Un engagement présidentiel réaffirmé
À l’issue de l’inauguration du complexe scolaire de la Liberté, le 24 octobre à Brazzaville, Denis Sassou Nguesso a rappelé devant la presse que l’opération spéciale déclenchée par la Direction générale de la sécurité présidentielle n’est pas un coup d’éclat, mais une action inscrite dans la durée.
Selon le chef de l’État, la mission confiée à la DGSP répond à une urgence sociale : neutraliser les bandes de jeunes délinquants, baptisées « Bébés noirs » ou « Kuluna », dont les exactions pèsent sur la vie quotidienne des habitants de plusieurs quartiers populaires.
Pourquoi la DGSP entre en scène
La DGSP, souvent perçue comme un corps exclusivement chargé de la protection du président, fait partie intégrante de la Force publique. Elle dispose donc, au même titre que la gendarmerie ou la police, des prérogatives nécessaires pour participer au maintien de l’ordre et garantir la sécurité collective.
« J’ai constaté que l’opération avançait difficilement avec les autres services de sécurité. J’ai donc instruit la sécurité présidentielle d’y prendre part », a expliqué Denis Sassou Nguesso, rappelant un précédent similaire lors des opérations de sécurisation menées dans le département du Pool.
Cartographie d’une délinquance juvénile
Nés dans les rues parfois déshéritées de Brazzaville et de Pointe-Noire, les groupes de « Bébés noirs » tirent leur sinistre renommée de braquages au couteau, de vols à l’arraché et d’intimidations souvent filmées puis diffusées sur les réseaux sociaux, nourrissant un sentiment d’insécurité urbain.
Les sociologues soulignent le cocktail explosif qui alimente ce phénomène : chômage des jeunes, déscolarisation précoce, consommation de drogues de synthèse et absence de dispositifs d’insertion suffisamment attractifs pour détourner ces mineurs ou jeunes majeurs des logiques de violence.
Une opération à phases multiples
Dans un premier temps, l’action cible les arrondissements les plus touchés de la capitale, avant de s’étendre progressivement à Pointe-Noire puis aux autres localités où les bandes pourraient se replier. « Nous les poursuivrons partout où ils se cachent », a assuré le président.
Le déploiement intègre des patrouilles nocturnes, des contrôles d’identité renforcés et des opérations de bouclage ponctuelles, menées en coordination avec la police et la gendarmerie. L’objectif est d’asphyxier les capacités de nuisance des gangs tout en préservant la liberté de circulation des citoyens respectueux des lois.
Le regard des habitants
À Makélékélé comme à Mfilou, plusieurs riverains disent déjà ressentir « une présence sécuritaire dissuasive ». Céline, vendeuse de légumes au marché PK45, confie pouvoir fermer plus tard son étal depuis l’arrivée des patrouilles mixtes, même si elle reste vigilante à la tombée de la nuit.
Les associations de quartier saluent une initiative qui, selon elles, doit être complétée par des programmes sociaux. « Il faut traiter la racine, pas seulement les symptômes », plaide l’activiste Dieudonné Mokoko, rappelant l’importance de la formation professionnelle et de l’accès aux loisirs pour la jeunesse.
Patrimoine public : le civisme au cœur du débat
Profitant de l’inauguration du complexe scolaire, le président a dénoncé la dégradation rapide des infrastructures publiques. Pour lui, les dégâts ne proviennent pas uniquement d’un déficit d’entretien budgétaire, mais aussi d’un manque de patriotisme qui pousse certains citoyens à négliger ou vandaliser le bien commun.
Il a souligné le contraste entre la rigueur appliquée à l’entretien d’un véhicule personnel et la rapidité avec laquelle un véhicule de service peut se retrouver hors d’usage. « C’est un état d’esprit qu’il faut corriger avec rigueur », a-t-il martelé, appelant à une conscience collective renouvelée.
Le point juridique et institutionnel
La Constitution autorise la mise à contribution de toute force relevant de l’État pour la sauvegarde de l’intégrité du territoire et des personnes. Juristes et hauts gradés rappellent ainsi que la DGSP opère sous l’autorité du ministère de la Défense, dans le strict respect de la hiérarchie des normes.
Le parquet de Brazzaville assure un suivi des arrestations afin de garantir un traitement judiciaire conforme au Code pénal et au Code de procédure pénale. Cette articulation vise à éviter toute dérive et à transformer les résultats sécuritaires en décisions de justice effectives et dissuasives.
Perspectives et feuille de route
Le gouvernement mise sur un double levier : une pression sécuritaire forte pour restaurer la sérénité, et un accompagnement social destiné à réinsérer les jeunes en difficulté. Des discussions sont en cours avec les ministères de la Jeunesse et de l’Enseignement technique pour amplifier l’offre d’apprentissage.
Dans l’immédiat, la priorité reste la sécurisation des espaces publics, des couloirs scolaires aux artères commerçantes. Brazzaville espère ainsi retrouver une normalité propice au développement des affaires, à l’investissement privé et à la qualité de vie que réclament cadres, étudiants et familles de la diaspora.
À retenir
L’opération DGSP, loin d’être temporaire, s’inscrit dans une stratégie durable de lutte contre la délinquance urbaine. La mobilisation inter-services, adossée à un discours présidentiel sur le civisme, trace les contours d’un dispositif global où sécurité, justice et éducation se répondent pour consolider la cohésion nationale.
