Un festival inédit sur les droits de l’enfant
À Brazzaville, le Réseau des intervenants sur le phénomène des enfants de rupture vient d’ouvrir un festival entièrement consacré aux droits de l’enfant. Table ronde, plaidoyer, sensibilisation : trois jours pour rappeler que les enfants en situation de rue demeurent d’abord des sujets de droit.
L’initiative, soutenue par la Fondation Apprentis d’Auteuil et l’Agence française de développement, précède la Journée mondiale de l’enfance du 20 novembre. Entre scènes artistiques et échanges d’experts, le rendez-vous veut inscrire durablement la question des enfants de rue dans l’agenda public congolais.
Pour Joseph Likibi, coordonnateur du Reiper, « voir les acteurs gouvernementaux, sécuritaires et associatifs dialoguer autour d’une même table représente un signal encourageant ». Dans son mot d’ouverture, il a insisté sur la solidarité avec les pouvoirs publics, jugée indispensable pour bâtir des solutions pérennes.
Prévenir avant tout : la ligne du ministère
Le directeur général des Affaires sociales, Christian Mabiala, a relayé cet appel en rappelant que la prévention constitue la première barrière contre les violences. Il a invité les centres d’accueil à fonctionner dans la stricte légalité et à préparer des parcours de sortie, afin d’éviter l’installation définitive des mineurs.
Autour de la table, policiers et gendarmes ont détaillé leurs dispositifs. Le commissaire principal Stéphane Ondongo a souligné « la nécessité d’un contact de proximité, respectueux des enfants, avant toute opération ». Son homologue de la gendarmerie, le lieutenant-colonel Mvoumba, a insisté sur la formation continue des agents.
Les échanges ont mis en lumière une réalité complexe : entre errance, micro-trafic et violences, l’espace public peut devenir un terrain dangereux. Pourtant, rappellent les intervenants, un encadrement humain et un suivi psychosocial permettent souvent d’éviter les arrestations et de faciliter le retour en famille ou en centre.
Arcade : un projet au long cours
L’approche du Reiper s’articule autour du projet Arcade, conçu pour renforcer les capacités des vingt-deux organisations membres. Au programme : formations, mutualisation d’outils pédagogiques, mais aussi campagnes publiques afin de replacer le droit de l’enfant au cœur du débat citoyen congolais.
Arcade vise également à mieux documenter le phénomène. Des fiches de suivi harmonisées et un observatoire participatif doivent produire des données fiables, condition sine qua non pour calibrer les politiques sociales. « Mesurer, c’est déjà protéger », résume une superviseuse de terrain rencontrée sur le site du festival.
Dans la capitale, les autorités valorisent depuis plusieurs années une approche partenariale. Le ministère des Affaires sociales coopère avec des ONG pour la réinsertion scolaire, tandis que la municipalité multiplie les campagnes de régularisation d’état civil, indispensables pour accéder à la santé et à l’éducation.
La culture pour convaincre le grand public
L’une des forces du festival est d’utiliser la culture comme porte d’entrée. Spectacles de rue, ateliers photo et rap conscient traduisent, dans le langage des enfants, la notion de dignité. Les organisateurs espèrent attirer un public qui n’assisterait jamais à une conférence formelle sur la protection.
Un deuxième temps fort sera la journée de plaidoyer devant la commission affaires sociales de l’Assemblée nationale. Les acteurs présenteront les conclusions de la table ronde et plaideront pour un budget dédié au repérage précoce des enfants vulnérables, ainsi qu’une meilleure coordination interservices.
Au micro ouvert installé dans la cour de l’Institut français, plusieurs adolescents ont raconté leur parcours. Kevin, 14 ans, a expliqué avoir dormi deux ans sous un kiosque, « la peur comme oreiller ». Son témoignage a tiré des larmes et renforcé l’urgence d’agir.
À retenir
À retenir : le festival incite à passer d’une logique d’assistance à une culture de droit. Prévention, données, participation : trois leviers pour protéger durablement les enfants de rue et soutenir l’engagement du gouvernement en faveur d’un environnement sûr et inclusif.
Le point juridique/éco
Selon les organisateurs, près de cinq cents enfants devraient être touchés directement par les activités, sans compter l’audience numérique générée par les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux partenaires.
Le point juridique/éco : la loi congolaise oblige tout centre à demander un agrément du ministère, sous peine de fermeture. Un financement public progressif, issu du budget social, est envisagé pour soutenir les structures agréées, tandis que la coopération internationale apporte déjà un cofinancement de proximité.
Vers un déploiement national
Si l’expérience doit encore être évaluée, les initiateurs envisagent déjà de déployer le concept dans les chefs-lieux de département. L’objectif est double : rapprocher l’offre de protection des territoires ruraux et sensibiliser des communautés parfois moins exposées aux discours institutionnels.
La dynamique rejoint les objectifs du Plan national de développement social qui mise sur la jeunesse comme moteur de transformation. En soutenant le Reiper, les pouvoirs publics confirment leur volonté de conjuguer action associative et responsabilité régalienne pour une protection de l’enfance à la fois humaniste et pragmatique.
À entendre les participants, la principale réussite du festival est d’avoir rassemblé, sans posture, institutions et citoyens autour d’une priorité partagée : offrir à chaque enfant un avenir digne. Rendez-vous est déjà pris pour novembre prochain, preuve d’un engagement appelé à durer.
