Validation nationale du Plan PCI Congo
Le 18 septembre à Brazzaville, le ministère de la Santé et de la Population a réuni experts, cliniciens, bailleurs et représentants de la société civile pour valider le Plan stratégique national de prévention et contrôle des infections 2026-2030, futur socle de la sécurité sanitaire congolaise.
Le Programme des Nations unies pour le développement, cheville ouvrière du financement avec le Fonds mondial, voit dans cette validation « une étape déterminante vers un système de santé plus sûr, robuste et durable », selon les mots de Nchafor Rachel parlant au nom d’Adama Dian Barry.
Objectifs stratégiques 2026-2030
Le document décline cinq chantiers prioritaires : renforcement des normes d’hygiène hospitalière, formation continue du personnel, approvisionnement sécurisé en équipements, surveillance épidémiologique intégrée et participation communautaire accrue, afin de réduire de moitié les infections associées aux soins d’ici 2030.
Une ligne budgétaire annuelle estimée à douze milliards de francs CFA permettra de moderniser vingt-six hôpitaux de référence et d’installer des comités PCI dans les districts de santé, précise la Direction générale des soins et services, qui promet un suivi public trimestriel des indicateurs.
Synergie « Une seule santé » au Congo
Le Pr Henri Germain Monabeka rappelle que la Covid-19 a révélé la porosité entre santé humaine, animale et environnementale. Le PSN-PCI s’appuie donc sur la plateforme multisectorielle « Une seule santé », invitant vétérinaires, foresters et établissements scolaires à co-construire des protocoles adaptés aux réalités locales.
Cette articulation permettra, par exemple, de détecter plus tôt les flambées de zoonoses dans les zones forestières et d’y déployer des équipes mobiles avant que les transmissions ne gagnent les centres urbains, insiste le département de l’Épidémiologie appliquée.
Gouvernement et partenaires techniques mobilisés
Les autorités congolaises ont conduit tout le processus de rédaction, de l’audit initial des établissements jusqu’aux simulations budgétaires. Le gouvernement garantit une ligne de contre-partie nationale de 30 % et envisage d’affecter une portion de la taxe santé-solidarité à la mise en œuvre.
Le Pnud, le Fonds mondial et l’Organisation mondiale de la santé apporteront un appui technique conditionné à un reporting trimestriel numérique, gage de transparence. « Nous voulons voir les taux d’infections baisser, mais aussi les données publiques s’améliorer », confie une conseillère Santé du bureau régional.
Points essentiels à retenir
Le plan 2026-2030 ambitionne de réduire de cinquante % les infections nosocomiales, de doter tous les hôpitaux d’unités d’isolement fonctionnelles et de porter le taux de personnel formé à l’hygiène à quatre-vingt-dix %. Son budget cumulé dépasse soixante milliards de francs CFA pour cinq ans.
Un comité national présidé par le directeur de cabinet du ministre de la Santé assure la gouvernance. Il s’appuiera sur un tableau de bord public hébergé par l’Agence de régulation du numérique, disponible dès janvier prochain selon le communiqué final.
Cadre juridique et impact économique
Le PSN-PCI s’inscrit dans la loi d’orientation sanitaire de 2018 qui impose aux structures publiques d’appliquer des standards d’hygiène. Un arrêté d’exécution, attendu au premier trimestre 2024, précisera les sanctions en cas de non-conformité et le mécanisme d’incitation par crédits budgétaires.
Sur le plan économique, une étude financée par la Banque mondiale estime que chaque franc investi dans la prévention rapportera cinq francs en coûts évités d’hospitalisation prolongée, libérant ainsi des ressources pour d’autres priorités, notamment la couverture santé universelle en phase pilote.
Les experts financiers signalent que la TVA sur les consommables médicaux pourrait être temporairement modulée pour soutenir les importations critiques. Cette mesure, actuellement à l’étude au ministère des Finances, s’inspirerait du modèle ivoirien qui a permis une baisse de vingt % des coûts d’équipement.
Témoignages des professionnels de santé
Pour Grâce Mayoukou, infirmière-chef à l’hôpital de Makélékélé, « l’arrivée de gants stériles et de lave-mains automatiques change tout ». Elle souligne cependant la nécessité d’inclure les agents d’entretien dans les formations, « car ce sont eux qui manipulent les déchets chaque jour ».
L’Ordre national des médecins, par la voix du Dr Jean-Bruno Gampiot, estime que le plan « répond aux attentes de la profession » mais appelle à un suivi des marchés publics pour éviter ruptures de stocks. « Un bon protocole sans consommables reste une promesse », rappelle-t-il.
Calendrier des mises en œuvre
Après la validation, les directions départementales devront finaliser leurs plans d’action avant fin décembre. Dès mars, des formateurs relais seront déployés dans les treize départements sanitaires, tandis que deux incinérateurs de déchets biomédicaux seront installés à Ouesso et Dolisie.
Le ministère prévoit également une campagne audiovisuelle d’information grand public, associée à une application mobile d’auto-audit destinée aux chefs de service. Les premiers résultats agrégés devraient être présentés au Forum national de la santé prévu à Brazzaville en octobre 2024.
À moyen terme, un mécanisme de notation des hôpitaux sur la qualité PCI sera publié sur le portail Open Data du gouvernement, afin de stimuler l’émulation entre établissements et offrir à la population un critère supplémentaire pour orienter ses parcours de soins.
