Tension sur les tarifs des transports à Brazzaville
Depuis la levée progressive de la récente pénurie de carburant, l’usager congolais continue de constater une hausse moyenne de 30 à 60 % sur les lignes urbaines de la capitale. Sur l’axe Marché-Total-Mayanga, le voyageur débourse parfois 500 francs CFA contre les 150 francs réglementaires. Ce différentiel, qui semblait conjoncturel, s’est pérennisé, nourrissant la perplexité d’une partie des ménages aux revenus comprimés. « Le phénomène a pris de court tout le monde », confie un responsable de quartier, rappelant que les grilles tarifaires municipales demeurent juridiquement inchangées.
Raisons macroéconomiques et logistiques derrière la flambée
Au-delà de la psychologie spéculative relevée par plusieurs observateurs, les compagnies privées invoquent la nécessaire compensation de leurs pertes durant la crise d’approvisionnement – la moyenne quotidienne de rotations ayant chuté de près de 40 %. Les fluctuations internationales du brut, la hausse du prix des pièces détachées importées et l’indexation salariale des chauffeurs alimentent également une spirale inflationniste difficile à enrayer. Pour l’économiste Sylvain Oko, « la capitale subit l’effet retard d’une conjoncture mondiale défavorable, aggravé par un parc roulant vieillissant qui renchérit mécaniquement le coût du kilomètre ».
Action des pouvoirs publics et dialogue en cours
Conscient du risque d’érosion du pouvoir d’achat, l’exécutif a d’abord sécurisé l’approvisionnement via la Société Nationale des Pétroles du Congo, mobilisant des stocks stratégiques et priorisant les transports collectifs. Dans la foulée, les ministères des Transports et du Commerce ont engagé une concertation tripartite avec syndicats de conducteurs et associations de consommateurs pour réexaminer la structure des prix tout en préservant la rentabilité du secteur informel qui absorbe plus de 80 % de la demande urbaine. Des inspections inopinées, mises en place cette semaine, visent à dissuader les abus flagrants sans pour autant instaurer une politique répressive jugée contre-productive.
Enjeux sociaux et perspectives de régulation
Le dossier cristallise des défis plus larges : réhabilitation du réseau routier, relance d’une Société de Transport Public Urbain modernisée et introduction de moyens de paiement numériques pour garantir la transparence des flux financiers. Plusieurs experts recommandent la création d’une autorité indépendante de régulation tarifaire capable d’ajuster les barèmes en fonction des variables économiques, de plafonner les marges et de consolider des données encore lacunaires. Dans l’intervalle, la plupart des citoyens espèrent un retour progressif à des tarifs supportables, prérequis indispensable à la mobilité intra-urbaine, à la productivité et, in fine, à la cohésion sociale qu’appelle de ses vœux le gouvernement.
