Sit-in annoncé à Brazzaville
Réunis le 7 octobre à Brazzaville, les trois composantes de l’intersyndical de la Société des postes et de l’épargne du Congo ont acté le principe d’un sit-in devant le siège national. L’action, annoncée pour les prochains jours, veut rendre visibles des revendications devenues pressantes.
« Nous sommes attachés à la continuité du service public, mais nous ne pouvons plus taire la souffrance des agents », explique Jonas Goma, porte-parole du regroupement. Le message s’adresse autant à la direction générale de la SOPECO qu’aux autorités de tutelle, invitées à arbitrer rapidement le différend.
Lente dérive salariale
Le cœur du malaise est financier. Selon les délégués, plus de cinquante mois de salaires restent impayés, un passif étalé sur sept ans qui érode le pouvoir d’achat et fragilise les familles. Certains agents affirent avoir dû contracter plusieurs prêts pour subvenir aux besoins essentiels.
La tension s’est accrue après le versement tardif, en août 2023, des traitements de mars et avril. Ce décalage, inédit dans la mémoire de l’entreprise, a convaincu les représentants du personnel qu’un déclic salarial durable ne pouvait venir que d’une mobilisation d’ampleur.
Des outils en panne
Au-delà des fiches de paie, les postiers dénoncent la détérioration des conditions de travail. Des bureaux sans climatisation, des ordinateurs vétustes et un parc automobile quasi à l’arrêt compliquent la distribution du courrier dans un marché déjà bousculé par le numérique et la concurrence privée.
Les bâtiments, construits pour l’essentiel dans les années 1980, montrent des signes alarmants de vétusté. Plusieurs caissons de tri sont inutilisables et les retards d’entretien génèrent des coûts supplémentaires. « Nous perdons du chiffre d’affaires chaque jour faute d’outils fiables », soupire un cadre logistique.
La demande de renégociation
Un protocole d’accord avait pourtant été paraphé en janvier 2023 entre la direction générale et les partenaires sociaux. Il prévoyait un calendrier de décaissement, la remise à niveau des équipements et l’ouverture d’un dialogue permanent. Dix mois plus tard, les syndicalistes jugent ce texte caduc.
Ils réclament la reprise des discussions sous l’égide du ministère des Postes, convaincus qu’un nouvel engagement tripartite offrirait des garanties solides. Le point de friction demeure l’annulation de reclassements qu’ils estiment « arbitraires ». Certains employés s’inquiètent d’un précédent susceptible d’alimenter le clientélisme interne.
Enjeux autour de la Banque postale
La question de la gouvernance dépasse le périmètre postal. SOPECO détient 20 % de la Banque postale du Congo, institution chargée de bancariser l’épargne populaire. Les syndicats sollicitent la nomination d’un postier expérimenté au poste de secrétaire général, estimant que cette représentation garantirait leur voix.
Pour eux, un profil interne permettrait d’aligner les stratégies commerciale et sociale des deux entités. Des observateurs voient dans cette revendication une manière de renforcer l’ancrage national de la banque, pendant que d’autres redoutent un mélange des genres entre politique de crédit et préoccupations salariales.
Perspectives d’arbitrage
La direction de SOPECO se dit ouverte à la concertation. « Nous comprenons la fatigue accumulée », concède un collaborateur du directeur général, tout en rappelant les « contraintes de trésorerie d’une entreprise en mutation digitale ». Des audits internes sont annoncés pour clarifier les flux issus du timbre électronique.
Du côté du ministère, on répète la détermination du gouvernement à accompagner la modernisation de l’opérateur postal, considéré comme un relais de l’inclusion financière. Les services de l’Inspection du travail pourraient être saisis afin de veiller à la légalité des procédures envisagées.
À retenir
Le bras de fer porte donc sur trois axes : règlement des arriérés, relance des investissements matériels et sécurisation de la gouvernance. Faute de progrès tangibles, le sit-in annoncé pourrait perturber la distribution du courrier officiel, y compris les documents administratifs et les envois de la diaspora.
Le point juridique/éco
Selon le Code congolais du travail, toute cessation d’activité doit être précédée d’un préavis écrit et d’une tentative de médiation. Les syndicats ont notifié leur préavis, se plaçant ainsi dans la légalité. Sur le plan macroéconomique, la situation rappelle l’importance de la régularité budgétaire des entreprises publiques.
Horizons de modernisation
Le marché postal régional affiche encore un potentiel, porté par l’e-commerce et le transport de petits colis. Les acteurs publics qui ont su investir dans les plates-formes logistiques sécurisées enregistrent déjà des retours à deux chiffres. La SOPECO veut se hisser dans cette dynamique.
Des partenariats techniques avec des opérateurs de la sous-région et des bailleurs multilatéraux sont à l’étude. Si les négociations sociales aboutissent, la direction envisage de lancer un plan de digitalisation incluant traçabilité des lettres recommandées et paiement mobile des services.
Calendrier possible
L’intersyndical a donné une semaine à la direction pour formuler des propositions chiffrées. Passé ce délai, le sit-in devrait démarrer à l’aube, avant l’arrivée du premier public, afin de préserver la sécurité des usagers. Les agents promettent une mobilisation pacifique et respectueuse des installations.
Au-delà de l’ultimatum, les salariés disent espérer un signal d’apaisement. « Nous voulons travailler, pas bloquer le pays », insiste le porte-parole. Si un accord intervient, il pourrait servir de modèle à d’autres entreprises publiques engagées dans des restructurations similaires.
