Une mobilisation inédite à Brazzaville
Derrière les baobabs du quartier Plateau des 15 ans, la jeunesse congolaise a fait résonner sa voix. Du 18 au 20 septembre 2025, plus de trois cents participants se sont retrouvés pour la première Conférence locale de la jeunesse sur le climat, dite Lcoy.
Brazzaville, capitale verte d’un jour, a accueilli militants étudiants, bénévoles communautaires, jeunes députés et U-reporters de l’Unicef. Dans une atmosphère studieuse ponctuée de slams, ils ont partagé inquiétudes et solutions, sous le regard attentif de la ministre Arlette Soudan-Nonault.
Le thème retenu, «Jeunesse congolaise en action : quels défis et enjeux pour le climat, la biodiversité et les forêts du Bassin du Congo à l’orée de la COP30 ?», traduisait l’ambition d’inscrire les propositions locales dans la future diplomatie environnementale du pays.
Le verrou des financements climatiques
Très vite, un constat s’est imposé : les idées ne manquent pas, les ressources si. «Les jeunes et les ONG locales peinent à accéder directement aux financements», a rappelé le coordonnateur principal, Bienvenu Mombouli, provoquant un concert d’approbations dans la salle des actes.
Les organisateurs ont donc centré les débats sur les conditions d’accessibilité aux grands mécanismes mondiaux, en tête le Fonds vert pour le climat et le Fonds bleu pour le Bassin du Congo. Les critères techniques et la lourdeur administrative demeurent, pour eux, l’obstacle majeur.
Au fil des ateliers, plusieurs intervenants ont déploré le décalage entre les délais de soumission des projets et l’urgence des actions à mener sur le terrain, notamment dans les quartiers périphériques exposés aux érosions et aux inondations saisonnières.
Un Fonds national pour passer à l’échelle
Pour rompre avec cette dépendance, les participants ont exhorté les pouvoirs publics à mettre sur pied un Fonds climatique national d’adaptation et d’atténuation. L’outil, espèrent-ils, simplifierait les procédures et alignerait les financements sur les priorités réellement formulées par les communautés.
L’idée n’annule pas les guichets internationaux, elle les complète. En assurant un co-financement national, le Congo renforcerait son pouvoir de négociation et son image de partenaire crédible lors des appels à projets régionaux, ont insisté plusieurs orateurs.
La ministre Soudan-Nonault a salué «une proposition constructive», promettant d’en discuter «avec la discipline budgétaire qu’impose la conjoncture». Ses services, a-t-elle indiqué, planchent déjà sur un cadrage juridique apte à sécuriser les contributions et à garantir la transparence.
Responsabilité sociétale, levier ignoré
Autre piste mise en avant, la responsabilité sociétale des entreprises. Les jeunes souhaitent transformer l’obligation réglementaire en un vrai vecteur de subventions, notamment pour les micro-initiatives d’agroforesterie urbaine ou de recyclage plastique menées par les collectifs scolaires.
Selon Bienvenu Mombouli, «l’engagement privé peut représenter un accélérateur si les entreprises voient un retour d’image tangible». Une charte RSE couvrant la reforestation des berges du fleuve Congo figure déjà parmi les projets test identifiés durant la conférence.
De la COP locale à la COP30
Au-delà des chiffres, l’événement visait surtout à bâtir un plaidoyer unifié. Les recommandations, rassemblées dans un livret, seront transmises aux négociateurs congolais appelés à intervenir pendant la préparation de la COP30.
Ce document s’adressera également aux assemblées locales, afin que les budgets communaux intègrent la dimension climat. Les députés juniors, invités pour l’occasion, ont déjà annoncé des séances de restitution dans les lycées de leurs circonscriptions.
«Nous voulons montrer que la jeunesse n’est pas seulement un sujet de consultation, mais un partenaire de mise en œuvre», résume la bénévole Grace Mandzou. Ses mots ont résonné alors que le rideau tombait sur cette première Lcoy congolaise.
Former pour innover
La question des compétences est revenue à chaque table ronde. Plusieurs jeunes ont demandé des modules pratiques sur le montage de dossiers, la comptabilité carbone et la rédaction d’indicateurs d’impact, compétences indispensables pour convaincre les institutions financières.
Les organisateurs envisagent de rouvrir l’École nationale supérieure polytechnique certains week-ends pour héberger ces ateliers. Une proposition bien accueillie par la rectrice intérimaire, convaincue que la science appliquée doit sortir des amphithéâtres pour irriguer la société.
Perspectives régionales
Parce que le Bassin du Congo dépasse les frontières nationales, les délégués congolais comptent partager leur feuille de route avec leurs pairs du Cameroun et de la RDC lors d’un forum sous-régional prévu à Douala début 2026.
L’ambition est de construire une position concertée sur les marchés carbones africains, de façon à peser davantage dans les négociations globales et à éviter une concurrence stérile entre projets similaires.
À retenir
À retenir : la création d’un fonds national, la formation aux marchés carbones et la mobilisation du secteur privé constituent le triptyque plébiscité pour accélérer l’action climatique au Congo. Le livret final en dresse l’architecture, prêt à être discuté en conseil.
Le point éco
Le point éco : si l’initiative aboutit, elle pourrait, selon les organisateurs, réduire le temps moyen d’accès aux financements de quatorze à six mois et sécuriser jusqu’à deux millions de dollars pour des projets portés par des jeunes d’ici 2027.
