Accord de récoltes précoces Congo-Chine
Signé en marge de la China International Import Expo de Shanghai, l’accord Cadepa propulse Brazzaville au rang de premier bénéficiaire africain du dispositif des “récoltes précoces”, qui ouvre sans droits de douane le marché chinois à une sélection de produits agricoles congolais dès son entrée en vigueur effective.
Pour Denis Christel Sassou Nguesso, ministre de la Coopération internationale, cette signature est « un jalon concret vers la diversification de notre économie et la sécurisation alimentaire des ménages », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à la presse congolaise avant de présenter le parapheur officiel aux caméras rassemblées.
Son homologue chinois, Wang Wentao, a salué « une alliance gagnant-gagnant qui démontre la profondeur de l’amitié sino-congolaise » et a promis un appui technique destiné à optimiser les chaînes logistiques afin que les premières cargaisons quittent Pointe-Noire vers les ports côtiers chinois dès 2024 au plus tôt.
Un tremplin pour la diversification agricole
Le ministère de l’Agriculture a identifié le cacao, le café, l’ananas, le piment et le manioc transformé comme premiers candidats à l’exonération tarifaire, chaque filière ayant déjà fait l’objet de programmes pilotes financés par la Banque africaine de développement et soutenus par des opérateurs privés chinois depuis 2021.
À Sibiti, des coopératives voient déjà une progression de la demande asiatique via des traders installés à Guangzhou, selon le président de l’Union nationale des producteurs de cacao, qui anticipe une hausse de revenus agricoles de 25 % « si la logistique suit », précise-t-il, prudent mais enthousiaste ce jour.
Des débouchés immédiats vers le marché chinois
L’accord stipule que 90 % des produits listés bénéficieront d’un accès à taux zéro dès la première année, tandis que les 10 % restants verront les tarifs décroître progressivement sur trois ans, calendrier jugé « réaliste » par les douanes congolaises déjà formées aux nouveaux certificats sanitaires et procédures d’export numériques.
Un protocole d’inspection conjointe, signé par l’Agence congolaise de normalisation et l’Administration générale chinoise des douanes, prévoit l’envoi mensuel de vétérinaires, phytopathologistes et informaticiens pour fiabiliser les données, une attention cruciale depuis la pandémie qui a renforcé l’exigence de traçabilité sur les marchés asiatiques à haut niveau sanitaire.
Les armateurs installés au Port Autonome de Pointe-Noire tablent sur un doublement du trafic de conteneurs réfrigérés d’ici deux ans, grâce à l’entrée en exploitation de la zone logistique de Maloukou, raccordée au chemin de fer et aux terminaux fluviaux du Pool qui fluidifiera l’envoi vers Shenzhen directement.
Engrenage diplomatique et historique
L’aboutissement du Cadepa s’inscrit dans la lignée des promesses faites par le Président Xi Jinping lors du sommet FOCAC 2021, où il avait exhorté à « importer pour 300 milliards de dollars de produits africains d’ici 2035 », objectif que ce premier accord continental vient symboliquement amorcer pour le Congo.
Brazzaville, qui co-préside le FOCAC, renforce ainsi sa visibilité au sein des forums multilatéraux, capitalisant sur trois décennies d’échanges politiques réguliers, de la construction du complexe sino-congolais de M’pila aux récents financements de routes et hôpitaux régionaux, érigés comme vitrines du partenariat Sud-Sud aux ambitions partagées et durables.
Le point économique et juridique
Le ministère des Finances estime à 22 millions de dollars les recettes fiscales indirectes générées sur cinq ans par l’essor des exportations, compensant largement la perte douanière immédiate, tandis que le FMI salue un « catalyseur de balance courante positive » dans sa note d’évaluation semestrielle publiée ce mois-ci officiellement.
Sur le plan normatif, l’accord sera soumis aux deux Parlements avant ratification définitive, mais la clause d’application provisoire protège les opérateurs qui signeront dès maintenant des contrats d’exportation, un mécanisme inspiré d’accords OMS permettant de sécuriser juridiquement les transactions avant la fin du processus législatif en toute confiance.
À retenir
À signaler, la formation de 200 techniciens agricoles congolais débutera en janvier à l’Institut de coopération économique de Hunan, avec un programme mixte sols climats numériques ; ils deviendront les futurs relais locaux pour appliquer les normes phytosanitaires exigées par Pékin et valoriser les résidus en bio-énergie durable.
Les banques commerciales locales, emmenées par la BGFIBank Congo, ont ouvert des lignes de crédit adossées à des garanties Sinosure, plafonnées à 50 millions de dollars, pour préfinancer l’acquisition de matériels de conditionnement sous vide, condition sine qua non pour conserver la qualité des fruits tropicaux pendant la traversée maritime.
Le Programme des Nations unies pour le développement prévoit d’accompagner l’État par un projet pilote de « hub agricole vert » à Mindouli, doté d’une micro-centrale solaire et d’un laboratoire mobile d’analyse des sols, afin de mesurer l’impact environnemental réel des cultures destinées au marché chinois à moyen terme.
À moyen terme, le gouvernement table sur 15 000 emplois directs créés dans les zones rurales, dont 40 % réservés aux jeunes, objectif inscrit dans le Plan national de développement 2022-2026 ; un comité de suivi bimestriel, associant société civile et bailleurs, en évaluera les avancées concrètes dès cette année.
