’agroécologie, qui mise sur les biofertilisants pour accroître les rendements sans alourdir l’empreinte carbone ni la facture des exploitants.
ANVRI, catalyseur de talent scientifique local
Depuis cinq ans, l’ANVRI, dirigée par Patrick Obel Okeli, tisse un réseau entre laboratoires, start-ups et exploitations pilotes afin que les découvertes scientifiques aboutissent plus vite à des solutions commerciales créatrices d’emplois et d’avantages compétitifs pour le Congo.
L’agence publique intervient particulièrement dans l’agriculture, la santé et les énergies renouvelables, domaines jugés prioritaires par le Plan national de développement 2022-2026, qui entend renforcer la résilience économique tout en soutenant l’initiative privée.
Les trois travaux qui changent la donne
Première étudiante honorée, Christ-Offert Gabrielle Poudy Biboussi a analysé l’effet d’un biofertilisant élaboré à partir de Tithonia diversifolia sur les rendements du haricot vert, obtenant la mention Très bien avec 17 sur 20.
Elle a démontré, compost à la main, que les feuilles de cette plante invasive, correctement transformées, apportent assez d’azote et de potassium pour rivaliser avec les engrais de synthèse, tout en réduisant les coûts de production et les risques sanitaires.
Son camarade Eros El Chaidai Mongonga a comparé le fumier de poule et la boue d’étang pour la culture du concombre, décrochant 16 sur 20. L’étude montre que la matière organique aquatique, riche en micro-éléments, surpasse légèrement le guano avicole.
Dernière candidate, Sagesse Delmiche Ekambi Etsa a évalué un extrait d’ortie, Laportea aestuans, sur la baselle. Résultat : des feuilles plus charnues et une réduction de dix jours du cycle de production, un atout pour les maraîchers urbains.
Un appui décisif de la Francophonie
Chacun de ces travaux a bénéficié d’un suivi méthodologique de l’ANVRI, notamment pour la collecte de données agronomiques et l’analyse statistique. Les jurys ont salué la rigueur scientifique, mais aussi la pertinence socio-économique des protocoles expérimentaux.
Le programme est cofinancé par l’Organisation internationale de la Francophonie à hauteur de 25 000 euros, injectés dans l’achat de matériels, l’accès aux serres expérimentales et la prise en charge des analyses de sols au Laboratoire national d’agronomie.
Pour l’OIF, il s’agit de démultiplier les parcours de formation-recherche en Afrique centrale, dans la droite ligne de son initiative « Le numérique en français et pour la Francophonie » qui soutient déjà les incubateurs Agtech à Dakar et Abidjan.
Brazzaville entend ainsi se positionner comme plate-forme régionale de la recherche appliquée, profitant de sa connectivité fluviale et de ses nouvelles salles blanches inaugurées en avril, pour attirer des équipes mixtes associant jeunes chercheurs, entrepreneurs et partenaires institutionnels.
Des perspectives économiques vertes
Selon le ministère de l’Agriculture, l’usage raisonné des bio-intrants pourrait faire gagner jusqu’à 15 % de production maraîchère d’ici trois ans, tout en diminuant les importations d’engrais estimées à 12 milliards de francs CFA par saison.
Le gouvernement a lancé en parallèle un projet d’usine de compostage à Dolisie, qui utilisera les résidus de bananeraies et de scieries. Cette unité, en phase d’étude d’impact, pourrait fournir 20 000 tonnes de fertilisants organiques par an.
Recherche et souveraineté alimentaire
À retenir : l’initiative illustre l’alignement entre recherche académique, politique nationale de souveraineté alimentaire et lutte contre le changement climatique. Elle montre aussi que des montants modestes, s’ils sont ciblés, libèrent un potentiel d’innovation souvent sous-estimé.
Les agriculteurs pilotes interrogés affirment que les biofertilisants testés réduisent leurs dépenses de 40 % sur une campagne, un chiffre à confirmer par la prochaine saison sèche, plus exigeante en amendements.
Le point éco
Le point éco : le marché africain des intrants biologiques est estimé par Allied Market Research à 1,2 milliard de dollars en 2025, avec un taux de croissance annuel supérieur à 13 %. Le Congo veut saisir cette vague.
Des start-ups locales comme GreenSoil ou BioCongo, incubées par l’ANVRI, préparent déjà des biostimulants à base de cacao et de vinasse de mélasse. Elles visent un label CEMAC, gage d’accès simplifié aux marchés voisins.
Prochaines étapes
Prochaines étapes : l’agence souhaite prolonger le dispositif aux masters et ouvrir un fonds d’amorçage dédié. Un appel à contributions sera publié avant la fin du trimestre sur le portail institutionnel, annoncent ses responsables.
Dans l’immédiat, les trois lauréats débuteront une phase de pré-incubation de six mois pour tester la réplication de leurs protocoles en milieu rural, soutenus par des coopératives de Nkayi et Madingou déjà intéressées par l’approche.
