Brazzaville-Pékin, une séquence diplomatique sous le signe de l’histoire
Au soir du 3 septembre, le président Denis Sassou-Nguesso s’est installé dans la tribune d’honneur dressée place Tian’anmen pour célébrer le 80e anniversaire de la victoire chinoise contre l’agression japonaise et de la fin de la Seconde Guerre mondiale antifasciste.
Défilés, fresques numériques et hymnes patriotiques ont rythmé cette cérémonie à forte charge mémorielle, placée sous le signe de la paix et d’un multilatéralisme renouvelé, valeurs que Brazzaville défend régulièrement dans les enceintes internationales.
Des commémorations à haute portée symbolique
Pour Pékin, inviter le chef de l’État congolais, seul dirigeant d’Afrique centrale présent, revient à saluer un allié historique de la Chine populaire depuis 1964. L’ambassadrice An Qing voit dans cette présence « la confirmation d’une fidélité sans faille aux principes de justice internationale ».
Les entretiens bilatéraux en marge des festivités ont permis aux deux dirigeants de parcourir un agenda dense : dossier climat, connectivité numérique, infrastructures vertes et sécurité régionale. « Ils ont posé un regard lucide sur un monde en mutation rapide », résume la diplomate.
Cap sur une gouvernance mondiale inclusive
Le séjour présidentiel a coïncidé avec la présentation par Xi Jinping de l’Initiative pour la gouvernance mondiale, qui prône une coopération gagnant-gagnant et un règlement pacifique des différends. Pour Brazzaville, le concept s’inscrit dans la continuité du Dialogue national sur la paix tenu en 2021.
Le Congo a déjà traduit cet engagement en actes en devenant, grâce à l’impulsion de Denis Sassou-Nguesso, le premier pays africain à ratifier la Convention de l’Organisation internationale de la médiation, chaînon juridique appelé à faciliter les règlements amiables transfrontaliers, rappelle An Qing.
Le Congo, fer de lance africain au FOCAC
Depuis qu’il copréside la branche africaine du Forum sur la coopération sino-africaine, Brazzaville cherche à accélérer l’exécution des huit initiatives annoncées à Beijing en 2018, devenues dix actions lors de la révision de 2021. Les équipes congolo-chinoises finalisent une feuille de route 2024-2027.
Transport, formation professionnelle et santé rurale figurent parmi les axes prioritaires. Selon la partie chinoise, plus de 300 ingénieurs congolais devraient bénéficier, d’ici deux ans, de bourses de perfectionnement dans les universités de Shanghai et de Wuhan, tandis que des télé-centres médicaux seront déployés à Owando et Dolisie.
Tarif zéro, du symbole aux chiffres
Autre avancée discrète mais structurante : Brazzaville et Pékin ont dégagé un consensus pour appliquer dès janvier prochain le traitement tarifaire zéro sur plus de 98 % des lignes douanières congolaises. Bois transformé, cacao et tilapia d’élevage entreront ainsi en Chine sans droits de douane.
Les projections du ministère du Commerce tablent sur un doublement des exportations non pétrolières vers l’Empire du Milieu d’ici 2026, à 240 millions de dollars, et sur la création de près de 8 000 emplois directs dans les zones économiques spéciales de Pointe-Noire et d’Oyo.
À retenir
À retenir : l’hommage commun au devoir de mémoire, la ratification pionnière de la Convention sur la médiation, l’adhésion à l’Initiative pour la gouvernance mondiale, l’introduction du tarif zéro sur 98 % des produits made in Congo et une feuille de route FOCAC élargie.
Le point éco-juridique
Le traitement préférentiel négocié repose sur l’article 4 de la Loi chinoise sur le commerce extérieur autorisant des concessions douanières aux pays les moins avancés. Pour le Congo, classé revenu intermédiaire, l’accès est conditionné à la certification de l’origine et au respect des normes sanitaires chinoises.
Sur le plan juridique, la Convention sur la médiation offrira aux entreprises congolaises un cadre alternatif aux juridictions étatiques pour résoudre leurs différends, complément utile au Centre d’arbitrage OHADA déjà opérationnel à Brazzaville.
Perspectives : dix actions pour une décennie
Les deux capitales ont convenu d’organiser, au premier semestre 2025, un sommet économique exclusivement dédié aux énergies renouvelables et à la transformation agro-industrielle. Il devrait déboucher sur la signature de projets pilotes dans l’hydroélectricité villageoise et la production de bio-engrais à base de résidus de canne à sucre.
Du côté congolais, la priorité reste la diversification économique. « Le partenariat avec la Chine doit nous aider à réduire la dépendance aux hydrocarbures tout en créant des emplois pour la jeunesse », confie un conseiller du ministère du Plan. Pékin se dit prêt à soutenir cet agenda.
Au-delà des symboles, la visite du chef de l’État à Pékin confirme un axe Congo-Chine bâti sur la durée : mémoire partagée, alignements diplomatiques et intérêts économiques s’entrecroisent pour façonner des partenariats que Brazzaville veut plus inclusifs et créateurs de valeur locale.
