Un contexte bilatéral en pleine relance
De Brazzaville à Pointe-Noire, dix-huit entreprises belges explorent cette semaine le marché congolais. L’initiative, co-organisée par les ambassades des deux pays, incarne la relance des liens historiques que la pandémie avait ralentie.
Le programme, dense, alterne visites de chantiers, présentations sectorielles et rendez-vous personnalisés. « Notre objectif est de bâtir des passerelles solides, pas de simples coups ponctuels », souligne Jacques Champagne, conseiller économique de l’ambassade de Belgique.
Les autorités congolaises voient dans cette mission un signal de confiance. Le ministère de la Coopération internationale rappelle que les projets structurants du Plan national de développement 2022-2026 offrent des taux de rentabilité attractifs, notamment grâce à la stabilité macroéconomique retrouvée.
Agriculture, énergie, numérique : atouts congolais décodés
Premier angle présenté aux visiteurs, l’agriculture suscite un intérêt croissant. Michel Djombo, président de l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo, a décrit un potentiel de dix millions d’hectares exploitables, une fiscalité incitative et des besoins logistiques où l’expertise belge peut s’insérer.
L’énergie est ensuite apparue centrale, du gaz associé offshore aux projets hydroélectriques sur la rivière Léfini. « Nous cherchons des partenaires capables d’apporter technologies propres et montage financier », a expliqué Henry René Diouf, représentant adjoint du PNUD, invitant les opérateurs à profiter des partenariats public-privé.
Enfin, le numérique s’impose comme fil rouge. Le gouvernement vient de lancer un guichet unique digital pour la création d’entreprise et prépare une dorsale fibre optique vers le Cameroun. Ces avancées séduisent les sociétés belges actives dans les logiciels de gestion et la cybersécurité.
BTP et infrastructures : l’appel aux opérateurs privés
Brazzaville connaît un boom de chantiers, du viaduc du Marché Total au nouveau port sec d’Ignié. Federica Petrucci, cheffe adjointe de la coopération de l’Union européenne, rappelle que 60 % des contrats nationaux relèvent du BTP, gage d’ouverture pour les entreprises étrangères.
L’État mise désormais sur la délégation de service public pour accélérer la construction d’écoles, d’hôpitaux et de voiries urbaines. Les participants belges, spécialistes du béton précontraint ou de l’ingénierie routière, y voient un volume d’affaires estimé à 300 millions d’euros sur trois ans.
« L’implication du secteur privé est cruciale pour boucler le financement et assurer la maintenance », insiste Rodrigue Babingui, directeur général des grands travaux. Les autorités offrent des garanties souveraines et un cadre réglementaire modernisé aligné sur les standards de la CEMAC pour rassurer les investisseurs.
Le format B2B, laboratoire d’alliances
Au-delà des présentations plénières, plus de cent vingt entretiens individuels se sont tenus dans un salon discret de la Chambre de commerce de Brazzaville. Start-up agro-tech, opérateurs portuaires et institutions bancaires ont comparé leurs feuilles de route, parfois jusqu’à tard dans la soirée.
Plusieurs protocoles d’accord ont été paraphés. La société congolaise Okweli Logistics et le groupe belge Wallonia Ports prévoient une co-entreprise pour optimiser la chaîne fluviale sur le fleuve Congo, réduisant de moitié les temps d’acheminement des marchandises vers Kinshasa et Bangui.
La fintech bruxelloise PayAble étudie parallèlement l’intégration de sa plateforme de paiement mobile au réseau national congolais. « Un marché de cinq millions d’utilisateurs sans bancarisation complète représente une opportunité unique », explique sa directrice, Sophie De Wit, qui évoque un pilote dès février prochain.
Accompagnement institutionnel et sécurité juridique
Les missions économiques étrangères se heurtent souvent à la complexité administrative. Pour éviter cet écueil, l’Agence congolaise pour la promotion des investissements a présenté son guichet unique « Invest Congo », réduisant l’obtention d’un agrément à dix jours, contre quatre semaines auparavant.
Sur le volet fiscal, un moratoire de trois ans sur l’impôt sur les bénéfices est offert aux entreprises créant au moins cinquante emplois locaux. Mesure saluée par la fédération des entreprises belges, qui note cependant la nécessité d’une justice commerciale réactive pour trancher d’éventuels litiges.
Le ministre congolais de la Justice, Ange Aimé Binéné, a rassuré en annonçant la création d’une chambre arbitrale dédiée aux investissements d’ici à fin 2024. Inspirée du modèle de la Cour commune de l’OHADA, elle sera dotée de juges formés aux standards internationaux.
Cap sur l’intégration régionale
Au-delà du marché national, les organisateurs soulignent la position du Congo comme trait d’union entre CEMAC et SADC. Les infrastructures routières en construction, notamment le corridor Pointe-Noire-Ndjamena, devraient libérer un commerce interrégional de quinze milliards de dollars par an.
L’intérêt belge pour cette profondeur régionale s’explique : soixante-dix pour cent des exportations wallonnes vers l’Afrique transitent déjà par les ports du golfe de Guinée. Une implantation durable au Congo offrirait des relais logistiques compétitifs vers le Gabon, le Cameroun et la République centrafricaine.
Avant de reprendre leur vol pour Bruxelles, les chefs d’entreprises visiteront le port de Pointe-Noire, vitrine de la politique nationale de hubs multimodaux. Les deux parties ont convenu de se retrouver au printemps 2025 pour dresser un premier bilan et approfondir les accords naissants.
Cette dynamique s’inscrit dans la vision du président Denis Sassou Nguesso qui, lors du dernier Forum international Makutano, a rappelé que « la diversification passe par l’ouverture et la solidarité africaines ». Les acteurs belges assurent partager cette approche inclusive et durable.
