Mobile et résilience à Mossendjo
Au rond-point Chamoukoualé, deux colonnes jaunes, hautes d’un simple réverbère, attirent les regards des habitants de Mossendjo. Ces bornes de recharge, installées par l’opérateur MTN, sont devenues le nouveau repère urbain d’une cité confrontée, depuis plusieurs années, à une alimentation électrique intermittente qui impacte chaque geste du quotidien.
Alimentées en continu par un groupe électrogène dédié, elles autorisent la charge simultanée de quarante-cinq téléphones, un luxe technologique dans une ville que la population surnomme désormais « la forêt noire » dès la tombée du soir, faute de lumière publique régulière, pour les rues et les foyers.
Un dispositif collectif et gratuit
Autour des bornes, l’attente devient un rituel social. « C’est gratuit et je n’ai plus à verser deux cents francs CFA chez le boutiquier », sourit un quadragénaire trouvant là une économie bienvenue. L’argument sécuritaire rassure également, chaque prise étant verrouillée, évitant les vols redoutés par les usagers.
Pour certains jeunes venus des quartiers périphériques, le trajet de plusieurs kilomètres jusqu’au rond-point se justifie par la nécessité de rester connectés aux réseaux sociaux et aux services mobiles de paiement, devenus essentiels pour échanger, commercer et recevoir des informations administratives ou familiales en temps quasi réel quotidien.
Pénurie d’électricité : lecture sociologique
La coupure prolongée n’est pas propre à Mossendjo, mais la localité cristallise les effets d’une double dépendance : à l’énergie et au mobile. Dans cette configuration, la borne s’érige en institution spontanée, substitut informel à l’infrastructure publique, révélant une capacité d’auto-organisation communautaire face aux contraintes du quotidien moderne.
Le soir, l’absence d’éclairage modifie les temporalités urbaines. Dès dix-neuf heures, l’espace public se contracte, tandis que la borne demeure un point lumineux médiatisant un sentiment de sécurité. Elle redessine la sociabilité locale autour d’un foyer symbolique, réduisant la peur des serpents évoquée par les riverains la nuit.
Plus largement, cette situation illustre la conception africaine de la ville comme réseau de solidarités adaptatives. Les études urbaines soulignent que l’innovation sociale compense souvent les défaillances matérielles, transformant chaque défi énergétique en opportunité de création de services partagés à faible coût pour habitants et opérateurs privés locaux.
L’État et ses partenaires en action
La municipalité, en concertation avec le ministère de l’Énergie, a confirmé travailler à la réhabilitation du générateur de la Société nationale d’électricité et à l’extension du réseau vers la centrale hydroélectrique de Moukoukoulou, priorité inscrite dans la feuille de route gouvernementale 2024-2027 selon un communiqué consulté récemment localement.
Des techniciens dépêchés sur place procèdent actuellement au diagnostic des installations, tandis que des groupes électrogènes temporaires doivent consolider l’alimentation des services essentiels, notamment l’hôpital général. Les autorités soulignent que la sécurisation énergétique demeure un levier central de la diversification économique régionale prévue par le plan Niari vert.
Stratégie d’entreprise et responsabilité sociétale
Pour MTN, la borne répond d’abord à une logique de service clientèle. L’opérateur affirme avoir investi dans quinze dispositifs similaires dans le pays, conscientes des enjeux d’accessibilité numérique. Cette présence renforce la fidélité des abonnés et soutient la croissance ininterrompue du trafic de données sur le réseau national.
Interrogé, un cadre régional rappelle que l’entreprise travaille en synergie avec les collectivités pour installer des abris et des bancs autour des stations, projet susceptible de générer de nouveaux emplois locaux pour la maintenance et l’accueil, tout en améliorant le confort des usagers lors des fortes chaleurs saisonnières.
La place du téléphone dans l’économie locale
À Mossendjo, les transferts d’argent via mobile money soutiennent le petit commerce, l’achat de semences et la scolarité. La moindre panne de batterie bloque donc une chaîne d’échanges monétisés. Les bornes limitent cette friction transactionnelle, ce qui, selon les commerçants, stabilise leurs revenus hebdomadaires malgré l’éloignement géographique régional.
Le dispositif accroît aussi l’accès aux programmes d’alphabétisation numérique promus par l’Agence de régulation des postes et communications électroniques. Les sessions de formation, fréquemment relayées par SMS, requièrent un téléphone chargé pour télécharger documents ou vidéos pédagogiques, renforçant ainsi le capital humain de la jeunesse locale en mutation.
Vers un urbanisme énergétique inclusif
Les propositions citoyennes affluent : hangar couvert, éclairage solaire, panneaux d’affichage communautaire. Ces idées traduisent une volonté de co-production des espaces publics, concept mis en avant par plusieurs universités congolaises dans leurs recherches sur la gouvernance urbaine partagée au service d’une ville durable et inclusive du Niari demain.
Les architectes urbains consultés estiment que l’intégration d’infrastructures de recharge dans le mobilier urbain pourrait devenir une norme, à condition d’opter pour des panneaux photovoltaïques afin de réduire la dépendance au carburant et de répondre aux engagements climatiques du Congo pris lors des sommets africains sur l’énergie propre.
Une lumière ténue porteuse d’espoir
À défaut d’éclairer toute la ville, les bornes rappellent que la combinaison d’initiatives publiques et privées peut atténuer les vulnérabilités urbaines. La perspective d’un retour durable de l’électricité, conjuguée à l’innovation d’acteurs comme MTN, nourrit chez les habitants un optimisme mesuré pour l’avenir de Mossendjo et ses environs.
