Brazzaville mobilisée pour le Sommet social de Doha
Dans une salle du ministère des Affaires sociales pavoisée aux couleurs nationales, une centaine de cadres, experts et représentants d’ONG se sont installés, le 18 septembre, pour deux journées de consultations. Objectif : affûter la contribution congolaise au 2e Sommet mondial pour le développement social.
Pilotées avec le Bureau du Coordonnateur résident des Nations unies, ces assises précisent la vision de Brazzaville avant le conclave de Doha, prévu du 4 au 6 novembre. Elles doivent faire émerger des engagements mesurables pour la période 2025-2030.
Un rendez-vous planétaire aux racines de Copenhague
Le second Sommet mondial s’inscrit dans la continuité de la Déclaration de Copenhague de 1995, pierre angulaire de l’action sociale multilatérale. Trente ans plus tard, chaque État est appelé à dresser un bilan honnête de ses avancées et de ses carences.
Pour le Congo, l’enjeu est double : démontrer les progrès effectués depuis les premières réformes post-Conférence nationale souveraine et clarifier les zones nécessitant un accélérateur, notamment dans la matérialisation de l’Agenda 2030 et des Objectifs de développement durable.
Trois chantiers structurants au cœur des débats
Les participants ont organisé leurs travaux autour de trois chantiers structurants. Le premier est consacré à l’emploi productif et au travail décent. Le deuxième explore l’intégration et l’inclusion sociale. Le troisième affine la stratégie de réduction de la pauvreté et de protection sociale.
Selon plusieurs délégués, ce triptyque reflète fidèlement la matrice des attentes nationales. Il s’agit d’éviter la dispersion, de garantir la cohérence avec les plans existants et de préparer une note de position qui servira de document de référence à Doha.
Des réformes soutenues par le gouvernement congolais
« Cet atelier est crucial pour élaborer un ensemble de solutions à soumettre au Sommet de Doha », a déclaré Eugène Ickounga, directeur de cabinet de la ministre Antoinette Dinga Dzondo. Il a insisté sur l’importance d’aligner les contributions nationales sur les priorités régionales.
Le représentant par intérim du Coordonnateur résident des Nations unies, le Dr Vincent Sodjinou, a pour sa part exhorté les participants à « sortir avec une vision claire, des engagements précis et mesurables ». Il voit dans cette démarche la preuve d’un Congo actif et innovant.
Jeunesse, emploi et innovation : un triptyque décisif
Avec plus de 60 % de la population âgée de moins de 25 ans, d’après les estimations gouvernementales, le marché du travail demeure un défi central. Les travaux visent donc à consolider les programmes d’apprentissage, de stages et d’appui à l’entrepreneuriat déjà engagés.
Les experts rappellent que l’emploi productif ne se limite pas au volet salarial ; il suppose une plus grande valeur ajoutée locale. D’où l’accent mis sur le bois, l’agro-industrie et le BTP, secteurs identifiés comme pourvoyeurs rapides de postes qualifiés.
Inclusion et protection sociale : vers une couverture élargie
Sur le front de l’inclusion, les consultations accordent une place spéciale aux groupes vulnérables : personnes en situation de handicap, femmes cheffes de ménage et populations rurales. Les échanges insistent sur l’accès aux services sociaux de base et aux opportunités numériques.
Concernant la protection sociale, le ministère table sur le renforcement des régimes existants et sur une meilleure interconnexion des bases de données. L’objectif annoncé est de permettre un suivi précis des bénéficiaires et d’éviter les doublons dans l’attribution des aides.
Pauvreté et inégalités : la dynamique des territoires
Même si le taux national de pauvreté a reculé ces dernières années selon les indicateurs officiels, les inégalités territoriales restent marquées. Les contributions régionales présentées lors de l’atelier rappellent le besoin d’une approche différenciée entre zones urbaines et bassins forestiers.
Plusieurs délégués ont souligné que l’industrialisation en cours doit s’accompagner d’investissements dans les infrastructures sociales : routes, centres de santé et services d’état civil. Sans ces appuis, préviennent-ils, l’effet redistributif des programmes économiques pourrait demeurer limité.
L’expertise onusienne comme catalyseur
La présence active de l’équipe onusienne, rompue à l’évaluation des politiques sociales, constitue un catalyseur. Ses outils d’analyse seront mis à disposition pour documenter les « solutions congolaises » reproductibles, lesquelles nourriront la note de position qui sera déposée à Doha.
À retenir sur l’atelier préparatoire
À retenir : la démarche se veut participative, adossée à des indicateurs et portée politiquement au plus haut niveau. Les recommandations finales devront préciser les budgets indicatifs, les partenariats envisagés et le mécanisme de suivi pour la période 2025-2030.
Le point économique et budgétaire
Le point économique rappelle que ces engagements s’inscrivent dans le Plan national de développement 2022-2026, piloté par la présidence de la République. Le ministère des Finances prévoit d’intégrer les nouvelles priorités sociales dans le budget 2025, actuellement en phase d’arbitrage.
En alignant ses ambitions sociales sur une trajectoire budgétaire réaliste, Brazzaville veut envoyer à Doha le signal d’un engagement crédible. L’atelier de septembre pose ainsi la première pierre d’une feuille de route qui devrait façonner les politiques publiques du prochain quinquennat.
Perspectives régionales et diplomatiques
Au-delà des frontières nationales, le Congo souhaite articuler sa position avec celles de la CEMAC et de la CIRGL. Une réunion de coordination est attendue à Libreville en octobre pour harmoniser les messages et consolider une voix centre-africaine cohérente à Doha.
Cette approche régionale est perçue par les observateurs comme un levier de négociation supplémentaire. En mutualisant les priorités – intégration économique, mobilité de la main-d’œuvre, filets sociaux transfrontaliers –, les États espèrent attirer des financements multilatéraux plus conséquents.
