Un hémicycle dédié à la prévention
Derrière les boiseries solennelles de l’Assemblée nationale, le 29 octobre, l’ordinaire de la vie parlementaire a laissé place à un huis clos sanitaire.
Sous l’impulsion du président Isidore Mvouba, députés, personnels et experts se sont immergés dans les réalités des cancers du sein et du col de l’utérus, fléaux féminins souvent détectés trop tard.
L’Organisation mondiale de la santé, représentée par le Dr Vincent Dossou Sodjinou, a saisi l’occasion pour rappeler que la prévention coûte moins qu’une chimiothérapie et rapporte davantage qu’elle ne coûte à l’économie nationale.
Des chiffres qui interpellent
En 2022, le registre hospitalier a recensé 530 nouveaux cas de cancer au Congo, dont près de la moitié concernaient le sein ou le col, a rappelé la ministre Lydie Pongault.
Deux cent quarante-et-un décès, soit 45 %, témoignent de diagnostics trop tardifs et d’un accès encore inégal aux traitements spécialisés.
À l’échelle africaine, l’OMS estime que 70 % des patientes arrivent au stade métastatique, contre moins de 20 % dans les pays occidentaux, où mammographies et frottis sont routiniers.
Tabac, alcool, obésité et sédentarité figurent parmi les quatre facteurs de risque majeurs pointés par l’OMS ; ensemble, ils seraient responsables de près d’un tiers des nouveaux cas enregistrés dans le pays.
Le dépistage, première ligne de défense
Le Pr Judith Nsondé-Malanda a décrypté, images à l’appui, les signes précoces souvent banalisés : petite boule indolore, écoulement anormal ou douleur irrégulière.
Son collègue, le Pr Clotaire Itoua, a insisté sur l’auto-examen mensuel, geste gratuit pouvant sauver une vie, avant même la consultation.
Le Pr Donatien Moukassa a, pour sa part, détaillé un schéma de dépistage adapté aux réalités locales : clinique de district, infirmier formé, orientation rapide vers le CHU de Brazzaville.
Pour les spécialistes, généraliser ces étapes réduirait de 30 % la mortalité en cinq ans, à coût modéré, grâce à l’expertise déjà disponible.
Un programme de certification, piloté avec l’ONG Path, prévoit de former 500 sages-femmes supplémentaires d’ici 2025, afin que chaque district dispose d’au moins un professionnel capable de réaliser un frottis ou un examen clinique fiable.
La stratégie vaccinale anti-HPV
Le gouvernement a validé l’introduction, dans le calendrier vaccinal, d’un sérum anti-HPV destiné aux filles de 10 à 14 ans, une avancée saluée par l’OMS.
« Notre ambition est de couvrir 90 % des jeunes filles dès la première année de campagne », précise le Dr Sodjinou, soulignant que chaque tranche de 1 000 doses pourrait empêcher 50 futurs cancers du col.
Le coût unitaire du vaccin, subventionné via Gavi, descendrait à environ 1 600 francs CFA, rendant l’opération financièrement soutenable pour les collectivités locales appelées à cofinancer la campagne.
Les députés ont promis de relayer l’information dans leurs circonscriptions, via radios communautaires et associations de mères, pour lever les hésitations liées à la méconnaissance ou aux rumeurs.
Les élus, relais sanitaires de proximité
Pour Roland Bouiti Viaudo, deuxième vice-président de l’Assemblée, « chaque député est aussi un acteur de la santé publique ».
L’hémicycle entend mobiliser des crédits parlementaires pour financer des tournées de sensibilisation, en misant sur des partenariats avec les centres de santé de base.
Une commission ad hoc va également examiner la création d’un fonds d’appui aux patientes vulnérables, afin de réduire les abandons de traitement pour raison financière.
Le secteur privé, à travers la fédération des assureurs, a déjà proposé un mécanisme de micro-assurance destiné aux salariées, couvrant mammographies annuelles et premiers examens histologiques.
À retenir
Le dépistage précoce, l’auto-examen et la vaccination anti-HPV forment le triptyque défendu par les intervenants ; appliqué à grande échelle, il pourrait sauver des centaines de vies féminines chaque année au Congo.
Le point éco-social
Selon une étude du CHU, l’arrêt de travail moyen après un diagnostic de cancer atteint 24 mois, alors qu’un dépistage à un stade localisé divise presque par deux cette perte de productivité nationale.
Investir un franc dans la prévention en rapporterait jusqu’à cinq, plaide le ministère de la Santé, chiffres à l’appui des comptes nationaux de la santé 2022.
La journée parlementaire d’octobre confirme ainsi la volonté de placer la santé des femmes au centre des priorités publiques, à l’unisson avec la vision du chef de l’État d’un capital humain solide.
