La santé au travail sur le devant de la scène
À Brazzaville, l’atrium de la direction générale du Budget s’est mué, en début de semaine, en mini-centre médical. Glucomètres alignés et blouses blanches ont lancé la campagne de dépistage du diabète menée par le Lions club Brazzaville Lisalisi avec Diabaction.
Placée sous le thème national « Diabète et bien-être au travail », l’opération anticipe la Journée internationale célébrée chaque 14 novembre. Elle vise à rappeler que cette pathologie silencieuse pèse d’abord sur les performances professionnelles avant de frapper la santé familiale et l’équilibre budgétaire.
Un protocole de dépistage rigoureux
Dès l’accueil, chaque volontaire présente un état de jeûne relatif pour permettre la mesure capillaire. Taille, poids puis tension artérielle complètent la séance avant, le cas échéant, l’analyse d’une bandelette urinaire. Les données alimentent aussitôt le registre numérique central de Diabaction Congo.
Lorsque la glycémie reste comprise entre 0,70 et 1,10 gramme par litre, les spécialistes délivrent des conseils simples : alimentation diversifiée, reprise d’une activité physique régulière, hydratation suffisante. En zone de pré-diabète, l’entretien se prolonge, preuve qu’un message personnalisé augmente la chance d’éviter la maladie.
Au-delà du seuil critique de 1,26 g/l, un second test, gratuit, est programmé dans l’un des deux centres dédiés : la Maison bleue du diabète ou Diabc@re. « Nous voulons lever toute barrière économique », insiste Regla Bouenikalamio, présidente de la section Lisalisi implantée dans le quartier Mpila à Brazzaville.
Des chiffres qui interrogent la santé publique
Selon les estimations de la Fédération internationale du diabète, un adulte congolais sur quinze vivra avec la maladie d’ici 2030 si rien ne change. Le ministère de la Santé évoque déjà 125 000 cas déclarés, dont la moitié méconnus faute de dépistage précoce.
Selon l’OMS, 80 % des décès liés au diabète touchent les pays à revenu intermédiaire, rappelant l’urgence d’agir. À Brazzaville, une glycémie en laboratoire coûte plus que le salaire journalier minimum fixé à 4 500 francs CFA.
Face à ce paradoxe, la campagne Lisalisi apporte une donnée capitale : démontrer qu’un test gratuit, mobile et convivial attire le public. Le registre permettra d’affiner la cartographie des zones rouges urbaines et de confirmer ou non l’émergence de foyers ruraux dans le Pool.
Partenariats et responsabilité sociale
Le choix de la direction générale du Budget n’est pas anodin. L’administration concentre une population de fonctionnaires exposés au stress sédentaire. « En travaillant au cœur de la dépense publique, nous rappelons que la prévention est un investissement, pas une charge », souligne un cadre du ministère financier.
Le partenariat avec Diabaction s’appuie sur un modèle de mécénat sanitaire présenté lors du Forum sur la couverture maladie universelle. Les tests, les bandelettes et les premiers traitements sont financés par une cagnotte mixte réunissant fonds associatifs, dons privés et appui institutionnel complémentaire national.
De son côté, l’Organisation mondiale de la santé Congo assure la fourniture de supports pédagogiques standardisés, tandis que la Fédération internationale du diabète certifie la qualité du protocole. Cette convergence renforce la visibilité du Congo dans les classements africains de bonnes pratiques sanitaires.
Perspectives d’élargissement national
À terme, 1 500 agents devraient être testés sur le site pilote, puis la caravane médicale s’installera dans les paroisses, marchés et universités de Brazzaville avant de rejoindre Pointe-Noire. Les organisateurs entendent ainsi toucher 10 000 personnes d’ici fin 2024 sur l’ensemble national.
Le succès conditionnera l’extension au nord du pays, où l’accessibilité aux soins demeure un enjeu. Des discussions sont en cours avec la Caisse nationale d’assurance maladie et l’ONG Santé Sud pour équiper trois hôpitaux de machines d’hémoglobine glyquée portables dès le prochain semestre fiscal.
Regla Bouenikalamio espère également nouer un partenariat avec des opérateurs télécoms afin d’envoyer des rappels par SMS aux patients pré-diabétiques. Des tests pilotes menés au Kenya montrent qu’un simple message hebdomadaire réduit de 18 % la progression vers le diabète confirmé selon une étude publiée récemment.
À retenir
À retenir : le dépistage gratuit lancé à Brazzaville ne se limite pas à un geste de solidarité, il s’inscrit dans un mouvement mondial visant à freiner une pathologie dont le coût représentera 2 % du PIB africain d’ici dix ans.
L’engagement d’acteurs non étatiques, soutenus par les autorités, illustre une gouvernance sanitaire participative en accord avec les objectifs du Plan national de développement 2022-2026, lequel fait de la prévention la clé de la consolidation du capital humain congolais et dynamique économique.
Le point économique
Le diabète pèse déjà 17 milliards de francs CFA par an en dépenses directes au Congo, selon la Société congolaise d’endocrinologie. Réduire ne serait-ce que 10 % de nouveaux cas libérerait des ressources pour l’éducation, secteur prioritaire du budget 2024 présenté au Parlement en octobre.
En encourageant l’entreprise privée à participer au financement du dépistage, le gouvernement limite la pression sur l’assurance maladie publique tout en stimulant un marché naissant de dispositifs médicaux locaux, susceptible de générer emplois et innovations sous l’impulsion des start-ups biotechnologiques congolaises à court et moyen.
