Une réception hautement diplomatique à Brazzaville
Sous les jardins éclairés de l’ambassade de Chine, le 29 septembre, les drapeaux congolo-chinois claquaient au rythme d’une amitié forgée depuis près de six décennies. L’ambassadeur An Qing a accueilli ministres et diplomates pour célébrer le 76e anniversaire de la République populaire, saluant « une amitié de fer » (An Qing).
Le chef de la diplomatie congolaise, Jean-Claude Gakosso, entouré de Jean-Jacques Bouya et Gilbert Mokoki, a rappelé que le président Denis Sassou Nguesso « veille personnellement à la consolidation de ce partenariat stratégique, porteur de progrès pour notre peuple ». Le décor planté, place au bilan et aux perspectives.
Un partenariat stratégique à long terme
Dans son discours, An Qing a dressé le tableau d’une Chine moteur de croissance mondiale, contribuant à plus de 30 % de l’expansion planétaire. Elle a insisté sur la sortie de 770 millions de ruraux de la pauvreté, preuve qu’« une modernisation inclusive est possible ».
Cette réussite nourrit, selon elle, l’ambition partagée de bâtir avec le Congo « une communauté d’avenir », fondée sur le multilatéralisme et l’ouverture. La récente visite d’État du président Sassou Nguesso à Beijing a scellé cette ligne directrice et relancé la feuille de route bilatérale.
La diplomatie des grands travaux
Du pont route-rail du Niari au barrage de Liouesso, les entreprises chinoises jalonnent désormais le territoire congolais. Jean-Jacques Bouya, patron des Grands travaux, parle d’une « ingénierie d’appoint » accélérant la connectivité nationale, tout en transférant savoir-faire aux jeunes ingénieurs locaux.
Plus de 5 000 emplois directs sont liés à ces chantiers, chiffre le ministère de l’Aménagement du territoire. Pour An Qing, il s’agit d’une coopération « gagnant-gagnant », l’infrastructure servant de colonne vertébrale au décollage industriel du Congo.
Des échanges commerciaux en croissance soutenue
Les chiffres dévoilés par l’ambassade parlent d’eux-mêmes : de janvier à août, le commerce bilatéral a atteint 4,22 milliards de dollars, progressant de 5,8 % sur un an. Les exportations congolaises, dominées par le pétrole et le bois, représentent 3,21 milliards, en hausse de 5,6 %.
Ces flux maintiennent la Chine au rang de premier partenaire commercial du Congo. Honoré Sayi, ministre de l’Économie fluviale, y voit « un levier de diversification ». Les cargaisons de produits agroforestiers commencent en effet à percer sur le marché chinois, encouragées par la demande en produits durables.
Focus sur le futur accord de partenariat économique
En août, Brazzaville et Beijing ont paraphé un projet d’accord ouvrant la voie à des droits de douane nuls sur une palette élargie de biens congolais. L’objectif : stimuler les exportations non pétrolières et attirer des investissements manufacturiers susceptibles de créer de la valeur localement.
Le ministère du Commerce extérieur table sur une entrée en vigueur courant 2024 après ratification. Les entreprises congolaises, particulièrement dans l’agro-industrie et le textile, se préparent déjà à répondre aux exigences qualitatives du gigantesque marché chinois.
Cap sur la formation et le transfert de compétences
Chaque année, plus de 200 étudiants congolais décrochent une bourse d’études en Chine, selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Polytechniques, médecine, technologies vertes : autant de filières alignées sur les besoins nationaux définis par le Plan national de développement 2022-2026.
Du côté des cadres, des séminaires courts financés par l’Agence chinoise de coopération internationale familiarisent fonctionnaires et managers d’entreprises publiques aux outils de la gestion de projets d’envergure. « Former des ressources humaines locales demeure la clé d’un partenariat équilibré », insiste An Qing.
À retenir
Le triptyque grands travaux-commerce-formation constitue l’ossature du rapprochement Brazzaville-Pékin. L’augmentation stable des échanges et l’ébauche d’un accord douanier zéro placent le Congo dans une dynamique d’intégration aux chaînes de valeur asiatiques. Derrière la diplomatie des rubans coupés, une stratégie de long terme se dessine.
Le point éco
La poussée du yuan dans les règlements commerciaux réduit la dépendance au dollar et fluidifie les transactions bancaires entre la Banque postale du Congo et Bank of China. Parallèlement, l’exploration conjointe de gisements miniers dans la Cuvette offre des perspectives de co-financement public-privé sous garantie souveraine.
Pour l’économiste Ossélé Ngake, « ce schéma hybride protège les finances publiques congolaises, tout en sécurisant les intérêts des bailleurs chinois ». L’équilibre reste cependant tributaire des cours internationaux des matières premières et de la capacité du Congo à renforcer sa gouvernance budgétaire.
Vers une coopération verte
Conscients des engagements climatiques pris à la COP 27, les deux partenaires intensifient leurs échanges sur les énergies renouvelables. Un protocole d’accord prévoit l’installation de 200 MW solaires d’ici 2025, prioritairement dans le corridor Brazzaville-Pointe-Noire, pour soulager le réseau hydrique durant la saison sèche.
Le Congo, doté du troisième massif forestier mondial, compte également sur l’expertise chinoise en matière de certification carbone pour valoriser ses crédits REDD+. « La forêt doit financer sa propre conservation », résume le conseiller spécial Jean Dominique Okemba, présent lors de la réception.
Regards croisés sur l’avenir
Au-delà des rubans et des statistiques, le partenariat sino-congolais se veut un laboratoire africain de la coopération Sud-Sud. Le Forum sur la coopération sino-africaine, prévu à Beijing en 2024, devrait entériner les nouveaux objectifs chiffrés de cette relation modèle.
D’ici là, Brazzaville multiplie les consultations inter-ministérielles pour calibrer ses priorités. Les attentes portent sur la montée en gamme industrielle, la modernisation agricole et l’intégration logistique régionale afin de positionner le Congo comme hub de la CEMAC. Dans cette équation, l’appui chinois se révèle déterminant.
