Gouvernance scolaire : un virage décisif
Réunis trois jours durant à Brazzaville, près d’une centaine d’experts, chefs d’établissement et cadres ministériels ont préparé l’arrivée des comités de gestion des établissements scolaires, ou COGES, dans tout le sous-secteur de l’enseignement technique et professionnel.
Cette réforme, soutenue financièrement par la Banque mondiale à travers le Programme accélérer la gouvernance institutionnelle et les réformes (PAGIR), veut moderniser une gouvernance parfois jugée trop verticale et renforcer la redevabilité devant les communautés éducatives.
Les COGES, moteur d’une gestion participative
Institués par le décret du quatre juin 2025, les COGES rassembleront enseignants, parents d’élèves, apprenants, collectivités locales et représentants de l’État autour d’un même tableau de bord, afin d’orienter priorités pédagogiques et dépenses courantes au plus près des besoins réels.
Le principe paraît simple : placer l’établissement au centre des décisions le concernant, donner la voix à ceux qui le font vivre et rendre traçables chacune des lignes budgétaires, depuis la subvention centrale jusqu’aux frais d’atelier ou de bibliothèque.
Banque mondiale et PAGIR, un partenariat stratégique
Derrière le label PAGIR se joue une collaboration affinée entre Brazzaville et la Banque mondiale, déjà active dans la santé et la protection sociale. L’éducation technique, pivot de l’employabilité des jeunes, bénéficie aujourd’hui d’une attention budgétaire singulière.
Les deux milliards et demi de francs CFA mobilisés pour cette première phase doivent financer outils numériques de reporting, formations des gestionnaires et visites d’audit. Il s’agit d’un investissement modeste au regard des effets attendus sur la qualité de service rendu aux familles.
À retenir
En ouvrant l’atelier, le ministre Ghislain Thierry Maguessa Ebomé a lancé un message clair : « J’espère qu’au sortir de cet atelier, nos établissements seront mieux gérés, que les ressources affectées seront bien orientées ».
Pour Estelle Nzambi Nzoussi, directrice des études et de la planification, l’installation des COGES traduit « une étape essentielle » vers une gouvernance conçue pour durer et se répliquer du primaire au supérieur.
Le point juridique et financier
Le décret du quatre juin 2025 précise la composition paritaire des COGES, leur mandat triennal renouvelable une fois et l’obligation de produire un rapport financier annuel publié au tableau d’affichage de l’école et transmis aux inspections régionales.
Les textes ouvrent également la porte à des financements innovants, comme les contributions volontaires d’entreprises locales ou les appuis des collectivités, sous réserve de leur inscription dans le budget primitif validé par le COGES et visé par le comptable public.
Implication des acteurs locaux
La philosophie du dispositif repose sur un principe de coresponsabilité : chaque franc confié à l’établissement doit pouvoir être retracé par un parent délégué, un apprenant élu ou un représentant de mairie, réduisant ainsi la distance entre décideur et usager.
Certains proviseurs voient déjà un atout pour dynamiser les conseils de discipline, d’autres saluent la possibilité de contractualiser des prestations d’entretien avec de petites entreprises proches, créant un cercle vertueux de confiance et d’efficacité.
Défis logistiques et formation
Le succès des COGES se jouera toutefois sur le terrain des compétences. Là où l’informatique demeure rare, renseigner un tableau financier mensuel ou abriter une visioconférence de suivi exigera appui technique et connectivité fiable.
Le ministère annonce déjà un module de formation accélérée pour présidents et secrétaires de comités, inspiré des pratiques d’écoles pilotes. Des kits solaires sont en cours de chiffrage pour alimenter les salles informatiques les plus éloignées.
Perspectives d’impact sur l’apprentissage
En favorisant une meilleure allocation des dotations, les COGES devraient réduire les ruptures de consommables en atelier, soutenir la maintenance des machines-outils et, partant, améliorer la qualité des travaux pratiques nécessaires à la certification des élèves.
À moyen terme, le ministère espère croiser les indicateurs financiers produits par les comités avec les taux de réussite aux examens, ouvrant la voie à un pilotage par la performance davantage adossé à des données vérifiables.
Une feuille de route déjà balisée
Le chronogramme issu de l’atelier prévoit la publication des arrêtés d’installation avant décembre 2025, puis l’élection des premiers bureaux au cours du second trimestre 2026, sous la supervision conjointe des ministères de l’Intérieur, des Finances et de l’Enseignement technique.
Une évaluation indépendante, financée par le PAGIR, dressera un premier bilan fin 2027. L’objectif est de détecter tôt les écarts de gouvernance et d’étendre le modèle aux centres de formation professionnelle hors scolaire.
Témoignages du terrain
« Le collège technique a souvent manqué de pièces de rechange pour les moteurs diesels, explique un enseignant. Un budget géré localement et validé par les parents nous évitera d’attendre des mois pour une simple courroie ».
Dans la même veine, une élève de terminale maintenance souligne que « la participation des apprenants montrera que nos idées comptent vraiment ». De quoi ancrer la réforme au cœur d’une génération qui aspire à plus de transparence.
