Une session sous le signe d’un réalisme exigeant
Réuni à Brazzaville le 14 juillet 2025 pour sa seconde séance semestrielle, le Comité national économique et financier a livré un diagnostic teinté d’espérance circonspecte. Sous la présidence du ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public, Christian Yoka, les experts ont mis en évidence les premiers frémissements d’un redressement macroéconomique, tout en soulignant la nécessité de garder le cap de la vigilance. Dans un contexte international encore marqué par des tensions géopolitiques et des chaînes d’approvisionnement fragmentées, le Congo-Brazzaville entend capitaliser sur cette embellie sans ignorer les risques latents.
Le pétrole demeure la locomotive mais la traction se diversifie
Selon les conclusions présentées, la poussée des investissements dans l’amont pétrolier et la résistance des filières hors pétrole – agriculture vivrière, télécommunications, BTP – expliquent l’excédent budgétaire enregistré au premier trimestre. La Banque des États de l’Afrique centrale table désormais sur une croissance réelle du PIB portée à 1,8 % en 2025, après 1,5 % en 2024 (BEAC, Note de conjoncture, avril 2025). Si l’or noir demeure le principal contribuant, la montée en puissance des services et de certaines productions agro-industrielles consolide la résilience de l’économie nationale, conformément aux orientations du Plan national de développement 2022-2026.
Excédent budgétaire : un coussin de sécurité à préserver
L’excédent du solde global a soutenu l’accumulation de réserves et accentué une détente tangible sur la liquidité bancaire. De fait, la masse monétaire poursuit son expansion, reflet d’une intermédiation financière plus dynamique. Le ministre Christian Yoka a toutefois rappelé que cet espace budgétaire doit servir prioritairement à la réduction du stock d’arriérés et à l’accélération des investissements structurants, dans la lignée des recommandations du Fonds monétaire international en matière de soutenabilité de la dette (FMI, Rapport Article IV, mai 2025).
Inflation : la vigilance monétaire comme garde-fou
Si la trajectoire de croissance se raffermit, la hausse des prix suscite une attention particulière. L’inflation est projetée à 3,5 % sur l’année, franchissant la norme communautaire fixée à 3 %. Cette poussée est alimentée par le renchérissement des importations alimentaires et par les à-coups observés sur le réseau électrique en cours de modernisation. La BEAC pourrait donc maintenir une posture monétaire prudente afin de prévenir toute spirale autoréalisatrice, tout en ménagant la reprise nascente des crédits au secteur privé.
Banques : crédit en hausse, créances douteuses en reflux
Le stock de crédits bruts à la clientèle s’établit à 1 647 milliards de francs CFA au 31 mars 2025, soit une progression de 3,3 % en glissement annuel. Dans le même temps, les créances en souffrance reculent de 1,3 % pour s’établir à 274,2 milliards. Cette évolution témoigne d’une amélioration relative de la qualité de portefeuille, portée par la reprise dans les services et une meilleure gouvernance des institutions financières, conformément aux directives de la Commission bancaire d’Afrique centrale.
Marché des valeurs du Trésor : un outil d’allocation renforcé
Sur le compartiment souverain, les besoins exprimés par l’État ont fléchi de 22,37 % à fin avril, tandis que l’encours atteint 2 528,14 milliards de francs CFA, en hausse de près de 7 % sur un an. Le CNEF salue la mise en place d’un cadre de concertation entre le Trésor public et le réseau des spécialistes en valeurs du Trésor, dispositif destiné à fluidifier la courbe des rendements et à accroître la confiance des investisseurs institutionnels.
Ancrage régional : la CEMAC face au défi de la mobilisation fiscale
Les échanges de Brazzaville prolongent ceux tenus à Libreville, du 9 au 16 juin 2025, dans le cadre permanent de concertation des Trésors publics de la CEMAC. Placée sous le signe de la ‘Réforme fiscale et pérennité du marché des valeurs du Trésor’, la rencontre a mis en exergue la nécessité d’élargir l’assiette fiscale et de digitaliser les procédures de collecte afin d’optimiser les ressources non pétrolières. Les délégués ont notamment souligné l’importance d’une migration progressive du secteur informel vers le formel, gage d’une plus grande équité contributive et d’un renforcement de la cohésion sociale régionale.
Digitalisation : pierre angulaire d’une administration modernisée
Parmi les recommandations jugées ‘structurantes’, l’opérationnalisation du compte unique du Trésor et la matérialisation complète de la chaîne de dépenses s’imposent comme des leviers prioritaires. La généralisation des paiements électroniques, l’implémentation de plateformes d’e-tracking des recettes et l’interopérabilité des systèmes d’information douaniers devraient accélérer la transparence budgétaire tout en réduisant les coûts de transaction. Le CNEF voit dans cette mutation digitale un vecteur de compétitivité pour l’économie congolaise, à même d’attirer davantage d’investissements directs étrangers.
Entre prudence et ambition : les perspectives de 2025
Au total, la matrice macroéconomique congolaise se détend mais demeure exposée à des vulnérabilités externes – volatilité des cours du pétrole, resserrement financier mondial – et internes, notamment en matière d’infrastructures énergétiques. La feuille de route arrêtée par le CNEF mise sur une politique budgétaire disciplinée, la consolidation de la gouvernance et la diversification des sources de financement. L’objectif déclaré est de transformer la ‘lueur d’espoir’ en dynamique durable, afin de garantir une croissance inclusive au bénéfice des populations.
Cap sur la soutenabilité et l’inclusion
Concluant les travaux, le ministre Christian Yoka a souligné que la soutenabilité des finances publiques constitue ‘la clef de voûte de notre ambition collective’. En réaffirmant la volonté du gouvernement de poursuivre les réformes, il a invité les partenaires techniques et financiers à maintenir leur accompagnement. Dans un environnement régional où les chocs exogènes se succèdent, cette posture de coopération et de transparence apparaît comme le meilleur gage d’un optimisme certes modéré, mais résolument tourné vers l’avenir.
