Urbanisation et enjeux d’assainissement
Le 24 septembre à Brazzaville, la représentante de l’Unicef, Mariavittoria Ballota, a rappelé que le Congo affronte encore « de nombreux défis » en matière d’assainissement malgré des avancées constatées ces dernières années (ACI, 24 septembre).
Brazzaville et Pointe-Noire concentrent désormais plus de la moitié de la population nationale. L’extension rapide de ces villes, dopée par l’exode interne, fait naître des quartiers où les systèmes d’évacuation des eaux usées, les latrines et l’accès à l’eau potable peinent à suivre.
Cette pression démographique rejaillit sur les plus vulnérables. Dans plusieurs écoles et centres de santé, les toilettes non raccordées et le manque de points d’eau exposent enfants et patients à des pathologies évitables, rappelle l’agence onusienne.
Programme national 2026-2030 : feuille de route
Pour répondre à l’urgence, le gouvernement a finalisé un Programme national d’assainissement couvrant la période 2026-2030, en concertation avec l’Unicef, la Banque africaine de développement et diverses agences des Nations unies.
Le plan ambitionne d’établir une cartographie fine des besoins, de mobiliser des budgets adaptés et de consolider la gouvernance du secteur. Sa validation institutionnelle est attendue dans les prochains mois, souligne Juste Désiré Mondelé, ministre de l’Assainissement urbain.
« Une énorme opportunité se présente pour faire avancer l’assainissement dans tout le pays », insiste Mariavittoria Ballota, qui voit dans cette feuille de route un cadre pour coordonner efforts publics et privés.
Un investissement sanitaire à fort rendement
L’assainissement reste l’un des remparts les plus efficaces contre le paludisme ou les maladies diarrhéiques, premières causes d’absentéisme scolaire et de pertes de productivité. « La prévention coûte toujours moins cher que la prise en charge », martèle la représentante de l’Unicef.
Selon les estimations avancées par l’agence, chaque franc investi dans l’assainissement en épargne au moins quatre en frais médicaux et pertes de revenus familiaux. Le gain potentiel en capital humain, en particulier pour les enfants de moins de cinq ans, est jugé considérable.
À l’échelle macroéconomique, un réseau d’assainissement performant protège les infrastructures routières, limite les inondations et sécurise les investissements immobiliers, créant ainsi un cercle vertueux pour la croissance urbaine.
Gouvernance partagée et rôle du privé
Si le ministère pilote la stratégie, la réussite dépendra d’une alliance élargie. Des partenariats public-privé sont envisagés pour la fabrication de latrines écologiques, la gestion des boues fécales et la collecte des déchets solides.
Les entreprises locales voient là un marché naissant ; certaines start-up testent déjà des solutions de paiement mobile pour l’entretien des installations collectives. Les municipalités, de leur côté, veulent renforcer la participation citoyenne par des comités de quartier.
La société civile conduit des campagnes de sensibilisation au lavage des mains, tandis que les bailleurs internationaux apportent expertise technique et garanties financières. Cette gouvernance à plusieurs niveaux est jugée essentielle pour assurer la pérennité des équipements.
Le point économique
Selon le cabinet d’études du ministère, le chiffrage global du programme sera finalisé d’ici la fin de l’année. Les premières projections évoquent un financement mixte, combinant budget national, crédits concessionnels et contributions privées.
Au-delà de l’impact sanitaire, le secteur pourrait générer plusieurs milliers d’emplois verts, depuis la production de matériaux locaux jusqu’à la maintenance des réseaux. Les autorités y voient un instrument de diversification économique, complémentaire aux filières traditionnelles.
À retenir pour les collectivités
Les municipalités sont invitées à aligner leurs plans locaux de développement sur le programme national, afin d’éviter la dispersion des ressources et de maximiser les synergies techniques.
Le succès sera mesuré par des indicateurs concrets : nombre d’écoles dotées de latrines fonctionnelles, taux de lavage des mains dans les ménages et part de la population disposant d’un service d’assainissement géré en toute sécurité. Les premiers bilans sont attendus à mi-parcours, en 2028.
