Enjeux d’un partenariat stratégique
Depuis trois décennies, Brazzaville et Pékin avancent main dans la main. La récente tournée de l’ambassadeur An Qing à Oyo, fief du président Denis Sassou Nguesso, a donné l’occasion de mesurer la solidité d’une relation saluée comme un accélérateur de modernisation inclusive.
Dans la petite ville nichée au bord de l’Alima, la diplomate s’est déclarée frappée par « le dynamisme et la vitalité » observés, miroir selon elle des ambitions nationales fixées par le Plan national de développement 2022-2026, axé sur l’industrialisation et la diversification.
Une visite symbolique à Oyo
L’étape d’Oyo, haut lieu politique congolais, rappelle que la coopération sino-congolaise n’est plus cantonnée à Brazzaville ou Pointe-Noire. Routes, hôpitaux et écoles éclosent dans l’arrière-pays, matérialisant le principe chinois de projets « aussi proches que possible des populations ».
Modernisation : le double moteur
Devant les notables locaux, An Qing a égrené les indicateurs de la réussite chinoise : croissance moyenne de 5,5 %, premier rang mondial pour le commerce de marchandises, deuxième pour les services, couverture sociale élargie à plus d’un milliard de citoyens.
La diplomate estime que cette trajectoire, obtenue « par des efforts constants », constitue un laboratoire d’idées pour le Congo, invité à chercher un modèle propre sans renoncer aux standards internationaux de bonne gouvernance, de transparence et d’équité territoriale.
Citant un proverbe de Pékin, elle a rappelé qu’« un simple trait d’union ne suffit pas à relier le grand village planétaire ». Autrement dit, infrastructures et numériques doivent dialoguer avec l’éducation, la santé et la redistribution pour fabriquer un développement équilibré.
Coopération économique durable
Les échanges bilatéraux ont dépassé 3 milliards de dollars en 2023 selon le ministère congolais des Finances. Bois, pétrole, manganèse et produits agricoles traversent la mer de Chine pendant que des équipements ferroviaires, des kits solaires et du matériel médical remontent le fleuve Congo.
Pour pérenniser ce flux, Brazzaville mise sur la Zone économique spéciale de Pointe-Noire, dont la première tranche, réalisée par China Harbour Engineering, doit créer 30 000 emplois directs. L’État espère y loger des unités de transformation du bois et des assemblages mécaniques.
Dans le même esprit, la ligne de crédit de 100 millions de dollars ouverte par l’Exim Bank of China finance l’extension du réseau de fibre optique national de 3 000 kilomètres. La nouvelle dorsale numérique doit améliorer l’inclusion financière et l’enseignement à distance.
Le ministère des Hydrocarbures, de son côté, négocie avec deux majors chinoises un contrat pilote d’exploitation du gaz associé pour alimenter la centrale de Djéno et réduire la facture énergétique nationale. Cet accord, présenté comme « gagnant-gagnant », s’inscrit dans la transition vers une économie verte.
FOCAC, un cadre structurant
La prochaine conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino-africaine, prévue à Pékin en 2024, devrait acter un nouveau train de projets. Brazzaville souhaite y inscrire la réhabilitation de la RN3 entre Dolisie et Ouesso et la digitalisation du cadastre forestier.
Pour l’ambassadeur An Qing, la codirection du FOCAC par la Chine et le Congo symbolise « un partenariat d’égal à égal où chacun respecte la souveraineté de l’autre ». Une formule qui rassure les experts locaux soucieux d’éviter le piège de la dette.
Dans un rapport publié en juillet, la Banque mondiale souligne que 70 % des créances congolaises envers Pékin sont adossées à des recettes pétrolières, un mécanisme qui limite l’exposition budgétaire. Le Trésor congolais affirme par ailleurs honorer ses échéances sans retards depuis 2021.
Transition environnementale conjointe
Parallèlement, un programme conjoint de reboisement vise à planter cinq millions d’arbres dans le bassin de la Sangha. Les pépinières, gérées par de jeunes diplômés agronomes, illustrent la volonté de concilier exploitation forestière responsable et séquestration du carbone.
À retenir
Le partenariat sino-congolais articule trois axes : infrastructures, industrialisation et capital humain. En toile de fond, le concept chinois de « communauté d’avenir partagé » recoupe l’Agenda 2063 de l’Union africaine et la Vision de développement à long terme adoptée par Brazzaville.
Les deux capitales privilégient des projets concrets et mesurables, à l’image de l’hôpital de spécialités de M’Pila mis en service en 2022 ou du pont route-rail entre Kintele et Ilebo, actuellement en étude d’impact. Chaque dossier inclut des clauses de formation locale.
Le point éco
Selon l’économiste Jean-Bruno Obami, l’enjeu principal reste la valeur ajoutée locale. « Exporter du bois brut ou du pétrole ne suffit plus. Les partenaires asiatiques l’ont compris et acceptent désormais des partenariats où les usines tournent sur place », explique-t-il.
L’université Marien-Ngouabi a signé en octobre un accord avec l’Institut de technologie de Tianjin pour ouvrir un master conjoint en ingénierie industrielle. Objectif : doter les futures zones spéciales de cadres capables de dialoguer avec leurs homologues chinois et d’asseoir l’appropriation nationale.
À Oyo, An Qing a conclu que le développement doit « se ressentir dans chaque foyer ». Une formule qui trouve écho dans la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, lancée par le gouvernement congolais et soutenue par plusieurs bailleurs, dont la Chine.
