Un pont solidaire entre Seine et Congo
La salle des fêtes de Port-Marly, tout près de la Seine, a vibré au rythme d’une cause qui dépasse les frontières. Le 6 décembre, l’association Cedestone, fondée par Cedella Madina Tathy, a réuni plus de deux cents convives pour célébrer l’espoir et la différence.
Dîner de gala, ventes aux enchères d’œuvres d’art afro-contemporain et performances musicales ont composé un programme pensé pour conjuguer plaisir, engagement et générosité. Les bénéfices, intégralement reversés au projet de centre spécialisé à Brazzaville, traduisent une volonté : connecter la diaspora aux besoins sociaux du pays d’origine.
Objectif : l’Institut Warren à Brazzaville
Au cœur de la soirée, une vidéo immersive a présenté l’ébauche architecturale de l’Institut psychoéducatif et social Warren. Prévu dans le quartier Mfilou, le futur bâtiment hébergera salles de classe adaptées, ateliers sensoriels et espaces de répit pour les familles.
Cedella Madina Tathy rappelle que chaque gala rapproche l’objectif budgétaire fixé à 450 000 euros. « Nous avons déjà sécurisé un tiers de la somme grâce à nos deux premières éditions. Ce nouvel élan nous permettra de lancer le chantier pilote dès la saison sèche prochaine », précise-t-elle, sourire confiant.
Le comité scientifique du projet, composé de pédopsychiatres congolais et français, travaille à un curriculum adapté aux réalités locales. L’enjeu est double : proposer une prise en charge précoce et former des professionnels capables de diffuser de bonnes pratiques dans tout le pays.
L’autisme, une différence à accompagner
Selon l’Organisation mondiale de la santé, un enfant sur cent est concerné par un trouble du spectre de l’autisme. Au Congo-Brazzaville, aucun recensement exhaustif n’existe encore, mais les associations estiment plusieurs milliers de cas non diagnostiqués.
« L’autisme n’est pas une maladie à guérir mais une manière singulière d’être au monde », rappelle Armand Rémy Balloud-Tabawe, ministre-conseiller à l’ambassade du Congo en France, déplacement spécial du soir. Le diplomate plaide pour « un regard débarrassé de la pitié et nourri de respect ».
Dans de nombreux pays africains, le manque de structures entraîne stigmatisation et isolement. L’Institut Warren ambitionne de casser ce cercle vicieux en apportant un accompagnement éducatif et social, mais aussi un discours public positif susceptible d’influencer les politiques publiques émergentes.
Diplomatie et engagement sociétal
Envoyé par l’ambassadeur Rodolphe Adada, Armand Rémy Balloud-Tabawe a tenu à lier action associative et image internationale du Congo. « Notre pays se veut moteur d’inclusion sur le continent », affirme-t-il, saluant « la persévérance admirable » des bénévoles.
La présence d’élus des Yvelines, de chefs d’entreprise de la diaspora et de représentants d’ONG françaises a transformé le gala en plateforme de networking. Les discours ont souligné que les investissements sociaux constituent un levier de diplomatie douce, complétant les partenariats économiques plus classiques entre Paris et Brazzaville.
Le stand du ministère congolais des Affaires sociales exposait, pour la première fois en France, le projet de stratégie nationale de l’autisme 2025-2030, actuellement en consultation. Une façon de montrer que l’action citoyenne nourrit la réflexion institutionnelle.
Prochaines étapes et enjeux financiers
Au terme de la soirée, le compteur affichait 78 000 euros, un record pour l’association. L’enveloppe permettra de finaliser les études géotechniques du terrain, de commander le matériel sensoriel importé et de financer un premier cycle de formation d’éducateurs spécialisés à l’université Marien-Ngouabi.
Cedella Madina Tathy confie néanmoins que la durabilité du projet passera par un modèle hybride combinant subventions publiques, mécénat privé et participation symbolique des familles. « Nous ne voulons pas d’une structure perçue comme un luxe, mais comme un droit accessible à tous », insiste-t-elle.
Un évènement sportif caritatif est déjà programmé à Brazzaville au début de la prochaine année scolaire. Objectif : sensibiliser sur place, mobiliser les entreprises locales et tisser un réseau de volontaires qui prolongera, sur le terrain congolais, l’élan né sur les bords de Seine.
À retenir
Une mobilisation transnationale a réuni plus de 200 invités autour de l’autisme, récoltant 78 000 euros. Cedestone vise 450 000 euros pour l’Institut Warren, première structure spécialisée de Brazzaville. La diplomatie congolaise soutient activement l’initiative, symbole d’une gouvernance attentive aux enjeux sociaux.
Le point éco
La Banque mondiale estime qu’une prise en charge adaptée de l’autisme augmente de 70 % la probabilité d’intégration professionnelle à l’âge adulte. Pour un pays où 60 % de la population a moins de 25 ans, l’investissement social devient donc un facteur de croissance inclusive et durable.
