Un défi urbain aux multiples facettes
Au cœur de Brazzaville, la maîtrise des réseaux d’eau et d’assainissement concentre aujourd’hui des enjeux sanitaires, démographiques et politiques d’envergure. La croissance de la capitale congolaise, estimée par le Centre national de la statistique à près de 3 % par an, exerce une pression continue sur des infrastructures héritées d’époques successives. Fuites d’eau, branchements pirates et cartographies incomplètes entravent la fourniture régulière d’un service public vital, tout en aggravant les risques de maladies hydriques et d’inondations urbaines.
Conscient de cette réalité, le ministre de l’Assainissement urbain, du développement local et de l’entretien routier, Juste Désiré Mondélé, a ouvert le 30 juillet un cycle de consultations techniques avec la délégation de la société française Nova Detect. Objectif déclaré : « apporter des réponses concrètes aux problèmes quotidiens des Congolais par des solutions pragmatiques et durables », a-t-il confié à l’issue de l’entretien.
Nova Detect, trois expertises convergentes
Issue de quinze années de R & D sur le territoire français, Nova Detect se présente comme un consortium d’entreprises complémentaires. Sa marque historique, Nova, a bâti sa réputation sur la détection non invasive et la cartographie haute précision des réseaux enterrés. Sa filiale Mappia valorise ensuite ces données au moyen de plates-formes de data management capables d’actualiser en temps réel le patrimoine souterrain des collectivités. Enfin, la jeune pousse Mimo Detect développe des algorithmes d’intelligence artificielle permettant de tripler la vitesse d’identification des fuites.
Selon Olivier Aurojo, chef de la délégation et maire de Charly, « il ne s’agit pas de vendre un catalogue de solutions, mais de transférer un savoir-faire pour sécuriser les chantiers, optimiser la gestion budgétaire et planifier l’expansion urbaine ». Cette approche partenariale entend inscrire la technologie dans les priorités nationales plutôt que de la juxtaposer aux dispositifs existants.
L’Agence française de développement en trait d’union
La perspective de voir l’Agence française de développement (AFD) rejoindre la table des négociations confère au projet une dimension financière et diplomatique non négligeable. L’AFD, qui a déjà mobilisé près de 400 millions d’euros dans des projets d’eau et d’assainissement en Afrique centrale depuis 2015, pourrait structurer le montage financier, garantir la pérennité des investissements et favoriser le recours aux marchés publics locaux.
Dans la pratique, la coopération envisagée reposerait sur un schéma cofinancé : d’un côté, un prêt concessionnel assorti d’une assistance technique de l’AFD ; de l’autre, un engagement de Nova Detect à former des ingénieurs congolais et à mutualiser les données recueillies avec les services municipaux. Pour le directeur de l’AFD à Brazzaville, joint par nos soins, « le projet coche les cases du développement durable, de la lutte contre les pertes en eau et de la bonne gouvernance des services publics ».
Un partenariat aligné sur la Vision 2025 du Congo
D’un point de vue stratégique, l’initiative s’inscrit dans la Vision 2025 portée par le président Denis Sassou Nguesso, qui fait de l’accès universel à l’eau potable une priorité sociale et un marqueur de stabilité macro-économique. Le plan directeur d’assainissement de Brazzaville, validé en 2022, prévoit déjà la réhabilitation de 320 kilomètres de canalisations et la création de bassins de rétention périphériques. L’apport de Nova pourrait accélérer la phase de diagnostic et réduire, selon les premières estimations, de 25 % le coût des travaux grâce à la précision centimétrique de ses relevés.
Pour les autorités, la coopération franco-congolaise offre aussi un levier de diplomatie économique. Elle valorise l’image d’un Congo ouvert à l’innovation tout en préservant la souveraineté de ses données, un point que le ministre Mondélé a explicitement rappelé : « Les informations stratégiques sur nos réseaux resteront propriété de l’État ».
Perspectives : vers un hub régional de l’innovation hydraulique
Si le protocole d’accord attendu d’ici la fin de l’année se concrétise, Brazzaville pourrait devenir un laboratoire régional pour la gestion intelligente des réseaux. Des villes voisines, à commencer par Pointe-Noire et Kinshasa, observent déjà l’initiative avec intérêt. À moyen terme, la création d’un centre de formation conjoint, hébergé à l’Université Marien Ngouabi, est évoquée pour diffuser les compétences acquises et stimuler une filière locale d’ingénierie.
La prudence reste de mise : la réussite de la démarche dépendra de la stabilité du financement, de l’appropriation des outils numériques par les services municipaux et d’un suivi rigoureux des indicateurs de performance. Toutefois, les premiers signaux envoyés par les parties prenantes laissent entrevoir une convergence rare entre impératif social, nécessité environnementale et ambition technologique. Une équation que Brazzaville, forte de sa résilience historique, semble résolue à résoudre avec le concours de partenaires choisis.
