Madingou, nouveau centre de gravité handball
Du 8 au 18 septembre 2025, la ville de Madingou se transforme en capitale congolaise du handball avec la première édition du tournoi interdépartemental « J’aime la Bouenza au sens propre », rendez-vous sportif inédit qui mobilise 23 clubs seniors.
L’ouverture officielle, présidée par le préfet Marcel Nganongo, s’est tenue au stade omnisport sous les applaudissements d’une population venue saluer cette respiration sportive, essentielle dans un calendrier national resté longtemps désertique pour la discipline.
Le tournoi accueille quinze formations masculines, de B.M.C. à Tout-Puissant Loutété, et huit équipes féminines telles que D.G.S.P., Inter-Club ou Sainte-Barbe de Mindouli, provenant des départements de Brazzaville, Pointe-Noire, Pool et Bouenza.
Un catalyseur politique et social
Au-delà de la compétition, l’initiative se veut vitrine de l’axe 8 du projet de société du président Denis Sassou Nguesso, consacré au sport et à l’épanouissement de la jeunesse, pilier identifié comme moteur de cohésion nationale et de développement local.
Le sous-préfet Fortuné Pouéla a invité joueurs et supporters à cultiver un fair-play sincère, afin que Madingou démontre qu’une commune de 44 000 habitants peut organiser un événement d’envergure sans céder aux tensions parfois observées dans les grands centres urbains.
Avant le premier engagement, un carnaval motorisé a traversé l’avenue Matsoua, claironnant au rythme des vuvuzelas et des tambours traditionnels ; les commerçants ont baissé rideau quelques minutes pour saluer ce défilé qui redonne couleur et fierté à la cité.
Une organisation militaire et civile rodée
À la manœuvre, le colonel Christelle Colombe Bouaka Milandou, cheffe des activités sportives du club D.G.S.P., conjugue rigueur militaire et sens du terrain, épaulée par Avicenne Nzikou, président brazzavillois de ligue, chargé de fluidifier le dialogue entre délégations.
Le comité d’organisation a déployé un système d’hébergement inspiré des Jeux de la Francophonie 2017 : familles d’accueil pour humaniser l’expérience, gardes de sécurité 24 h/24 autour des dortoirs improvisés dans deux collèges et cantines tenues par des coopératives féminines.
Chaque soir, un rapport opérationnel est remis au préfet, à la manière d’une cellule de crise, anticipant pannes d’éclairage, rotations de bus et soins de premiers secours, preuve d’une culture de gestion du risque qui gagne les responsables sportifs congolais.
Impact économique pour Madingou
Pour les hôteliers de Madingou, l’affluence représente une aubaine : le taux d’occupation dépasse 90 %, contre 35 % en période basse, selon l’Union locale du tourisme, tandis que les petites gargotes écoulent le double de bouille de manioc en soirée.
Les transporteurs assurant la liaison Brazzaville-Madingou ont ajouté deux rotations quotidiennes ; un billet se vend désormais 12 000 FCFA, soit 20 % de plus, mais les conducteurs invoquent la hausse du carburant et la nécessité de maintenir des bus en bon état.
Du côté des commerçants ambulants, les maillots rouges et verts floqués ‘Bouenza’ s’arrachent, symbole que l’identité départementale se transforme en argument marchand, épousant la tendance mondiale d’un sport-business local perçable à l’échelle des petites villes africaines.
Le pari de la jeunesse congolaise
Sur le parquet, la moyenne d’âge ne dépasse pas 23 ans pour les hommes et 20 ans chez les dames, témoignant d’une relève qui n’attendait qu’un cadre pour exprimer puissance, vitesse et créativité tactique héritée des bancs scolaires.
À l’issue des premières rencontres, Inter-Club dames a impressionné par une défense haute en 5-1, tandis que Munisport hommes s’appuie sur un duo arrière-demi centre formé à l’Institut national de la jeunesse et des sports, preuve du lien entre formation académique et performance.
Dans les travées, des recruteurs du championnat national gabonais, invités officiels, notent gabarit et explosivité ; un signe que ce tournoi amical pourrait devenir pépinière exportatrice, offrant à la jeunesse congolaise un ascenseur vers des contrats semi-professionnels lucratifs.
Perspectives pour la fédération
La Fédération congolaise de handball, en pleine réorganisation, observe Madingou avec intérêt ; selon une source interne, le site pourrait accueillir en 2026 la finale de la Coupe du Congo si des vestiaires répondant aux normes de la Confédération africaine sont construits.
Dans cette perspective, le préfet Nganongo promet un plaidoyer auprès du ministère des Sports pour financer éclairage LED, tableau d’affichage électronique et réhabilitation du parquet, rappelant que l’investissement dans l’infrastructure consolide les ambitions régionales du Congo-Brazzaville.
En attendant, d’ici au 18 septembre, l’enjeu reste simple : offrir au public de la Bouenza des soirées où le cri de guerre « Diables-Rouges » s’entend comme une vocation et où chaque tir à 9 m traduit l’espoir d’un championnat national renaissant.
Des ambitions transfrontalières
Le colonel Bouaka Milandou voit déjà plus loin: « Nous voulons inscrire ce rendez-vous dans le calendrier de la Confédération africaine pour créer un circuit sous-régional incluant Cabinda, Franceville et Kinshasa », confie-t-elle, soulignant l’atout logistique du corridor Pointe-Noire-Brazzaville.
Pour les habitants de Madingou, l’événement est surtout l’occasion de rappeler que le département de la Bouenza a offert au pays des icônes comme le pivot Armand Mavoungou, champion d’Afrique 1983, modèle intergénérationnel dont les posters ornent encore les salles de classe.
La balle volante rappelle aux plus vieux les heures glorieuses de 1974.
