Reconnaissance municipale stratégique
Ville carrefour du Niari, Dolisie a adopté, à l’issue d’une session municipale très suivie, deux délibérations érigeant Maixent Raoul Ominga et Rémy Ayayos Ikounga en citoyens d’honneur. Derrière la distinction symbolique se dessinent une stratégie d’attractivité et un récit urbain assumé.
En offrant ce titre rarissime, le conseil veut rappeler qu’aucune politique de modernisation ne réussit sans alliés capables d’investir des ressources financières, techniques ou relationnelles. La démarche représente aussi un signal adressé aux autres cadres natifs du Niari : la ville leur ouvre ses portes.
La session extraordinaire, présidée par l’adjoint au maire Félicien Nzaou, s’est déroulée à huis clos, mais les couloirs de l’hôtel de ville bruissaient de commentaires sur le futur visage de Dolisie : lycée moderne, réhabilitation sportive, partenariats public-privé et recettes fiscales dynamisées.
Profil de Maixent Raoul Ominga
Premier distingué, Maixent Raoul Ominga dirige depuis 2016 la Société nationale des pétroles du Congo. Ingénieur pétrolier formé au Canada, il incarne le pragmatisme de la filière hydrocarbures congolaise : combiner production, responsabilité sociétale et diversification des territoires d’ancrage.
L’exécutif municipal met en avant sa capacité à convertir la présence de la SNPC en retombées concrètes pour la jeunesse. « Nous ne voulons pas seulement des pompes à essence, nous voulons des classes éclairées », a résumé un conseiller sous anonymat à l’issue des débats.
Le pari éducatif du lycée interdépartemental
D’une capacité initiale de 1 200 élèves, le futur lycée interdépartemental s’élève déjà sur la piste de Tamba-Londji. Ominga a obtenu des ingénieurs un calendrier de livraison resserré : rentrée 2025 pour les premières promotions scientifiques, selon la direction provinciale de l’Éducation.
L’établissement comprendra des laboratoires de chimie, un internat mixte et une bibliothèque numérique raccordée à la fibre d’Ellacci Telecom. Le chantier emploie pour l’heure 180 ouvriers, dont 70 % résidents de Dolisie, confirmant l’effet multiplicateur d’un investissement piloté localement.
Signe politique fort, le comité de suivi inclut trois élus d’opposition, invités à contrôler l’affectation budgétaire. « Les controverses sur les infrastructures fantômes appartiennent au passé », ironise un agent de préfecture, convaincu que la transparence consolide la crédibilité de la municipalité.
Rémy Ayayos Ikounga et l’épopée AC Léopards
Deuxième lauréat, Rémy Ayayos Ikounga, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, préside l’Association des anciens enfants de troupes mais aussi l’AC Léopards, club d’élite qui a offert à Dolisie une Coupe de la Confédération en 2012 et une visibilité durable.
Sous son impulsion, le stade Denis Sassou Nguesso s’est doté d’écrans LED et d’une pelouse hybride homologuée par la CAF. Les matches attirent désormais des supporters venus de Libreville ou Pointe-Noire, restaurant une économie de week-end faite d’hôtels pleins et de terrasses animées.
La mairie estime que chaque rencontre de championnat injecte près de 25 millions de francs CFA dans le commerce local. En retour, le club bénéficie d’une exonération partielle de taxes sur les spectacles, preuve qu’un partenariat équilibré peut soutenir le rayonnement territorial.
Les coulisses de la délibération
Réunis du 21 au 23 octobre, les conseillers ont examiné quatre points, mais seuls les titres honorifiques ont été adoptés. Les débats sur la débaptisation d’écoles, jugés prématurés, ont été renvoyés à une session ultérieure afin d’éviter toute friction avec le conseil départemental.
« Nous avançons pas à pas, en respectant les compétences partagées entre niveaux de pouvoir », a rappelé le rapporteur Ghislain Rodrigue Nguimbi. L’attitude prudente tranche avec l’âpreté de précédentes sessions, signe, pour plusieurs observateurs, d’une maturité institutionnelle grandissante.
Pour valider l’honorariat, la majorité simple suffisait. Toutefois, la décision a été prise à l’unanimité moins une abstention, gage d’un consensus rare dans une assemblée où siègent huit formations politiques. Cette cohésion devrait faciliter l’exécution budgétaire du quatrième trimestre.
À retenir
En consacrant un patron pétrolier et un dirigeant sportif, Dolisie articule deux leviers de développement complémentaires : l’éducation scientifique et l’économie du spectacle. L’accueil enthousiaste des habitants montre que la reconnaissance municipale demeure un puissant outil d’engagement civique.
Le point juridique/éco
La loi du 21 mai 2019 sur la répartition des compétences réserve l’éducation générale au département alors que la culture sportive peut relever de la commune. En se cantonnant aux honneurs, le conseil de Dolisie reste dans son périmètre et évite toute annulation préfectorale.
Sur le volet économique, l’honorariat ne coûte à la municipalité qu’un parchemin calligraphié et une cérémonie ; en revanche, il ouvre la voie à d’éventuels contrats de mécénat. Les finances locales, fragilisées par la pandémie, peuvent y trouver un relais bienvenu.
Perspectives régionales
Le Niari, troisième contributeur au PIB congolais, observe avec intérêt l’expérience dolisienne. Selon le professeur d’économie Pierre Sambou, « la compétition entre localités se joue désormais sur l’attractivité sociale, pas seulement sur les zones industrielles ». Les citoyens d’honneur deviennent alors des ambassadeurs informels.
D’autres communes, à commencer par Mossendjo et Madingou, envisagent déjà de s’inspirer de cette démarche pour mobiliser diaspora et opérateurs privés. La dynamique pourrait renforcer, à terme, la cohésion au sein de la CEMAC, dont le Congo assure la présidence tournante.
