Choc sur la nationale 1
Le 2 décembre, au kilomètre 175 de la nationale 1, la berline grise de Jean Enoch Ngoma Kengué a brusquement quitté sa trajectoire. L’éclatement d’un pneu avant a transformé le trajet partisan vers Madingou en tragédie nationale.
Dans les minutes qui ont suivi, son chauffeur et deux passagers ont tenté des manœuvres désespérées. Les secouristes arrivés depuis Boko n’ont pu que constater le décès du conseiller départemental, figure familière des meetings du Parti congolais du travail.
Un parcours politique enraciné au PCT
Né en 1957, Jean Enoch Ngoma a grandi dans les ruelles sableuses de Makélékélé avant de rejoindre, à vingt ans, les rangs du PCT, alors colonne vertébrale de la révolution congolaise.
Ses condisciples se souviennent d’un militant assidu, jamais avare d’un tract ni d’une nuit d’affichage. Cette constance lui vaut d’intégrer le Comité central puis la Commission nationale de contrôle et d’évaluation, organe stratégique veillant à l’orthodoxie du parti.
Conseiller municipal, adjoint au maire de Brazzaville, puis préfet du Pool, il cultive une réputation de praticien du terrain, préférant les tournées de quartiers aux plateaux de télévision, racontent des sources administratives proches du dossier.
Administrateur de terrain et élu de proximité
À la tête du département du Pool, il accompagne la mise en œuvre du Programme d’urgence pour la relance de la zone, lancé en 2018 pour raffermir la paix et reconstruire les infrastructures détruites lors des troubles.
Ses collaborateurs saluent un préfet accessible, à l’écoute des chefs de village et des coopératives féminines, attentif aux cahiers de doléances qu’il remonte régulièrement aux ministères sectoriels.
Promoteur du jeu de dames congolais
Passionné d’arts martiaux dans sa jeunesse, il découvre tardivement le jeu de dames, fasciné par la géométrie du damier. En 2020, il est porté à la présidence de la Fédération congolaise, alors en quête de restructuration.
Sous sa houlette, l’équipe nationale décroche en novembre 2024, à Ouagadougou, une médaille d’or historique. Reçu le 22 avril dernier par le président du Sénat, il promettait « de nouveaux podiums, pour hisser le drapeau au-delà des échecs et mat ».
Sécurité routière : le rappel à la vigilance
L’accident relance le débat sur la sécurité des axes nationaux, alors que le gouvernement a doublé les patrouilles et lancé en juin une campagne « route sûre » concentrée sur le contrôle technique et la sensibilisation des conducteurs de poids lourds.
D’après la Direction générale de la sécurité routière, les éclatements de pneus représentent 13 % des sinistres mortels. Un taux en recul depuis 2021, mais qui rappelle l’urgence d’un meilleur entretien du parc automobile circulant entre Brazzaville et Pointe-Noire.
Le ministère des Transports annonce pour 2025 la mise en service de nouvelles aires de repos dotées de centres de gonflage et de scanners de pneus, un projet financé avec l’appui de la Banque africaine de développement.
Les compagnies pétrolières, grands utilisateurs de la RN1, se disent prêtes à financer des stations de contrôle mobile. « La sécurité de nos collaborateurs passe par l’amélioration du réseau », relève un cadre de TotalEnergies, saluant l’engagement des autorités.
À retenir
À retenir : la disparition d’un cadre rassembleur, le rappel à la prudence sur la RN1 et la confirmation des ambitions sportives que portait Jean Enoch Ngoma pour le jeu de dames congolais.
Le point juridique/éco
Le parquet de Kinkala a ouvert une enquête de routine pour déterminer les causes exactes de l’incident et la conformité du véhicule, une procédure obligatoire depuis la réforme routière de 2019 qui renforce la responsabilité civile des transporteurs.
Sur le plan assurantiel, la Société nationale des pétroles, actionnaire de la compagnie d’assurance du défunt, confirme que les ayants droit bénéficieront d’une indemnisation couvrant les frais funéraires et un capital décès, conformément au Code des assurances.
Quelles suites pour le parti ?
Au siège du PCT, boulevard Denis-Sassou-Nguesso, les drapeaux ont été mis en berne. Le secrétaire permanent, Pierre Moussa, salue « un camarade exemplaire dont l’humilité demeurera référence » et annonce une veillée militante ouverte au public.
La direction politique doit pourvoir son siège à la Commission de contrôle. Selon des sources proches du Bureau, le choix pourrait se porter sur une personnalité issue du Pool afin de respecter l’équilibre régional instauré lors du dernier congrès.
Au-delà des considérations organiques, les analystes estiment que la disparition de ce médiateur naturel laisse un vide dans la coordination des sections urbaines et rurales, à l’heure où le parti prépare les consultations locales de 2026.
Dans la diaspora, plusieurs coordinations PCT d’Europe et d’Amérique du Nord annoncent des messes en mémoire. Sur les réseaux sociaux, des internautes soulignent sa capacité à « fédérer sans jamais polémiquer », un atout rare dans un paysage partisan souvent clivé.
La famille biologique prévoit des obsèques à Kintélé, tandis que l’Assemblée nationale pourrait observer une minute de silence lors de la prochaine séance plénière, signe de l’estime transpartisane que suscitait l’ancien préfet.
