Dernier hommage national
Le mausolée Marien-Ngouabi, haut lieu de la mémoire politique congolaise, a résonné, le 26 décembre, des chants et oraisons dédiés à Jean Enoch Ngoma Nkengué et Jean Michel Mavoungou Ngot, décédés début décembre dans des circonstances distinctes mais unis par un même engagement partisan.
Le président de la République, Denis Sassou Nguesso, premier responsable du comité central du Parti congolais du travail, a déposé deux gerbes au pied des catafalques dressés au siège fédéral de Mpila avant de suivre le cortège jusqu’au mausolée, confirmant l’importance accordée à ces serviteurs de l’État.
Jean Enoch Ngoma, un demi-siècle de fidélité
Né en 1948 à Brazzaville, Jean Enoch Ngoma a traversé les mutations du Congo moderne sans jamais quitter la ligne du parti, qu’il rejoint officiellement en 1984 après une carrière pédagogique récompensée par un certificat d’aptitude au cours normal de Fort-Rousset.
Ambitieux et studieux, il décroche un baccalauréat A4 en 1970 puis, en cours de carrière, un diplôme supérieur de journalisme à l’École du parti en 1991, scellant un profil à la fois intellectuel et militant loué par Serge Michel Odzocki dans l’oraison funèbre.
Durant la décennie 1983-1993, il dirige le journal « Jeunesse et Révolution » avant de prendre la tête de la presse nationale du département Propagande et Information, façonnant un langage politique soucieux de pédagogie auprès de la jeunesse.
Successivement préfet du Pool, adjoint au maire de Brazzaville et premier vice-président du conseil municipal, il terminait sa trajectoire comme premier membre de la Commission de contrôle et de vérification du PCT, poste stratégique qu’il occupait depuis 2009.
Un bâtisseur de territoires
Les hommages officiels ont insisté sur son sens des responsabilités pendant les périodes de recomposition interne du parti, notamment lorsqu’il sut réconcilier deux courants adverses au tournant des années 1990, démontrant un esprit d’équilibre salué par le président de la CNCE.
Le conseil départemental de Brazzaville et le collectif des sénateurs élus dans la capitale ont rappelé son expertise de terrain : « Il incarnait le trait d’union entre l’administration locale et la vision nationale », a résumé Dieudonné Bantismba lors de la veillée.
Jean Michel Mavoungou, l’ingénieur devenu élu
Originaire de Pointe-Noire où il naît en 1953, Jean Michel Mavoungou chasse très tôt la compétence technique : après un bac scientifique obtenu au lycée Drapeau-Rouge, il part à Oran, en Algérie, décrocher un diplôme d’ingénieur en pétrochimie en 1975.
Revenu au pays, il navigue entre la Raffinerie Congolaise et les Verreries nationales, forgeant une compréhension fine de la chaîne industrielle qui nourrira plus tard ses dossiers parlementaires sur l’énergie et la transformation locale.
Membre du comité central dès 1990, il devient secrétaire à l’économie du PCT à Tié-Tié avant d’être élu maire de Dolisie en 2002, fonction qu’il cumule avec la présidence du conseil municipal dans une ville en pleine expansion ferroviaire.
Plébiscité député de Moutamba en 2007 puis réélu en 2012, il grimpe à la vice-présidence de la CNCE, assurant même l’intérim entre 2011 et 2019, période durant laquelle il participe à la modernisation des procédures internes de contrôle du parti, rappelle Jean Marie Nsondé.
Une mémoire collective entretenue
Au siège fédéral, les drapeaux rouge et or du PCT flottaient en berne. Les chorales ont entonné « S’engager pour la Patrie », tandis que les familles recevaient les condoléances d’anciens camarades d’université comme de jeunes militants, signe d’une filiation militante toujours vivace.
Les dépouilles ont été conduites au mausolée Marien-Ngouabi, symbole d’unité nationale. Ce choix d’inhumation, rarement accordé à des cadres hors fonction gouvernementale, rappelle la contribution des deux disparus à la stabilité institutionnelle, notent plusieurs observateurs politiques brazzavillois.
À retenir
Ngoma et Mavoungou totalisaient, à eux deux, près de cent années de militantisme actif. Leurs parcours, de l’éducation à l’industrie, illustrent la diversité des profils ayant nourri la trajectoire du PCT depuis son congrès fondateur jusqu’à la consolidation actuelle de ses structures de contrôle.
Le point politique
Pour les analystes, ces funérailles scellent la continuité générationnelle voulue par la direction du parti. Denis Sassou Nguesso a insisté, en aparté, sur « la nécessité de transmettre l’éthique du service public aux plus jeunes », soulignant l’exemplarité des deux défunts.
La séquence intervient alors que plusieurs réformes internes visent à rajeunir les commissions du parti. L’hommage rendu à deux figures expérimentées rappelle que la modernisation, prônée par le chef de l’État, s’appuie d’abord sur la mémoire et le respect de ceux qui ont bâti les fondations.
