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    Politique

    Choléra à Mbamou : l’eau trouble de la rumeur

    De Catherine Bikeya27 juillet 20255 Mins de Lecture
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    Signal faible, enjeu majeur

    Le 26 juillet, la voix posée du ministre de la Santé et de la Population, le professeur Jean Rosaire Ibara, a résonné comme un rappel à la vigilance. Deux cas confirmés de choléra sur trois prélèvements analysés suffisent pour déclencher, conformément au Règlement sanitaire international, la déclaration d’épidémie dans le district sanitaire de l’île Mbamou. Les statistiques, encore modestes dans l’absolu – 103 cas suspects, 12 décès classés probables – portent néanmoins la charge symbolique d’une maladie qui convoque aussitôt les imaginaires collectifs du XIXe siècle et de la navigation fluviale, tant ses modes de diffusion restent liés à l’eau et à l’hygiène. Dans un contexte marqué par une pluviométrie capricieuse et par la densité démographique croissante des rives brazzavilloises, chaque cas se lit comme le symptôme d’une vulnérabilité structurelle.

    Cette annonce intervient alors même que l’Afrique centrale observe, depuis le début de la décennie, une recrudescence d’événements épidémiques hydriques, du delta du Niger au lac Tanganyika. Les modèles climatologiques, corrélés aux mouvements de population, suggèrent une intensification de ces épisodes. D’où l’ampleur de l’enjeu : prévenir la bascule d’un foyer localisé vers une diffusion régionale où le fleuve Congo deviendrait un vecteur vers Kinshasa, puis l’océan Atlantique.

    Riposte institutionnelle pilotée

    L’activation rapide du Centre national des opérations d’urgence de santé publique, appuyé par les experts de l’Organisation mondiale de la santé, illustre la maturation du dispositif congolais de gestion des risques sanitaires. Depuis la réforme de 2019, chaque district dispose d’un plan d’urgence pré-rédigé, avec des stocks tampons de réhydratation orale et d’antibiotiques spécifiques. À Mbamou, la projection des équipes médicales s’est faite en moins de douze heures, confirmant la capacité d’anticipation permise par la veille épidémiologique électronique installée avec l’appui de la Banque mondiale. « La notification instantanée des diarrhées aqueuses dans notre logiciel DHIS2 a enclenché la cascade décisionnelle », confie un épidémiologiste du ministère.

    Au-delà de l’affichage technique, le gouvernement a également choisi la transparence contrôlée. La communication quotidienne sur l’évolution des cas permet d’éviter la prolifération de rumeurs, tout en rappelant les gestes barrières. Ce dosage entre information et pédagogie rejoint les standards contemporains de diplomatie sanitaire, où la crédibilité institutionnelle se mesure à la cohérence du discours public.

    Savoirs médicaux et réalité insulaire

    Inscrite dans le lit majestueux du fleuve, l’île Mbamou cumule les particularismes. La proximité de Brazzaville lui confère un accès théorique aux infrastructures, mais la topographie marécageuse complexifie l’acheminement de l’eau potable et la collecte des déchets. Le choléra, pathologie éminemment contextuelle, prospère sur ces interstices logistiques. Les cliniciens rappellent que la forme sévère déshydrate un adulte en l’espace de quelques heures, exigeant une prise en charge dans les premières quatre-vingt-dix minutes.

    La stratification sociale intervient également. Les petits producteurs de poisson, principaux habitants de l’île, dépendent d’une chaîne de froid aléatoire pour écouler leur production sur les marchés brazzavillois. Toute interruption d’activité pour cause d’isolement sanitaire menace des équilibres économiques précaires. Les autorités sanitaires, conscientes du dilemme, se refusent à instaurer une quarantaine totale. Elles privilégient des corridors sanitaires balisés, où chaque embarcation est soumise à un contrôle de chloration de l’eau embarquée.

    Dynamique communautaire et communication

    La bataille se gagne souvent dans les esprits avant de se gagner dans les hôpitaux. C’est pourquoi des relais communautaires, formés depuis la pandémie de Covid-19, sillonnent désormais chaque quartier pour rappeler les mesures d’hygiène individuelle. Savon et solution hydroalcoolique deviennent, plus qu’un geste sanitaire, un marqueur de cohésion sociale. Une cheffe de quartier témoigne : « Lorsque l’État vous remet des pastilles de chlore, il ne s’agit pas seulement d’éviter la maladie, il s’agit de prouver que l’on protège sa famille et son voisinage. »

    Cette approche s’inscrit dans la logique d’« appropriation communautaire » défendue par les agences onusiennes, qui voient dans la responsabilisation locale un puissant levier de durabilité. Sur le réseau social WhatsApp, le hashtag #EauSafer circule entre les pêcheurs et les étudiants. L’interactivité, loin d’être anecdote, alimente la remontée d’informations sur les points d’eau défectueux, permettant aux équipes techniques d’intervenir en temps réel.

    Gouvernance sanitaire et horizon 2025

    À plus long terme, l’épisode de Mbamou sert de banc d’essai pour le Plan national de développement sanitaire 2022-2026, qui ambitionne de réduire de 60 % la mortalité liée aux maladies hydriques. La modernisation des stations de potabilisation, la création de laboratoires de microbiologie régionaux et la professionnalisation de la filière des techniciens de santé environnementale constituent les trois piliers identifiés. Les partenaires techniques et financiers, présents lors de la dernière revue conjointe, ont salué la cohérence de la feuille de route.

    La présidence de la République, par la voix de son conseiller spécial chargé de la santé, insiste sur la dimension intégrative de cette stratégie. Il ne s’agit plus de répondre à une flambée épidémique isolée, mais d’articuler assainissement, éducation, aménagement du territoire et diplomatie fluviale. Le fleuve Congo, couloir vital et parfois périlleux, appelle une gouvernance partagée entre capitales riveraines. Le Congo-Brazzaville, en déclarant précocement l’épidémie et en mobilisant ses partenaires, se positionne comme acteur moteur de cette coopération.

    Si l’issue immédiate dépendra du maintien d’une létalité proche de zéro et de la rupture rapide des chaînes de transmission, l’héritage institutionnel pourrait, lui, se révéler durable. L’île Mbamou aura servi de rappel qu’une épidémie, si modeste soit-elle, est toujours un miroir des vulnérabilités et des capacités d’innovation d’une société.

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