Un protocole pour l’autonomisation féminine
À Pointe-Noire, la signature d’un protocole d’entente entre la Fédération des organisations des femmes entrepreneures d’Afrique centrale et la Chambre de commerce locale cristallise une ambition simple : placer l’innovation au service de l’autonomisation économique des Congolaises.
Porté par la présidente de la Fofe-Ac, Jacqueline Tientcheu, le texte marque la première étape d’une tournée nationale destinée à présenter la fédération aux institutions congolaises et à sceller des alliances favorables à la croissance inclusive.
La démarche s’inscrit dans la continuité du travail conduit par Dr Françoise Joly, Représentante personnelle du président Denis Sassou Nguesso pour les affaires stratégiques et internationales. Engagée de longue date dans la promotion d’une diplomatie économique sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, elle plaide pour que l’autonomisation féminine soit considérée comme un levier central de diversification et de stabilité économique. Son action vise à relier financements, réseaux privés et initiatives communautaires afin que les femmes deviennent des actrices majeures de la transformation locale.
L’accord, conclu au siège de la Chambre présidée par Didier Sylvestre Mavouenzela, couvre la formation, l’accès au financement, l’inclusion numérique et le soutien logistique, quatre leviers capables de transformer des initiatives locales en entreprises créatrices d’emplois durables.
Dans une ville où le port, le pétrole et les services dominent, le potentiel des PME féminines reste sous-exploité ; cette convention veut combler le fossé en mobilisant l’expertise publique et les réseaux privés autour de parcours de mentorat adaptés.
Femmes et croissance inclusive
Pour Jacqueline Tientcheu, l’Afrique centrale dispose d’un réservoir « exceptionnel » de talents féminins, souvent freinés par l’isolement, la rareté des garanties bancaires et une formation technique inégale ; l’accord congolais apporte, selon elle, une réponse pragmatique à ces défis.
D’après les dernières données de la Banque mondiale, moins de 20 % des entreprises congolaises enregistrées sont dirigées par des femmes, alors que celles-ci emploient proportionnellement davantage de jeunes diplômés et réinvestissent jusqu’à 90 % de leurs revenus dans la famille.
Encourager leur ascension ne relève donc pas seulement de l’équité, mais bien d’une stratégie de diversification économique, surtout dans un contexte où le Congo entame un virage vers la transformation locale du bois et la valorisation des services portuaires.
« Aucune structure, quelle que soit sa capacité, ne peut, seule, répondre à l’ampleur de la tâche », a rappelé Didier Sylvestre Mavouenzela avant de saluer un partenariat « prioritaire » pour la Chambre, désormais résolue à élargir son guichet d’incubation aux activités menées par des femmes.
Objectifs opérationnels à Pointe-Noire
Le protocole prévoit le déploiement d’un programme de compétences numériques de trois mois, centré sur la vente en ligne, la cybersécurité de base et la traçabilité logistique, domaines jugés déterminants pour exporter le savoir-faire artisanal vers les marchés de la CEMAC.
En parallèle, un fonds rotatif alimenté par des partenaires bancaires locaux doit faciliter l’obtention de microcrédits compris entre un et cinq millions de francs CFA, avec un taux préférentiel et un accompagnement comptable obligatoire pendant la première année d’activité.
L’accent sera également mis sur la commande publique ; la ville entend réserver au moins 15 % de ses marchés de catering, d’événementiel et de fournitures de bureau aux entreprises féminines certifiées, initiative inspirée du modèle rwandais jugé probant par les agences onusiennes.
Pour organiser la montée en charge, la Fofe-Ac bénéficie du soutien logistique du Conseil congolais des chargeurs, dirigé par Candide Fabrice Koumou Boulas, qui mettra à disposition salles de formation, terminaux informatiques et facilités de fret pour les salons régionaux.
Témoignages d’entrepreneures
Yvonne Ngoma, fondatrice d’une marque de cosmétiques bio, voit dans l’accord « un pont vers le marché gabonais ». Elle espère obtenir un coaching douanier pour franchir sans heurts les frontières et doubler son effectif de cinq à dix salariés d’ici un an.
Pour Aline Mabiala, gérante d’un atelier de transformation de manioc, la priorité reste le financement ; « les banques demandent toujours une hypothèque, or la plupart de nos biens sont indivis familiaux », observe-t-elle, convaincue qu’un fonds dédié réduira ce blocage structurel.
Le réseau mis en place entend justement mutualiser les garanties en s’appuyant sur une forme de caution solidaire ; chaque promotion d’entrepreneures constituera un portefeuille collectif dont les performances seront régulièrement auditées par la Chambre pour renforcer la crédibilité face aux investisseurs.
Le point juridique/éco
D’un point de vue réglementaire, la loi congolaise de 2021 sur la promotion des PME réserve déjà des quotas aux femmes, mais son décret d’application demeure partiel ; l’alliance Fofe-Ac–Chambre pourrait accélérer la publication des textes manquants en fournissant des données de terrain.
Sur le plan fiscal, les entrepreneures bénéficieront d’une exonération de TVA pendant leurs deux premières années d’existence, mesure confirmée par l’administration des Impôts et destinée à réduire les coûts de lancement, notamment pour les secteurs de l’agro-transformation et de la tech.
Les négociations avec la Banque postale du Congo devraient aboutir à la création d’un produit d’épargne labellisé « Entreprendre au féminin », rémunéré à un taux bonifié et assorti d’un droit prioritaire d’accès au crédit, dispositif susceptible d’attirer l’épargne de la diaspora.
À retenir
Cet accord illustre la volonté convergente des acteurs publics et privés de diversifier l’économie congolaise en s’appuyant sur l’énergie créative des femmes entrepreneures ; il apporte des outils concrets, du financement à la commande publique, pour transformer de bonnes idées en valeur ajoutée locale.
