Brazzaville relance son chemin de fer historique. La réhabilitation du Congo-Océan, financée par un partenaire chinois à hauteur de 595 millions de dollars, ambitionne de réveiller un axe stratégique tombé en léthargie depuis 2016.
Un chantier d’État adossé à un préfinancement chinois
Le 27 février 2026, malgré une pluie battante, une foule s’est massée à la gare centrale de Brazzaville. Le moment était attendu : le lancement officiel de la réhabilitation du Chemin de fer Congo-Océan, le CFCO, colonne vertébrale ancienne de l’économie nationale.
Le projet, étalé sur quatre ans, repose sur un préfinancement d’environ 595 millions de dollars assuré par une entreprise chinoise. Le montage rappelle d’autres grands ouvrages congolais, où Pékin occupe une place désormais familière dans la commande publique.
Cette architecture financière n’est pas neutre. Elle inscrit le rail dans une continuité d’engagements avec la Chine, déjà présente sur l’autoroute qui double aujourd’hui la voie ferrée entre les deux principales villes du pays.
Ce que prévoient les travaux sur 510 kilomètres
Le programme technique est ambitieux. Sur l’ensemble du tracé de 510 kilomètres reliant Brazzaville à Pointe-Noire, l’écartement des voies sera élargi pour accueillir de nouvelles locomotives, mieux adaptées aux exigences d’un transport moderne.
Les anciens rails de la ligne principale seront systématiquement remplacés. Les traverses en bois, héritées d’une autre époque, céderont la place à des traverses en béton, plus durables face aux contraintes du climat équatorial et au passage répété des convois.
L’infrastructure des voies et des tunnels sera elle aussi reconstruite. Le ministre d’État Jean-Jacques Bouya, en charge des grands travaux publics, a résumé l’ambition : « la reconstruction complète de la voie, des ouvrages et du tunnel ».
Une infrastructure tombée en désuétude
Le CFCO n’a pourtant pas toujours été ce réseau fatigué. Longtemps présenté comme la colonne vertébrale de l’économie congolaise, il acheminait les marchandises des pays enclavés de la région vers le port de Pointe-Noire, sur la côte atlantique.
Cette centralité a fondu. Depuis 2016, le trafic s’est effondré, passant d’un service quotidien à un unique train hebdomadaire. Un déclin lourd de conséquences pour une logistique nationale qui reposait, en partie, sur ce maillage ferroviaire.
Deux facteurs reviennent pour expliquer ce reflux. Les conflits régionaux ont d’abord pesé sur la régularité de l’exploitation. Puis l’achèvement, la même année, d’une autoroute bitumée entre Brazzaville et Pointe-Noire a détourné une partie des flux vers la route.
Le pari économique d’un retour sur les rails
L’enjeu dépasse la simple remise en état d’une voie. Pour les autorités, il s’agit de redonner au pays un outil de transport massif, capable de soulager la route et de fluidifier l’acheminement des produits stratégiques vers le débouché maritime.
Les professionnels du secteur y voient un atout concret. Bruno, cheminot, défend la supériorité du rail pour les volumes lourds : « Le chemin de fer transporte mieux les marchandises que la route », évoquant notamment les minerais, le bois et le ciment.
Ces filières structurent une part de l’économie congolaise. Un rail réhabilité pourrait en réduire les coûts logistiques et renforcer la compétitivité d’un port de Pointe-Noire appelé à jouer un rôle régional croissant.
Une attente sociale autour de la « vitalité d’antan »
Au-delà des chiffres, le projet réveille une mémoire collective. Le CFCO a longtemps incarné la modernité congolaise, et son délitement a été vécu comme un recul concret par ceux qui l’empruntaient au quotidien.
L’usager Julien Nguebo traduit cet espoir prudent. Il salue des efforts de restauration susceptibles, selon lui, de rendre à la ligne « la vitalité d’antan ». Une formule qui dit l’attachement durable des Congolais à cette infrastructure.
Cette dimension symbolique accompagnera le chantier. Sa réussite se mesurera autant à la fréquence retrouvée des trains qu’à la confiance des usagers et des entreprises dans la fiabilité du service.
Un héritage colonial qui pèse encore
Le Congo-Océan porte enfin une histoire douloureuse, inséparable de son tracé. Sa construction d’origine, menée entre 1921 et 1934, a coûté la vie à des milliers d’Africains, victimes des conditions imposées par le chantier colonial.
Inaugurée en 1934, la ligne a survécu aux décennies et aux ruptures politiques. Sa réhabilitation actuelle prolonge cette trajectoire singulière, entre ambition économique contemporaine et mémoire d’un passé qui continue d’interroger.
Reste à transformer l’annonce en réalité opérationnelle. Le calendrier de quatre ans, le respect du préfinancement et la qualité des ouvrages livrés diront si le CFCO retrouve, cette fois durablement, sa place dans l’économie nationale.
