Un anniversaire fédérateur à Pointe-Noire
Le 26 novembre, le centre culturel de Mpaka a résonné des voix d’enfants venus célébrer, avec quelques jours de décalage, la Convention internationale des droits de l’enfant. À la tribune, Arle Ntonta, directeur du Samusocial Pointe-Noire, rappelait l’esprit d’un texte adopté en 1989.
Autour de lui se tenaient des représentants de structures locales d’accueil, d’éducateurs et d’invités des autorités urbaines. Tous saluaient l’initiative d’offrir une scène à la jeunesse pour qu’elle exprime ses attentes dans une atmosphère festive, mais aussi empreinte de responsabilité collective.
Depuis 1993, date de ratification par la République du Congo, la commémoration est devenue un rendez-vous important du calendrier associatif. Cette édition, placée sous le thème « Ma journée, mes droits », entendait renforcer la dynamique participative au bénéfice des enfants les plus vulnérables.
Les enfants porte-voix de leurs droits
Devant des rangées d’invités attentifs, une troupe de jeunes comédiens a déroulé une saynète illustrant le droit à l’identité. Dans un décor minimaliste, les protagonistes retrouvaient un acte de naissance perdu, symbole d’une existence pleinement reconnue.
Les numéros de danse traditionnelle ont, eux, porté un plaidoyer pour l’accès à la santé. Au rythme du tam-tam, les enfants invitaient le public à soutenir la vaccination et la nutrition scolaire, leviers d’un développement harmonieux sur lesquels insiste régulièrement le ministère des Affaires sociales.
Des chansons écrites pour l’occasion ont rappelé la nécessité d’une justice adaptée à l’âge, écho aux audiences dédiées aux mineurs désormais organisées dans plusieurs tribunaux du pays. « Nous voulons être entendus, pas jugés comme des adultes », a lancé une soliste de dix ans.
Un réseau d’acteurs mobiles
Créé il y a plus de vingt ans, le Samusocial sillonne chaque nuit les artères de Pointe-Noire. Médecins, psychologues et éducateurs à bord d’un camion aménagé prodiguent soins d’urgence, écoute et orientation vers les services sociaux.
Arle Ntonta rappelle que l’équipe identifie chaque année entre cent cinquante et deux cents nouveaux mineurs vivant dans la rue. Beaucoup se sont éloignés de leur foyer après un décès, une séparation ou la déscolarisation, situations où se brouille la ligne entre vulnérabilité et danger.
Pour renforcer son action, le Samusocial s’appuie sur le Réseau des intervenants sur le phénomène des enfants en rupture, REIPER. Ce maillage facilite le suivi des parcours et la recherche de solutions pérennes, depuis la médiation familiale jusqu’à l’insertion professionnelle.
Le soutien institutionnel et international
L’édition 2023 a bénéficié d’un financement conjoint de l’Union européenne et de l’Agence française de développement. Cette enveloppe a couvert la logistique, les ateliers artistiques et les frais de sensibilisation, signe d’un partenariat Nord-Sud durable.
Les autorités municipales, présentes dans la salle, ont réaffirmé leur appui aux initiatives visant à réduire la vulnérabilité infantile. Un représentant de la direction départementale des Affaires sociales a salué « un exemple concret de subsidiarité entre secteur public et société civile ».
À Brazzaville, le ministère de la Promotion de la femme et de l’Intégration de la femme au développement suit de près les résultats engrangés sur le terrain, dans le cadre du Plan national de développement 2022-2026, qui consacre un volet prioritaire à la protection de l’enfance.
À retenir
La célébration a conjugué expression artistique et plaidoyer, rappelant l’importance des droits à la santé, à l’identité, à l’éducation et à la justice. Soutenue par des partenaires internationaux, l’action du Samusocial illustre une mobilisation convergente en faveur des enfants les plus exposés de Pointe-Noire.
Le point juridique/éco
Sur le plan normatif, la République du Congo a harmonisé plusieurs codes sectoriels avec la Convention, notamment en matière de justice juvénile et de lutte contre la traite. La loi de 2010 sur la protection de l’enfant sert de socle aux politiques sociales actuelles.
Sur le terrain budgétaire, le Programme d’investissement public accorde une priorité croissante aux centres d’hébergement et aux cantines scolaires. Ces enveloppes, lorsqu’elles sont combinées aux apports des bailleurs et des ONG, permettent de dégager des effets levier non négligeables.
Analystes et ONG estiment cependant que la collecte statistique doit encore s’améliorer pour mesurer avec précision l’impact des politiques. Les autorités ont annoncé l’extension prochaine du Registre national d’identification afin de mieux documenter la situation des mineurs.
Perspectives pour une génération protégée
Pour Emmanuel Mbikina, bénévole actif, l’enjeu n’est pas seulement de secourir, mais aussi de révéler des talents. Des ateliers de dessin et de percussions mis en place cette année ont déjà permis à une trentaine d’enfants de rejoindre le parcours scolaire ou la formation technique.
Sur les bancs, plusieurs parents sensibilisés ont témoigné de leur volonté de réintégrer leurs enfants. « Ce contact direct avec les équipes mobiles change la donne », confie une mère venue récupérer son fils après six mois d’errance.
À plus long terme, le Samusocial souhaite déployer une application mobile simplifiant le signalement d’un enfant en détresse. Le projet, encore en phase pilote, associe ingénieurs locaux et partenaires européens dans une logique de transfert de compétences.
Parallèlement, la mairie de Pointe-Noire étudie la création d’un comité consultatif jeunesse chargé de formuler des recommandations sur l’espace public, la sûreté routière et l’accès aux loisirs. Cette reconnaissance institutionnelle de la parole enfantine s’inscrit dans l’esprit de la Convention.
En refermant la cérémonie, Arle Ntonta a martelé que « la rue ne doit pas être un destin ». La salle s’est levée, applaudissant des enfants déterminés à conserver, pour longtemps, le micro qui leur avait été tendu.
