Un ruban de béton pour rapprocher Kintélé
Jusqu’à cet automne, les automobilistes redoutaient la piste sablonneuse qui menait du carrefour de la nationale N2 au cimetière Bouka. Embourbements, flaques et pentes glissantes compliquaient chaque déplacement vers la nécropole et pénalisaient les riverains du quartier Lifoula.
Le 11 octobre, leur quotidien a changé. Une artère de 700 mètres, dotée d’un émissaire marin de 106 mètres, a été officiellement inaugurée en présence du vice-maire de Kintélé, des opérateurs économiques et des notables locaux. Vingt-quatre heures plus tard, taxis et bus collectifs testaient déjà la chaussée.
Des choix techniques adaptés au terrain sablonneux
Le maître d’œuvre, le groupe Bouka, a retenu une combinaison de terre jaune compactée, de couche de fondation et de béton armé. « Nous voulions une chaussée durable, capable d’absorber les charges funéraires et le trafic journalier », explique le directeur général Apollin Kaba.
La section d’assainissement, composée d’un caniveau latéral et d’un dévers central, dirige les eaux pluviales vers le bassin existant le long de la N2. Cette configuration limite l’érosion, fréquente dans les zones à sol meuble du Nord-Brazzaville, et préserve les habitations riveraines.
Financement privé, engagement citoyen
Estimé à 553 millions FCFA, le chantier a été entièrement pris en charge par le groupe Bouka sans subvention publique directe. Pour Apollin Kaba, il s’agit « d’un geste de solidarité envers une communauté qui nous a toujours soutenus ». Le responsable voit dans cet investissement un prolongement de la responsabilité sociétale d’entreprise.
À Kintélé, l’initiative est saluée. Le chef de quartier, Arsène Ngabia, rappelle que l’entreprise avait déjà offert un forage et un éclairage solaire. « Cette nouvelle voie prolonge un partenariat vertueux entre acteurs économiques et autorités municipales », ajoute-t-il.
Alignement sur le Plan national de développement
Le Plan national de développement 2022-2026 mise sur les partenariats public-privé pour accélérer la modernisation des dessertes secondaires. La commune de Kintélé, créée en 2017, multiplie ainsi les projets de voirie pour renforcer son attractivité universitaire et industrielle.
En facilitant l’accès à la nécropole mais aussi aux parcelles agricoles alentour, l’avenue Bouka répond à l’axe 3 du PND, consacré à la cohésion sociale. Les autorités locales espèrent désengorger plusieurs pistes rurales et redistribuer le trafic sur des routes réglementaires.
Fluidité et sécurité retrouvées
Depuis la mise en service, le trajet entre la N2 et le cimetière ne dépasse plus trois minutes, contre quinze auparavant en saison des pluies. Les transporteurs y voient un gain de carburant, tandis que les familles endeuillées bénéficient d’un convoi plus digne.
La chaussée bétonnée, large de six mètres, autorise un double sens fluide. Les premières semaines n’ont enregistré ni accrochage majeur ni dégradation visible. La brigade de proximité note toutefois que le respect de la limitation de vitesse reste une priorité pédagogique.
« Avenue Issema » : une dénomination en débat
Lors de l’inauguration, les représentants de Bouka ont proposé de baptiser l’axe « Avenue Issema », en hommage à un cofondateur disparu. Le vice-maire de Kintélé a annoncé la transmission du dossier au prochain conseil municipal, seul compétent pour statuer.
La commune, qui recense déjà vingt-quatre rues officielles, entend associer chaque nom à une histoire locale forte. Les riverains se disent favorables à un toponyme évoquant l’entraide et la mémoire collective.
À retenir
L’avenue offre une connexion directe entre la N2 et la nécropole Bouka, réduisant le temps de parcours et sécurisant les convois funéraires. Sa réalisation illustre l’essor d’un modèle où le secteur privé complète l’action publique sans la concurrencer, au service d’une urbanisation maîtrisée.
Le point économique et social
Le chantier a généré une soixantaine d’emplois temporaires, dont quarante ouvriers recrutés dans le quartier. Les matériaux ont été sourcés localement, soutenant la filière agrégats de Djiri.
À moyen terme, la valeur foncière des parcelles voisines pourrait progresser de 15 %, selon un cabinet immobilier brazzavillois. Les autorités comptent sur cet effet d’entraînement pour élargir l’assiette fiscale communale et financer de nouveaux équipements collectifs.
